jeudi 23 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2100137 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP WABLE - TRUNECEK - TACHON - AUBRON |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 12 janvier 2021, la présidente de la 1ère chambre du tribunal administratif de Lille a transmis au tribunal administratif d'Amiens, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. C D.
Par cette requête enregistrée le 9 septembre 2020 au greffe du tribunal administratif de Lille, M. C D, représenté par Me Tachon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 juillet 2020 par laquelle le préfet de la région Normandie a suspendu son permis national de pêche à pied pour une durée de dix jours du lundi 27 juillet 2020 au dimanche 9 août 2020 inclus ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 11 680 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente dès lors qu'elle a été signée par M. B E, chef du service du contrôle des activités maritimes et non par le préfet de la région Normandie ;
- aucune procédure contradictoire n'a été respectée dès lors qu'il n'a pas été convoqué pour présenter ses observations avant que soit prise la sanction du 6 juillet 2020, mais seulement avant la décision de sanction du 1er juillet 2020 ;
- les gardes jurés ne sont pas compétents pour notifier les sanctions administratives prises par le préfet de région ;
- aucun texte ne prévoit que l'aggravation de la sanction en litige au motif d'un refus de notification en mains propres par les gardes jurés ;
- la décision attaquée est illégale en ce qu'elle prévoit une sanction de dix jours de suspension alors qu'il s'agit en réalité de douze jours puisqu'en tant que travailleur indépendant, il travaille également le week-end ;
- il a subi un préjudice financier d'un montant de 1 680 euros, correspondant à la marchandise qu'il a été contraint d'acheter pour respecter ses engagements auprès de ses clients dès lors qu'il a été privé du droit d'exercer sa profession de pêcheur pendant dix-neuf jours, ainsi qu'un préjudice financier de 10 000 euros tiré de sa perte de revenus.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2022, le préfet de la région Normandie conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions indemnitaires ne sont pas recevables, dès lors que le requérant n'a pas introduit de demande indemnitaire préalable ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 9 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 décembre 2022.
Par une décision du 17 mars 2021, la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. D a été rejetée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, pêcheur à pied professionnel, a fait l'objet le 10 mars 2020 d'un contrôle par les gardes jurés du comité régional des pêches maritimes et des élevages marins des Hauts-de-France qui ont constaté par procès-verbal du 11 mars 2020 qu'il avait commis l'infraction de pêche de produits de la pêche maritime et de l'aquaculture marine de taille, calibre ou poids prohibé. Par une première décision n° 480/2020 du 1er juillet 2020, dont M. D a refusé la notification par voie administrative, le préfet de la région Normandie a prononcé à son encontre une suspension de son permis national de pêche à pied pour une durée de cinq jours du lundi 6 juillet 2020 au dimanche 12 juillet 2020 inclus. Par une nouvelle décision n° 499/2020 du 6 juillet 2020, notifiée par voie postale, le préfet de la région Normandie a suspendu le permis national de pêche à pied de M. D pour une durée de dix jours du lundi 27 juillet 2020 au dimanche 9 août 2020 inclus. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de la décision du 6 juillet 2020, ainsi que la condamnation de l'Etat à lui verser la somme totale de 11 680 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté n° SGAR/19.080 du 23 avril 2019 régulièrement publié, le préfet de la région Normandie a donné délégation à M. F A, administrateur général des affaires maritimes, directeur interrégional de la mer Manche Est - mer du Nord à l'effet de signer, dans le cadre de ses attributions et compétences, pour l'ensemble des régions Hauts-de-France et Normandie, notamment les sanctions administratives en matière de pêche maritime. Par une décision n° 091/2020 du 27 janvier 2020 régulièrement publiée, M. A a subdélégué cette compétence à M. B E, chef du service de contrôle des activités maritimes et signataire de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part aux termes de l'article L. 221-8 du code des relations entre le public et l'administration : " Sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires ou instituant d'autres formalités préalables, une décision individuelle expresse est opposable à la personne qui en fait l'objet au moment où elle est notifiée ". Il est constant que M. D ne s'est pas vu notifier la décision du 1er juillet 2020 puisqu'il a refusé que les gardes jurés du comité régional des pêches maritimes et des élevages marins des Hauts-de-France, venus à son domicile le 2 juillet 2020, lui remettent la décision en mains propres. Ainsi, la décision du 1er juillet 2020 n'est jamais entrée en vigueur.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 946-1 du code rural et de la pêche maritime : " Indépendamment des sanctions pénales qui peuvent être prononcées et sous réserve de l'article L. 946-2, les manquements à la réglementation prévue par les dispositions du présent livre, les règlements de l'Union européenne pris au titre de la politique commune de la pêche et les textes pris pour leur application, () peuvent donner lieu à l'application par l'autorité administrative d'une ou plusieurs des sanctions suivantes : () / 2° La suspension ou le retrait de toute licence ou autorisation de pêche ou titre permettant l'exercice du commandement d'un navire délivré en application de la réglementation ou du permis de mise en exploitation ; () ". Aux termes de l'article L. 946-5 du même code : " Les intéressés sont avisés au préalable des faits relevés à leur encontre, des dispositions qu'ils ont enfreintes et des sanctions qu'ils encourent. L'autorité compétente leur fait connaître le délai dont ils disposent pour faire valoir leurs observations écrites et, le cas échéant, les modalités s'ils en font la demande selon lesquelles ils peuvent être entendus. Elle les informe de leur droit à être assisté du conseil de leur choix ". Aux termes de l'article L. 946-6 du même code : " La décision de l'autorité administrative ne peut être prise plus d'un an à compter de la constatation des faits. () ".
