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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2100463

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2100463

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2100463
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL MANGOT-PAINEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 février et 24 mars 2021, M. A B, représenté par Me Mangot, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 septembre 2020 par lequel la préfète de l'Oise a prononcé la saisie définitive de l'arme et des munitions dont il est détenteur, lui a interdit d'acquérir ou de détenir les catégories d'armes, les types d'armes et les munitions des catégories A, B et C et a procédé à son inscription au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA), ensemble la décision du 11 décembre 2020 du ministre de l'intérieur portant rejet de son recours hiérarchique ;

2°) d'enjoindre à l'autorité administrative de lever la saisie définitive de son arme et de ses munitions, de l'autoriser à acquérir et détenir les catégories d'armes, types d'armes et munitions de catégories A, B et C et de le radier du FINIADA ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 11 décembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique est insuffisamment motivée ;

- la décision prononçant la saisie définitive de son arme et de ses munitions est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2022, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au

15 février 2023.

Par une décision du 17 mars 2021, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un premier arrêté du 11 décembre 2019, la préfète de la Somme a ordonné la remise immédiate des armes et munitions détenues par M. B. Par un second arrêté du 10 septembre 2020, la préfète de la Somme a prononcé la saisie définitive de l'arme et des munitions dont M. B est détenteur, lui a interdit d'acquérir ou de détenir les catégories d'armes, les types d'armes et les munitions des catégories A, B et C et a procédé à son inscription au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA). Par un courrier reçu le 21 octobre 2020, M. B a formé un recours hiérarchique contre cet arrêté, qui a été rejeté par une décision du ministre de l'intérieur du 11 décembre 2020.

Sur l'étendue du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux et ou un recours hiérarchique avant de former un recours contentieux. L'exercice de tels recours administratifs n'ayant d'autre objet que d'inviter l'administration à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet de ces décisions doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet des recours administratifs dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. En conséquence, il appartient au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet d'un ou des recours administratifs, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il résulte de ce qui précède que M. B doit être regardé comme demandant l'annulation tant de l'arrêté de la préfète de la Somme du 10 septembre 2020 prononçant la saisie définitive de l'arme et des munitions dont il est détenteur, que de la décision du 11 décembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure : " Si le comportement ou l'état de santé d'une personne détentrice d'armes, de munitions et de leurs éléments présente un danger grave pour elle-même ou pour autrui, le représentant de l'Etat dans le département peut lui ordonner, sans formalité préalable ni procédure contradictoire, de les remettre à l'autorité administrative, quelle que soit leur catégorie ". Aux termes l'article L. 312-9 du même code : " La conservation de l'arme, des munitions et de leurs éléments remis ou saisis est confiée pendant une durée maximale d'un an aux services de la police nationale ou de la gendarmerie nationale territorialement compétents. / Durant cette période, le représentant de l'Etat dans le département décide, après que la personne intéressée a été mise à même de présenter ses observations, soit la restitution de l'arme, des munitions et de leurs éléments, soit leur saisie définitive. / Les armes, munitions et leurs éléments définitivement saisis en application du précédent alinéa sont vendus aux enchères publiques. Le produit net de la vente bénéficie aux intéressés ". Aux termes de l'article R. 312-69 du même code : " Avant de prendre la décision prévue au deuxième alinéa de l'article L. 312-9, le préfet invite la personne qui détenait l'arme et les munitions à présenter ses observations, notamment quant à son souhait de les détenir à nouveau et quant aux éléments propres à établir que son comportement ou son état de santé ne présente plus de danger grave et immédiat pour elle-même ou pour autrui, au vu d'un certificat médical délivré par un médecin spécialiste mentionné à l'article R. 312-6 ". Aux termes de l'article de l'article L. 312-10 du même code, dans sa version applicable au litige : " Il est interdit aux personnes dont l'arme, les munitions et leurs éléments ont été saisis en application de l'article L. 312-7 ou de l'article L. 312-9 d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments, quelle que soit leur catégorie. / Le représentant de l'Etat dans le département peut cependant décider de limiter cette interdiction à certaines catégories ou à certains types d'armes, de munitions et de leurs éléments () ". Il résulte de ces dispositions que pour décider, sur le fondement de l'article L. 312-9 du code de la sécurité intérieure, la saisie définitive d'armes ou de munitions initialement saisies sur le fondement de l'article L. 312-7 du même code, ou leur restitution, le préfet doit apprécier si le comportement ou l'état de santé de l'intéressé présente toujours un danger grave pour lui-même ou pour autrui.

