jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2100403 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP CATHERINE PINCHON - STEPHANIE CACHEUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 février 2021, M. A D, Mme E D et l'EARL D, représentés par la SCP C. Pinchon - S. Cacheux - A. Berthelot, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2020 par lequel le préfet de l'Aisne a autorisé M. B C à exploiter une parcelle agricole d'une surface de 5 hectares 44 ares 70 centiares située sur le territoire de la commune de Barisis ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le préfet de l'Aisne était incompétent pour délivrer l'autorisation d'exploiter à M. C, dès lors qu'en application de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime, c'est le préfet de la région Hauts-de-France qui a compétence pour se prononcer sur les demandes d'autorisation d'exploiter ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'au regard des dispositions du 2° de l'article R. 331-1 du code rural et de la pêche maritime, faute de diplôme agricole, M. C devait justifier d'une expérience professionnelle de cinq ans au moins, acquise sur une superficie au moins égale à la moitié de l'unité de référence, au cours des quinze années précédant la date effective de l'opération, soit le 30 novembre 2015.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 août 2021, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La requête a été communiquée à M. C qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 9 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- la loi n° 2014-1170 du 13 octobre 2014 ;
- le décret n° 2015-713 du 22 juin 2015 ;
- l'arrêté du 29 juin 2016 portant schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) en Picardie ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par acte notarié du 5 décembre 1988, M. A et Mme E D ont pris à bail une parcelle cadastrée AM n° 57 au lieu-dit " Etang de l'Abbaye " d'une surface de 5 hectares 44 ares 70 centiares située sur le territoire de la commune de Barisis. Le 28 février 2014, M. B C leur a délivré congé de ce bail à son profit. Le 16 septembre 2014, M. C a demandé l'autorisation d'exploiter la parcelle concernée. Par décision du 1er octobre 2014, le préfet de l'Aisne l'a informé de ce que sa demande n'était pas soumise à autorisation préalable au titre du contrôle des structures agricoles. Toutefois, par jugement du 28 mars 2017, confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Douai du 24 septembre 2019, le tribunal administratif d'Amiens a annulé cette décision au motif que la reprise envisagée par M. C relevait bien du régime de l'autorisation préalable. Par un arrêté du 6 février 2018, le préfet de la région Hauts-de-France a délivré à M. C l'autorisation sollicitée. Toutefois, cet arrêté a été annulé par un jugement du 6 mars 2020 du tribunal administratif d'Amiens au motif qu'il était entaché d'une erreur de droit dès lors que c'était à tort que le préfet avait instruit la demande de M. C, dont il avait été saisi le 16 septembre 2014, au regard des dispositions du schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) en Picardie, entré en vigueur le 29 juin 2016. À la suite de ce jugement, par un arrêté du 14 décembre 2020, dont M. et Mme D et l'EARL D demandent l'annulation, le préfet de l'Aisne a de nouveau autorisé M. B C à exploiter la parcelle cadastrée AM n° 57 d'une surface de 5 hectares 44 ares 70 centiares située sur le territoire de la commune de Barisis.
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 93 de la loi du 13 octobre 2014 d'avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la forêt : " () IX.- Les schémas directeurs régionaux des exploitations agricoles mentionnés à l'article L. 312-1 du code rural et de la pêche maritime, dans sa rédaction résultant de la présente loi, sont arrêtés dans un délai d'un an à compter de sa publication. / Jusqu'à l'entrée en vigueur du schéma directeur régional des exploitations agricoles, le contrôle des structures s'applique selon les modalités, les seuils et les critères définis par le schéma directeur des structures agricoles de chaque département. / Les unités de référence arrêtées par le représentant de l'Etat dans le département s'appliquent jusqu'à l'entrée en vigueur du schéma directeur régional des exploitations agricoles () ". Aux termes de l'article 4 du décret du 22 juin 2015 relatif au schéma directeur régional des exploitations agricoles et au contrôle des structures des exploitations agricoles : " I. - Les articles 2 et 3 du présent décret entrent en vigueur à la même date que le schéma directeur régional des exploitations agricoles. / II. - Les demandes et déclarations déposées en application des I ou II de l'article L. 331-2 dans sa rédaction antérieure à la loi du 13 octobre 2014 susvisée avant la date mentionnée au I, ainsi que, le cas échéant, les dossiers concurrents relevant des mêmes dispositions déposées après cette date, demeurent soumis aux dispositions des articles R. 331-1 à R. 331-12 dans leur rédaction antérieure au présent décret ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a subordonné l'application de l'ensemble des dispositions du code rural et de la pêche maritime relatives au contrôle des structures issues de la loi du 13 octobre 2014 à l'entrée en vigueur des schémas directeurs régionaux des exploitations agricoles. Le schéma directeur régional des exploitations agricoles en Picardie est entré en vigueur le 29 juin 2016.
3. D'autre part, lorsqu'une décision prise par l'autorité administrative statuant sur une demande est annulée par le juge de l'excès de pouvoir, l'administration est réputée, par suite de l'annulation contentieuse, être toujours saisie de la demande initiale, sur laquelle elle est tenue de statuer.
