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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2100486

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2100486

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2100486
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE PRESIDENT
Avocat requérantPORCHER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 11 février 2021, le 7 avril 2021 et le 22 novembre 2022, M. A C, représenté par Me Porcher, demande au tribunal, dans le dernier état de ses conclusions :

1°) d'annuler la décision du 24 décembre 2020 par laquelle la présidente du conseil départemental de l'Oise lui a confirmé l'existence d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 138,86 euros pour la période du 1er novembre 2015 au 31 août 2017 et a refusé de lui accorder une remise de cette dette ;

2°) de mettre à la charge du département de l'Oise le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa bonne foi, qui résulte de ce que son incarcération l'empêchait d'informer la caisse d'allocations familiales de son changement de situation, justifie que le remboursement du trop-perçu de revenu de solidarité active ne soit pas mis à sa charge ;

- il remplissait les conditions pour percevoir le revenu de solidarité active avant son incarcération le 8 août 2016.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 juin 2022 et le 7 octobre 2022, la présidente du conseil départemental de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, faute d'avoir été précédée d'un recours administratif obligatoire ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dhiver, présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 23 novembre 2017, la caisse d'allocations familiales de l'Oise a notifié à M. C un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 138,86 euros pour la période de novembre 2015 à août 2017 au motif qu'il ne remplissait pas la condition de résidence pour bénéficier de cette allocation. Saisie par M. C le 8 décembre 2020, la présidente du conseil départemental de l'Oise lui a confirmé l'existence de cet indu par une décision du 24 décembre 2020 et a, par cette même décision, refusé de lui accorder une remise de cette dette. M. C demande au tribunal d'annuler cette décision du 24 décembre 2020.

Sur la récupération de l'indu :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par la présidente du conseil départemental de l'Oise :

2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () ". Aux termes de l'article R. 262-88 du même code : " Le recours administratif préalable mentionné à l'article L. 262-47 est adressé par le bénéficiaire au président du conseil départemental dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision contestée. () ".

3. Il résulte de l'instruction que M. C a saisi la caisse d'allocations familiales et la présidente du conseil départemental de l'Oise par deux courriels des 30 novembre 2020 et 8 décembre 2020. Eu égard à l'objet de ces courriels, qui visaient à contester l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 9 138,86 euros pour la période de novembre 2015 à août 2017, et aux pièces qui étaient jointes, M. C doit être regardé comme ayant formé le recours administratif préalable obligatoire exigé par les dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles. En outre, la présidente du conseil départemental de l'Oise n'établit pas que la décision de la caisse d'allocations familiales de l'Oise du 23 novembre 2017 a été régulièrement notifiée à M. C ni qu'il avait eu connaissance de cette décision avant son courriel du 30 novembre 2020. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par la présidente du conseil départemental de l'Oise doit être écartée.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu :

4. En premier lieu, Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active () ". L'article R. 262-5 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. "

5. Il résulte des articles L. 262-2, R. 262-5 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'ils mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

6. Il est constant que M. C a été incarcéré en Australie du 8 août 2016 au 6 janvier 2020. Dans ces conditions, il doit être regardé comme n'ayant pas résidé en France de manière stable et effective durant l'ensemble de cette période. Ainsi, la présidente du conseil départemental de l'Oise n'a pas méconnu les dispositions du code de l'action sociale et des familles citées au point 4 ci-dessus en estimant que M. C ne remplissait pas la condition de résidence pour prétendre au revenu de solidarité active au cours de la période d'août 2016 à août 2017.

7. En revanche, si le rapport de l'enquête conduite en août 2017 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales indique que les fichiers de la caisse régionale d'assurance maladie et de l'URSSAF ne mentionnent aucune activité pour M. C et que ses comptes bancaires consultés depuis février 2016 ne font pas apparaître de revenus à l'exception des allocations versées par la caisse d'allocations familiales, ces seuls éléments ne suffisent pas à établir que l'intéressé ne résidait pas de façon stable et effective en France avant son incarcération en Australie. Il s'ensuit que la présidente du conseil départemental de l'Oise a fait une inexacte application des dispositions citées au point 4 en demandant à M. C de rembourser les allocations de revenu de solidarité active qu'il a perçues au cours de la période de novembre 2015 à juillet 2016.

8. En second lieu, si M. C fait valoir qu'il était dans l'impossibilité d'informer la caisse d'allocations familiales et le département de l'Oise de sa situation du fait de son incarcération en Australie, cette circonstance est sans influence sur le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active correspondant aux sommes qu'il a indûment perçues durant la période d'août 2016 à août 2017.

9. Il résulte de ce qui précède que, s'agissant de la récupération de l'indu de revenu de solidarité active, M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision de la présidente du conseil départemental de l'Oise du 24 décembre 2020 en tant qu'elle lui a confirmé l'existence de cet indu pour la période de novembre 2015 à juillet 2016.

Sur la demande de remise de dette :

10. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. / () ".

11. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.

12. Si M. C fait état de sa bonne foi, il n'établit pas qu'il serait dans une situation de précarité financière telle qu'il ne serait pas en mesure de rembourser la dette de revenu de solidarité active due au titre de la période d'août 2016 à août 2017. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'accorder à M. C une remise totale ou partielle de cette dette.

13. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle la présidente du conseil départemental de l'Oise a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette de revenu de solidarité active restant due pour la période d'août 2016 à août 2017.

Sur les frais liés au litige :

14. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Porcher, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge du département de l'Oise le versement à Me Porcher de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la présidente du conseil départemental de l'Oise du 24 décembre 2020 est annulée en tant qu'elle a confirmé à M. C l'existence d'un indu de revenu de solidarité active pour la période de novembre 2015 à juillet 2016.

Article 2 : Le département de l'Oise versera à Me Porcher une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Porcher renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au département de l'Oise et Me Procher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.

La présidente,

Signé

M. B La greffière,

Signé

V. Martinval

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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