5. Il ressort des pièces du dossier que la préfète de la Somme a ordonné le 11 décembre 2019 la saisie immédiate du fusil de chasse et des munitions que M. B conservait à son domicile au motif que le 26 novembre 2019, l'épouse de l'intéressé a porté plainte contre ce dernier pour menaces de mort réitérées à son encontre. Pour émettre un avis défavorable à la restitution des armes à M. B, le rapport administratif établi par la gendarmerie de Péronne le 3 juillet 2020 s'est fondé sur la circonstance selon laquelle le maire de la commune dans laquelle réside l'intéressé indique que celui-ci est " nerveux et instable ", " qu'il a des soucis relationnels avec son ex épouse qui vit également dans la commune " et qu'" il aurait eu une altercation avec elle au cours du mois de juin ". Toutefois, le préfet de la Somme ne produit aucun document à l'appui des propos rapportés par le maire de la commune de résidence de l'intéressé, alors que ceux-ci ne sont ni précis, ni circonstanciés. Au contraire, le requérant fait valoir sans être contredit que la plainte de son épouse est restée sans suite. Par ailleurs, il ressort de l'ordonnance de non-conciliation du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire d'Amiens du 23 septembre 2020, qui indique que les allégations de l'épouse de M. B relatives à la pression psychologique qu'il exercerait sur elle ne sont corroborés par aucun élément objectif, que la résidence habituelle de leurs deux enfants, âgés de deux et cinq ans à la date de l'arrêté attaqué, a été fixée de façon alternée au domicile de chacun des parents. Enfin, il ressort du certificat médical circonstancié établi par le chef du service de psychiatrie du centre hospitalier de Péronne le 26 août 2020, dont la production est prévue par l'article R. 312-69 du code de la sécurité intérieure avant de prendre la décision prévue par les dispositions précitées du deuxième alinéa de l'article L. 312-9 du même code, que M. B ne présente aucune contre-indication psychiatrique à ce que son arme et ses cartouches lui soient rendues sans délai, dès lors qu'il ne présente aucune dangerosité psychiatrique. Dans ces conditions, et alors que le préfet de la Somme ne produit aucun autre élément de nature à regarder M. B comme présentant, à la date de l'arrêté attaqué, un comportement ou un état de santé présentant un danger grave pour lui-même ou pour autrui, le préfet de la Somme a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 septembre 2020 de la préfète de la Somme, ensemble la décision du 11 décembre 2020 du ministre de l'intérieur portant rejet de son recours hiérarchique.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Compte tenu du motif retenu pour annuler l'arrêté en litige, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Somme procède à la restitution de l'arme et des munitions du requérant et lève l'inscription de l'interdiction d'acquérir ou de détenir des armes sur le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes. Il y a dès lors lieu d'ordonner au préfet de la Somme, sous réserve de toute modification de droit ou de fait pouvant affecter la situation de M. B, de procéder à ces diligences dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

9. M. B, qui a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, ne justifie pas avoir exposé des frais non compris dans les dépens qui ne seraient pas pris en charge au titre de cette aide. Par suite, ses conclusions tendant à l'application des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 10 septembre 2020 du préfet de la Somme et la décision du 11 décembre 2020 du ministre de l'intérieur sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Somme de restituer à M. B ses armes et munitions et de lever l'inscription de l'interdiction d'acquérir ou de détenir des armes sur le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Somme.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Amiens.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, première conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

L. Bazin

La présidente,

Signé

C. Galle La greffière,

Signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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