4. Enfin, aux termes de l'article R. 331-4 du code rural et de la pêche maritime, dans sa version en vigueur du 15 mai 2007 au 25 juin 2015 : " La demande de l'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 est établie selon le modèle défini par le ministre de l'agriculture et accompagnée des éléments justificatifs dont la liste est annexée à ce modèle. / () Le dossier de demande d'autorisation est adressé par envoi recommandé avec accusé de réception au préfet du département où se trouve le fonds dont l'exploitation est envisagée, ou déposé auprès du service chargé d'instruire, sous l'autorité du préfet, les demandes d'autorisation. () Après avoir vérifié que le dossier comporte les pièces requises en application du premier alinéa, le service chargé de l'instruction l'enregistre et délivre au demandeur un accusé de réception. () ". Aux termes de l'article R. 331-5 du même code, dans sa version en vigueur du 15 mai 2007 au 25 juin 2015 : " I. - Les demandes d'autorisation d'exploiter sont soumises à l'avis de la commission départementale d'orientation de l'agriculture instituée aux articles R. 313-1 et suivants. () / II. - Toutefois, il n'est pas procédé à cette consultation si les biens sur lesquels porte la demande n'ont pas fait l'objet de candidatures concurrentes dans les trois mois suivant l'enregistrement du dossier de demande complet () Cependant, même en l'absence de demandes concurrentes, le préfet peut décider de soumettre le dossier à la commission départementale d'orientation de l'agriculture, notamment s'il estime que le projet méconnaît les orientations du schéma directeur départemental des structures agricoles et les critères posés aux 2° à 9° de l'article L. 331-3. () ". Aux termes de l'article R. 331-6 du même code, dans sa version en vigueur du 15 mai 2007 au 25 juin 2015 : " I. - Le préfet dispose d'un délai de quatre mois à compter de la date d'enregistrement du dossier complet mentionnée dans l'accusé de réception pour statuer sur la demande. () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'autorisation d'exploiter en litige a été présentée par M. C le 16 septembre 2014, soit avant l'entrée en vigueur du schéma directeur régional des exploitations agricoles en Picardie. La décision du 1er octobre 2014 informant M. C que sa demande ne relevait pas du régime d'autorisation et l'arrêté du 6 février 2018 accordant à M. C l'autorisation sollicitée ont été annulées respectivement par un jugement du 28 mars 2017 du tribunal administratif d'Amiens, confirmé par un arrêt du 24 septembre 2019 de la cour administrative d'appel de Douai, et par un jugement du 6 mars 2020 du tribunal administratif d'Amiens. Ainsi, du fait de ces annulations, les services préfectoraux sont demeurés saisis de la demande déposée par M. C le 16 septembre 2014. Or, en application des dispositions de l'article 4 du décret du 22 juin 2015, citées au point 2 du présent jugement, les demandes d'autorisation d'exploiter déposées avant la date d'entrée en vigueur du schéma directeur régional des exploitations agricoles en Picardie, soit le 29 juin 2016, demeurent soumises aux dispositions des articles R. 331-1 à R. 331-12 dans leur rédaction antérieure à l'entrée en vigueur du décret du 22 juin 2015. Il en résulte que les requérants ne peuvent utilement invoquer contre l'arrêté attaqué les dispositions du code rural et de la pêche maritime, dans leur rédaction issue du décret du 22 juin 2015, qui donnent compétence au préfet de région pour statuer sur les demandes d'autorisation. Les dispositions combinées des articles R. 331-4 et suivants du code rural et de la pêche maritime, dans leur version en vigueur avant la publication du décret du 22 juin 2015, attribuaient aux préfet du département où se trouve le fonds dont l'exploitation est envisagée, la compétence pour statuer sur les demandes d'autorisation d'exploiter. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du préfet de l'Aisne doit être écarté.
6. En second lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que l'autorisation d'exploiter accordée à M. C repose sur le motif non contesté tiré de ce que la demande de ce dernier s'inscrit dans le cadre d'une installation non aidée relevant du deuxième rang de priorité du schéma départemental des structures agricoles (SDSA), qui ne constitue pas un démembrement préjudiciable à l'économie de l'exploitation de l'EARL D conformément à l'article 1er du SDSA fixant les orientations départementales. Si l'arrêté attaqué mentionne, à titre surabondant, que la demande d'autorisation préalable d'exploiter de M. C pourrait ne plus être soumise à autorisation préalable dès lors qu'en ayant eu le statut d'aide familial, il remplit, à la date de réexamen de la demande, la condition d'expérience professionnelle prévue au 2° de l'article R. 331-1 du code rural et de la pêche maritime, cette précision ne constitue pas un motif de la décision prise le préfet. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir qu'en application des dispositions du 2° de l'article R. 331-1 du code rural et de la pêche maritime, M. C devait, faute de diplôme agricole, justifier d'une expérience professionnelle de cinq ans au moins, acquise sur une superficie au moins égale à la moitié de l'unité de référence au cours des quinze années précédant la date effective de l'opération, soit le 30 novembre 2015. Par suite, le moyen soulevé à ce titre est inopérant et doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par les requérants à fin d'annulation de l'arrêté du 14 décembre 2020 par lequel le préfet de l'Aisne a accordé à M. C l'autorisation d'exploiter sollicitée doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme D et de l'EARL D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, premier dénommé, pour l'ensemble des requérants, à M. B C et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée pour information au préfet de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
Mme Pellerin, première conseillère,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.
La rapporteure,
signé
L. Bazin
La présidente,
signé
C. Galle Le greffier,
signé
J.-F. Langlois
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026