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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2100153

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2100153

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2100153
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP BACLET - CATHERINE BACLET-MELLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 janvier 2021 et 20 décembre 2021, M. A B et Mme C D épouse B, représentés par Me Baclet, demandent au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés n°s 2020-02 et 2020-03 du 16 novembre 2020 par lesquels le maire de la commune de Le Quesnel-Aubry a ordonné la consignation d'une somme de 5 496 euros en application de l'article L. 541-3 du code de l'environnement et a décidé qu'il sera procédé d'office aux frais de M. B à l'évacuation des déchets sur la parcelle B n° 303 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Le Quesnel-Aubry une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le maire de la commune de Le Quesnel-Aubry ne pouvait faire enlever les matériaux présents sur la parcelle B n° 303 sur le fondement de l'article L. 541-3 du code de l'environnement dès lors, d'une part, qu'à la date des arrêtés attaqués, il n'y avait plus de déchets sur la parcelle en question, et, d'autre part, que les matériaux restant entreposés sur la parcelle ne sont pas des déchets au sens de l'article L. 541-1-1 du code de l'environnement ;

- les arrêtés attaqués sont entachés d'un détournement de pouvoir.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 24 juin 2021 et 7 décembre 2022, la commune de Le Quesnel-Aubry, représentée par Me Boissy, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 15 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2008/98/CE du 19 novembre 2008 ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,

- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,

- et les observations de Me Peres, représentant la commune de Le Quesnel-Aubry.

Considérant ce qui suit :

1. M. B entrepose depuis plusieurs années des matériaux de construction sur la parcelle cadastrée 303 section B sur le territoire de la commune de Le Quesnel-Aubry. Cette parcelle appartient à la commune depuis le 8 octobre 2019. Par un arrêté n° 2020-01 du 8 septembre 2020, le maire de cette commune a mis en demeure M. B, dans un délai d'un mois, de procéder à l'enlèvement des déchets qu'il a abandonnés sur cette parcelle et de les faire éliminer dans une installation dûment agréée à cet effet. Estimant que cette mise en demeure n'avait pas été suivie d'effet, le maire de la commune de Le Quesnel-Aubry a décidé, par un premier arrêté n° 2020-02 du 16 novembre 2020, d'engager à l'encontre de M. B la procédure de consignation prévue à l'article L. 541-3 du code de l'environnement, pour un montant de 5 496 euros, afin de permettre la réalisation des travaux d'élimination des déchets entreposés sur la parcelle B n° 303. Par un second arrêté n° 2020-03 du 16 novembre 2020, le maire de la commune de Le Quesnel-Aubry a décidé qu'il sera procédé d'office aux frais de M. B aux travaux d'évacuation des déchets. Par la présente requête, M. et Mme B demandent l'annulation des arrêtés n°s 2020-02 et 2020-03 du 16 novembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 3 de la directive n° 2008/98/CE du 19 novembre 2008 relative aux déchets, " on entend par : 1) " déchets " : toute substance ou tout objet dont le détenteur se défait ou a l'intention ou l'obligation de se défaire ". Aux termes de l'article L. 541-1-1 du code de l'environnement, pris pour la transposition de cette directive : " Au sens du présent chapitre, on entend par : / Déchet : toute substance ou tout objet, ou plus généralement tout bien meuble, dont le détenteur se défait ou dont il a l'intention ou l'obligation de se défaire ; () / Producteur de déchets : toute personne dont l'activité produit des déchets (producteur initial de déchets) () ; / Détenteur de déchets : producteur des déchets ou toute autre personne qui se trouve en possession des déchets ; () ". Aux termes de l'article L. 541-2 du même code : " Tout producteur ou détenteur de déchets est tenu d'en assurer ou d'en faire assurer la gestion, conformément aux dispositions du présent chapitre / Tout producteur ou détenteur de déchets est responsable de la gestion de ces déchets jusqu'à leur élimination ou valorisation finale, même lorsque le déchet est transféré à des fins de traitement à un tiers. / Tout producteur ou détenteur de déchets s'assure que la personne à qui il les remet est autorisée à les prendre en charge ". Aux termes de l'article L. 541-3 du même code : " I.- Lorsque des déchets sont abandonnés, déposés ou gérés contrairement aux prescriptions du présent chapitre et des règlements pris pour leur application, à l'exception des prescriptions prévues au I de l'article L. 541-21-2-3, l'autorité titulaire du pouvoir de police compétente avise le producteur ou détenteur de déchets des faits qui lui sont reprochés ainsi que des sanctions qu'il encourt et, après l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations, écrites ou orales, dans un délai de dix jours, le cas échéant assisté par un conseil ou représenté par un mandataire de son choix, peut lui ordonner le paiement d'une amende au plus égale à 15 000 € et le mettre en demeure d'effectuer les opérations nécessaires au respect de cette réglementation dans un délai déterminé. / Au terme de cette procédure, si la personne concernée n'a pas obtempéré à cette injonction dans le délai imparti par la mise en demeure, l'autorité titulaire du pouvoir de police compétente peut, par une décision motivée qui indique les voies et délais de recours : / 1° L'obliger à consigner entre les mains d'un comptable public une somme correspondant au montant des mesures prescrites, laquelle est restituée au fur et à mesure de l'exécution de ces mesures. () / 2° Faire procéder d'office, en lieu et place de la personne mise en demeure et à ses frais, à l'exécution des mesures prescrites. Les sommes consignées en application du 1° peuvent être utilisées pour régler les dépenses ainsi engagées. () ".

