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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2100382

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2100382

mercredi 22 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2100382
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU3
Avocat requérantSELARL LAMARCK AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 février et 10 mai 2021, M. B A, représenté par Me Abdesmed, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 20A50 du 24 septembre 2020 par lequel le maire de la commune de Crécy-en-Ponthieu lui a infligé une sanction d'exclusion temporaire d'une journée ;

2°) d'enjoindre à la commune de Crécy-en-Ponthieu de reconstituer sa carrière ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Crécy-en-Ponthieu la somme de

1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris à la suite d'une procédure irrégulière en ce que le maire ne lui a pas indiqué qu'il pouvait solliciter une copie de son dossier individuel, en méconnaissance des dispositions de l'alinéa 3 de l'article 19 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- l'arrêté attaqué n'est pas motivé, en méconnaissance des dispositions du 2° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et de l'alinéa 4 de l'article 19 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- il n'a commis aucune faute : il n'a ni tenu de propos irrespectueux envers le maire ni refusé de se soumettre à son obligation d'obéissance ;

- la sanction prononcée à son encontre est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 avril 2021, la commune de Crécy-en-Ponthieu, représentée par Me Noublanche-Veyer, conclut au rejet de la requête et à ce que

M. A soit condamné à lui verser la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

15 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Wavelet, premier-conseiller, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Wavelet, magistrat désigné,

- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Abdesmed, représentant M. A, qui s'en rapporte à ses écritures et souligne que la tension lors de l'entretien, avec trois personnes qui le reçoivent, s'explique par le contexte de son retour au service et sa vulnérabilité.

Considérant ce qui suit :

1. Après y avoir travaillé depuis le 1er juin 2009 notamment par voie contractuelle, M. A a été nommé adjoint technique territorial de 2ème classe stagiaire au sein de la commune de Crécy-en-Ponthieu à compter du 1er mars 2013, puis titularisé dans ce grade à compter du 1er mars 2014. Il exerce les fonctions d'agent d'entretien polyvalent. Après un placement en congé de longue maladie jusqu'au 30 août 2020, M. A a été autorisé à reprendre ses fonctions au titre d'un temps partiel thérapeutique à compter du 31 août 2020 pour une durée de trois mois. A la suite d'un entretien préalable à la reprise du travail tenu le 1er septembre 2020, le maire de la commune de Crécy-en-Ponthieu a infligé à M. A une sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée d'un jour par un arrêté du

24 septembre 2020, dont l'intéressé demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la régularité formelle de la sanction :

2. En premier lieu, aux termes du troisième alinéa de l'article 19 de la loi du

13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. () ". Si le droit à la communication du dossier comporte pour l'agent intéressé celui d'en prendre copie, à moins que sa demande ne présente un caractère abusif, ces dispositions n'imposent pas à l'administration d'informer l'agent de son droit à prendre copie de son dossier.

3. Il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 3 septembre 2020, le maire de Crécy-en-Ponthieu a informé M. A de son intention de prendre une sanction disciplinaire à son encontre consistant en une exclusion temporaire de fonctions d'une journée, en raison d'un " refus de [se] soumettre à l'obligation d'obéissance hiérarchique " et de " propos irrespectueux vis-à-vis de l'autorité territoriale (le maire) ". Aux termes de ce courrier, le maire de Crécy-en-Ponthieu a informé l'intéressé de son droit à se faire assister, de la possibilité de faire part de ses observations, de son droit à la communication de son dossier individuel et du rapport disciplinaire et l'a invité à se présenter en mairie aux jours et heures habituels d'ouverture au public entre le 7 et le 14 septembre 2020 pour la consultation de son dossier. Par suite, et alors que le maire n'était pas tenu de l'informer de son droit à prendre copie de son dossier, M. A n'est pas fondé à soutenir que la sanction aurait été prise à la suite d'une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions du troisième alinéa de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires.

4. En second lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés ". Aux termes du 2° de l'article

L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 2° Infligent une sanction ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'autorité qui prononce une sanction disciplinaire a l'obligation de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de l'agent intéressé, de sorte que celui-ci puisse, à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.

6. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci vise les textes dont il est fait application et mentionne les manquements reprochés à M. A justifiant le prononcé d'une sanction. Nonobstant l'absence de précisions concernant les directives de sa hiérarchie auxquelles il aurait refusé d'obéir et l'absence de mention des propos irrespectueux qui lui sont reprochés, l'ensemble de ces éléments est suffisant pour permettre à M. A de comprendre la sanction qui lui est infligée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de la sanction :

7. L'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors applicable prévoit que toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. Les dispositions de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors applicables, disposent que " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : / l'avertissement ; / le blâme ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; () ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

8. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du rapport circonstancié de l'entretien préalable à la reprise du travail qui s'est tenu le 1er septembre 2020, qu'au cours de cet entretien, M. A a notamment jeté un arrêt de travail en direction du maire de Crécy-en-Ponthieu et qu'en réaction aux propos de ce dernier lui indiquant que son remplaçant lui donnerait son emploi du temps lors de sa reprise l'après-midi, il a remis en question cette décision du maire en lui reprochant d'en avoir " profité ", ce qui a suscité l'intervention de l'adjoint au maire pour signifier le caractère déplacé des propos. Par ailleurs, M. A a clairement manifesté auprès du maire son refus de se voir donner son emploi du temps et des ordres de la part de son remplaçant, présenté comme son nouveau supérieur hiérarchique. Si M. A soutient qu'il n'a commis aucune faute, notamment qu'il n'a pas tenu de propos irrespectueux envers le maire, il ne conteste toutefois pas de manière suffisamment probante la matérialité des faits précités tels qu'ils résultent du rapport circonstancié de l'entretien préalable. Par ailleurs, nonobstant la vulnérabilité dont il se prévaut le jour de l'entretien de reprise et la circonstance qu'il a été autorisé à reprendre son activité professionnelle dans le cadre d'un mi-temps thérapeutique, et sans qu'il puisse utilement se prévaloir d'un manquement du maire à une obligation de veiller à sa santé et à sa sécurité, l'affirmation d'un refus délibéré de se soumettre à l'autorité de son nouveau supérieur hiérarchique ainsi que son attitude envers le maire, telles qu'elles ressortent du rapport circonstancié de l'entretien du

1er septembre 2020, doivent être regardées en l'espèce comme constitutives d'un manquement aux devoirs d'obéissance et de réserve et, ce faisant, comme constituant des fautes de nature à justifier une sanction disciplinaire. Au surplus, la circonstance alléguée selon laquelle il aurait toujours donné satisfaction et serait respecté dans ses fonctions, à la supposer établie, n'est pas de nature à ôter aux faits reprochés leur caractère fautif. Enfin, eu égard à la nature des faits commis par M. A et à la circonstance, par ailleurs, qu'il a déjà fait l'objet de deux avertissements par décisions des 25 octobre 2016 et 22 novembre 2018, le maire de Crécy-en-Ponthieu, en prononçant à son égard une sanction d'exclusion temporaire d'une durée d'un jour, n'a pas pris une sanction disproportionnée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A doivent être rejetées, y compris celles qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions que la commune de Crécy-en-Ponthieu présente sur ce dernier fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Crécy-en-Ponthieu sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Crécy-en-Ponthieu.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

F. Wavelet La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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