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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2100330

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2100330

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2100330
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantVRILLAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 janvier et 10 novembre 2021, Mme B A, représentée par Me Vrillac, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 février 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier George Decroze a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de son accident de service à compter du 31 juillet 2018 ;

2°) d'annuler la décision implicite née le 30 novembre 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier George Decroze a rejeté sa demande du 30 septembre 2020 tendant à reconnaître l'imputabilité au service de son accident de service à compter du 31 juillet 2018 et à ce que le centre hospitalier abandonne le recouvrement de tout ou partie de sa dette résultant de l'obligation de payer un trop-perçu de rémunération mis à sa charge ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier George Decroze une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de condamner le centre hospitalier George Decroze aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- la décision du 19 février 2020 a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière au regard de l'article 16 de l'arrêté interministériel du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière dès lors qu'elle n'a reçu aucune convocation à la séance de la commission de réforme du 4 décembre 2019 et n'a pu, en conséquence, prendre connaissance de son dossier ;

- la décision implicite née le 30 novembre 2020 est illégale en raison de l'illégalité de la décision du 19 février 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2021, le centre hospitalier George Decroze conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen de la requête n'est pas fondé.

Par ordonnance du 5 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- l'arrêté interministériel du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin, rapporteure,

- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,

- et les observations de Me Vrillac, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, agent titulaire, a été recrutée par le centre hospitalier Georges Decroze le 1er avril 1997 pour exercer les fonctions d'aide-soignante. Le 7 août 2014, elle a été victime d'un accident de service qui lui a causé une capsulite rétractile de l'épaule gauche et des douleurs cervicales avec souffrance radiculaire de type névralgie cervico-brachiale. En 2017, elle a été victime d'une rechute. A la suite du rapport d'expertise médicale établi le 30 juillet 2018 et de l'avis de la commission de réforme du 4 décembre 2019, la directrice du centre hospitalier George Decroze a, par décision du 19 février 2020, reconnu l'accident survenu le 7 août 2014 comme imputable au service du 7 août 2014 au 30 juillet 2018 avec une consolidation de son état de santé au 30 juillet 2018, sans nécessité de soins après cette date, en fixant un taux d'incapacité permanente partielle à 5 %. Par cette décision, la directrice du centre hospitalier a également placé Mme A en congé de maladie ordinaire à compter du 31 juillet 2018 et l'a informée qu'un titre de recette allait être émis à son encontre afin qu'elle procède au remboursement du trop-perçu de rémunération. Par courrier du 30 septembre 2020, Mme A a formé un recours gracieux contre cette décision en demandant la reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident de service à compter du 31 juillet 2018, et à ce que le centre hospitalier abandonne le recouvrement de tout ou partie de sa dette résultant de l'obligation de payer un trop-perçu de rémunération. Par une décision du 17 décembre 2020, la directrice générale du centre hospitalier Georges Decroze a informé l'intéressée du report de son placement en congé de maladie ordinaire au 4 décembre 2019, date de l'avis de la commission de réforme, et lui a précisé que cette modification avait pour conséquence de réduire le trop-perçu devant être récupéré.

2. Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 19 février 2020 et la décision implicite de rejet née le 30 novembre 2020 en raison du silence gardé par l'administration pendant un délai de deux mois sur son recours gracieux du 30 septembre 2020. Il résulte toutefois de ce qui précède que la décision explicite du 17 décembre 2020, s'est substituée à la décision implicite de rejet de son recours gracieux née le 30 novembre 2020 avant l'introduction de la requête de Mme A et que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent donc être regardées comme dirigées contre la décision du 19 février 2020 et contre la décision explicite du 17 décembre 2020 qui a rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En vertu du dernier alinéa du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais repris au dernier alinéa de l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique, peut être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire établit qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. Ces dispositions ne sont entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique hospitalière, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 16 mai 2020, du décret du 13 mai 2020 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique hospitalière, décret par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue, sous forme de décret en Conseil d'Etat, par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Il en résulte que les dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 sont demeurées applicables jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 13 mai 2020 et qu'elles seules sont susceptibles de régir la situation de Mme A, dès lors que le fait générateur de sa maladie et de sa rechute est intervenu antérieurement à cette entrée en vigueur.

4. En vertu de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986, le fonctionnaire en activité a droit, notamment, à des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an moyennant le maintien de l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ou, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, à la conservation de l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service. Une maladie contractée par un fonctionnaire doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduit à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service. Les dispositions du 2° de l'article 41 précité prévoient que l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales.

5. Aux termes de l'article 16 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " La commission départementale de réforme des agents des collectivités locales est obligatoirement consultée si la maladie provient de l'une des causes prévues au deuxième alinéa du 2° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée. / Lorsque l'administration est amenée à se prononcer sur l'imputabilité au service d'une maladie ou d'un accident, elle peut, en tant que de besoin, consulter un médecin expert agréé. () ".

6. Aux termes de l'article 13 de l'arrêté interministériel du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " La demande d'inscription à l'ordre du jour de la commission est adressée au secrétariat de celle-ci par l'employeur de l'agent concerné. / L'agent concerné peut également adresser une demande de saisine de la commission à son employeur, qui doit la transmettre au secrétariat de celle-ci dans un délai de trois semaines ; () ". Aux termes de l'article 14 du même arrêté : " Le secrétariat de la commission de réforme convoque les membres titulaires et l'agent concerné au moins quinze jours avant la date de la réunion. () ". Aux termes de l'article 16 du même arrêté : " La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis. / Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instructions, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires. /Dix jours au moins avant la réunion de la commission, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande, ou par l'intermédiaire d'un médecin ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. / La commission entend le fonctionnaire, qui peut se faire assister d'un médecin de son choix. Il peut aussi se faire assister par un conseiller ".

7. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

8. Il ressort des pièces du dossier que le centre hospitalier Georges Decroze a saisi la commission de réforme et que, par courrier du 21 novembre 2019, le secrétariat de la commission de réforme départementale de l'Oise a informé Mme A de la tenue de la séance du 4 décembre 2019 en vue d'émettre un avis sur sa demande de reconnaissance de d'imputabilité au service de son accident. Toutefois, alors que l'intéressée conteste avoir reçu cette convocation en raison d'une adresse erronée, l'établissement ne justifie ni avoir communiqué la bonne adresse au secrétariat de la commission de réforme, ni de la réception de cette convocation par la requérante. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la requérante aurait présenté des observations écrites ou qu'elle aurait été présente ou représentée à cette séance. Ainsi, et dès lors que l'absence de convocation de Mme A à la séance de la commission de réforme l'a, en l'espèce, privée d'une garantie, la requérante est fondée à soutenir que la décision de la directrice du centre hospitalier Georges Decroze du 19 février 2020, fondée notamment sur l'avis émis par la commission de réforme au cours de cette séance, a été prise au terme d'une procédure irrégulière l'entachant d'illégalité.

9. Il résulte de ce qui précède que la décision du 19 février 2020 doit être annulée, ensemble la décision du 17 décembre 2020 portant rejet du recours gracieux de Mme A.

Sur les dépens :

10. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre par Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du centre hospitalier George Decroze une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 19 février 2020 de la directrice générale du centre hospitalier George Decroze et la décision du 17 décembre 2020 portant rejet du recours gracieux de Mme A sont annulées.

Article 2 : Le centre hospitalier George Decroze versera une somme de 1 500 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4: Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier George Decroze.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, première conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

C. Pellerin

La présidente,

Signé

C. Galle La greffière,

Signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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