3. En premier lieu, un déchet au sens de l'article L. 541-1-1 du code de l'environnement, pris pour la transposition de la directive n° 2008/98/CE du Parlement européen et du Conseil du 19 novembre 2008, est un bien dont son détenteur se défait ou dont il a l'intention de se défaire, sans qu'il soit besoin de déterminer si ce bien a été recherché comme tel dans le processus de production dont il est issu. Sont sans incidence à cet égard les circonstances que les biens en cause aient une valeur commerciale et soient susceptibles de donner lieu à une réutilisation économique.

4. L'arrêté municipal du 8 septembre 2020 constate sur la parcelle B n° 303 de la commune la présence d'empilements de matériaux alignés, à savoir des briques creuses, des parpaings, des palettes ou caisses de bois et des caisses métalliques. Cet arrêté s'appuie sur le procès-verbal de constat dressé le 28 juillet 2020 par un huissier de justice. Il ressort des pièces du dossier, notamment d'une facture de l'EARL Delétoille, qu'à la suite de cette mise en demeure, M. B a fait enlever de ladite parcelle une partie des matériaux qui s'y trouvaient. Toutefois, il est constant que M. B a continué à entreposer sur la parcelle B n° 303 des matériaux de construction. Il résulte de l'instruction, notamment du constat d'huissier dressé le 9 octobre 2020, que trouvaient encore, à cette date sur la parcelle B n° 303 des palettes de briques, des briques creuses, des parpaings empilés, de nombreux débris de matériaux de construction, notamment des morceaux de briques, de tuiles et de manière plus générale du remblai. L'huissier a également constaté que les palettes en bois supportant les matériaux sont anciennes et en mauvais état, que des palettes empilées penchent, et a noté la présence d'une cabane de chantier métallique, un tas de sable avec un godet et de grosses pierres, ainsi qu'un tas de cailloux et quelques bacs métalliques. Il est constant que ces dépôts ont atteint un volume conséquent, soit, selon un article de presse du 25 novembre 2020, environ 150 tonnes. Si les requérants soutiennent que ce dépôt est " vital pour la rentabilité de l'entreprise de BTP que M. B a créé il y a cinquante ans ", il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que l'entreprise de bâtiment et travaux publics (BTP) de M. B n'est plus en activité depuis 2015 et que l'entreprise est officiellement fermée depuis le 31 décembre 2016. Par ailleurs, si les requérants soutiennent que M. B avait l'intention d'utiliser ses matériaux pour la construction d'une maison pour ses petits-enfants, il n'établit pas, en se bornant à produire une attestation d'un vendeur selon laquelle M. B est engagé dans une procédure d'acquisition d'un terrain situé sur la commune depuis juillet 2020, que les matériaux déposés avaient, avec certitude, vocation à être ultérieurement réutilisés. Enfin, si les requérants font valoir que les matériaux de construction entreposés sur la parcelle B n° 303 ont une valeur qu'ils estiment entre 15 000 et 20 000 euros, cette circonstance est sans incidence sur la qualification de déchet au sens des dispositions précitées du code de l'environnement. Par suite, le moyen tiré de ce que les objets présents sur la parcelle B n° 303 ne constitueraient pas des déchets, au sens des dispositions de l'article L. 541-1-1 et L. 543-1 du code de l'environnement, n'est pas fondé et doit être écarté.

5. En second lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés n°s 2020-02 et 2020-03 du 16 novembre 2020 du maire de la commune de Le Quesnel Aubry.

Sur les frais du litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Le Quesnel-Aubry, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par M. et Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

8. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge du M. et Mme B, en application de ces mêmes dispositions, la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Le Quesnel-Aubry.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : M. et Mme B verseront à la commune de Le Quesnel-Aubry la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme C B et à la commune de Le Quesnel-Aubry.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, première conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

L. Bazin

La présidente,

Signé

C. Galle La greffière,

Signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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