5. Il résulte de l'instruction que par courrier notifié le 2 juin 2020, M. D a été informé des faits relevés à son encontre et des sanctions encourues en application de l'article L. 946-1 du code rural et de la pêche maritime, ainsi que du délai de quatorze jours francs dont il disposait pour présenter ses observations soit par courrier, soit lors dans un entretien. M. D a été reçu en entretien le 22 juin 2020 par un agent de la direction départementale des territoires et de la mer du Pas-de-Calais. Ainsi, M. D a pu présenter ses observations préalablement à la décision attaquée du 6 juillet 2020, le préfet n'étant pas tenu de mettre en œuvre une nouvelle procédure contradictoire avant d'édicter la décision du 6 juillet 2020 dès lors, ainsi qu'il a été dit au point 3, que sa décision du 1er juillet 2020 n'est jamais entrée en vigueur. La circonstance selon laquelle la sanction infligée par la décision du 6 juillet 2020 est plus restrictive que celle initialement infligée par la décision du 1er juillet 2020 est sans incidence sur le respect de la procédure contradictoire dès lors que les faits reprochés à M. D sont identiques dans les deux décisions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire doit être écarté.
6. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision, si elles sont susceptibles d'avoir une incidence sur l'opposabilité des voies et délais de recours, sont sans incidence sur sa légalité. Ainsi, M. D ne peut utilement soutenir que les gardes jurés du comité régional des pêches maritimes et des élevages marins des Hauts-de-France n'étaient pas compétents pour lui notifier la sanction administrative prise par le préfet par la décision du 1er juillet 2020 qui, au demeurant, n'est pas la décision attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.
7. En quatrième lieu, M. D soutient que le préfet de la région Normandie ne pouvait pas légalement aggraver la sanction initialement prise par la décision du 1er juillet 2020 pour le motif qu'il a refusé la notification en mains propres de cette sanction par les gardes-jurés. Toutefois, il résulte des termes de la décision attaquée qu'elle a été prise en raison de l'infraction de pêche de produits de la pêche maritime et de l'aquaculture marine de taille, calibre ou poids prohibé, commise par M. D. À cet égard, le rappel du refus par ce dernier de se voir notifier la première décision du 1er juillet 2020 en mains propres par les gardes jurés ne constitue qu'un élément de contexte et non pas un motif de la décision attaquée. Par suite, le moyen soulevé à ce titre doit être écarté.
8. En dernier lieu, il résulte des dispositions de l'article 2 de l'arrêté n° 121/2020 du 29 juin 2020 portant ouverture de la pêche à pied des coques sur les gisements de la baie de Somme Nord - Zone de production 80.03 (Département de la Somme), régulièrement publié, que l'activité des pêcheurs à pied professionnels sur ce territoire n'est autorisée, pour la période en cause dans l'arrêté attaqué, que du lundi au vendredi. Par suite, M. D, qui ne fait pas valoir qu'il exercerait une autre activité que celle de la pêche à pied des coques dans la baie de Somme, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est illégale en ce qu'elle prononce une sanction de dix jours de suspension de son permis de pêche du lundi 27 juillet 2020 au dimanche 9 août 2020 inclus. Par suite, le moyen soulevé à ce titre doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 6 juillet 2020 par laquelle le préfet de la région Normandie a suspendu son permis national de pêche à pied pour une durée de dix jours du lundi 27 juillet 2020 au dimanche 9 août 2020 inclus.
Sur les conclusions indemnitaires :
10. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ". Il résulte des dispositions précitées qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, des conclusions tendant au versement d'une somme d'argent sont irrecevables.
11. Le préfet de la région Normandie fait valoir que M. D ne lui a pas adressé une demande indemnitaire préalable et, qu'ainsi, aucune décision rejetant une telle demande indemnitaire n'est intervenue. En dépit de la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la région Normandie, M. D n'a pas justifié avoir adressé au préfet une demande préalable de nature à faire naître une décision expresse ou implicite susceptible d'être déférée au tribunal. Par suite, la fin de non-recevoir doit être accueillie et les conclusions indemnitaires présentées par M. D, qui sont irrecevables, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. D au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée au préfet de la région Normandie.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
Mme Pellerin, première conseillère,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.
La rapporteure,
Signé
L. Bazin
La présidente,
Signé
C. Galle La greffière,
Signé
Z. Aguentil
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026