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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2100850

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2100850

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2100850
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCOSTER BAZELAIRE ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mars 2021, la SAS Ramery Bâtiment, représentée par Me Lorthiois, demande au tribunal :

1°) de condamner l'office public d'aménagement et de construction de l'Oise à lui verser une somme de 74 491, 02 euros toutes taxes comprises au titre du solde du marché de construction d'un foyer d'accueil médicalisé destiné à accueillir des adultes présentant un handicap psychique et ou des troubles autistiques à Bailleul-sur-Thérain, assortie des intérêts moratoires à compter du 6 juillet 2020, date de notification de son projet de décompte général, et de leur capitalisation ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner solidairement les membres du groupement de maîtrise d'œuvre à lui verser les sommes dont elle serait redevable au titre du solde de ce marché ainsi que celle de 74 491, 02 euros toutes taxes comprises, assortie des intérêts moratoires à compter du 6 juillet 2020, date de notification de son projet de décompte général, et de leur capitalisation ;

3°) de mettre à la charge de l'office public d'aménagement et de construction de l'Oise une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les pénalités de retard des travaux de 400 639, 95 euros que l'office public d'aménagement et de construction (OPAC) de l'Oise lui a appliquées sont mal fondées dès lors qu'il n'y a eu aucun retard dans l'exécution des travaux en litige qui lui serait imputable ;

- les pénalités de 28 850 euros pour l'absence de réalisation des travaux nécessaires à la levée des réserves que l'OPAC de l'Oise lui a appliquées sont mal fondées dès lors qu'il n'y a eu aucun retard dans l'exécution de ces travaux et que les réserves n'étaient pas justifiées ;

- les frais de réfaction à hauteur de 14 869, 33 euros que l'OPAC de l'Oise a engagés sont mal fondés et ont été irrégulièrement mis à son débit ;

- le solde du marché s'élève à 74 491, 02 euros toutes taxes comprises ;

- à titre subsidiaire, des fautes du groupement chargé de la maîtrise d'œuvre sont à l'origine des pénalités et des frais de réfaction qui ont été mises à son débit si bien que la responsabilité de ce groupement à son égard est engagée à hauteur des sommes dont elle serait redevable au titre du solde de ce marché ainsi que de celle de 74 491, 02 euros toutes taxes comprises.

Par un mémoire en défense, enregistrés les 20 septembre 2021, le cabinet d'architecture Arval, représenté par Me de Bazelaire de Lesseux, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que la SAS Ramery Bâtiment et l'OPAC de l'Oise soient condamnés à le garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;

3°) à ce qu'il soit mis à la charge de la SAS Ramery Bâtiment une somme de

5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 31 octobre 2022, la SAS Ramery Bâtiment, représentée par Me Lorthiois, déclare se désister de l'instance.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 novembre 2022 et 2 janvier 2023, dont le dernier n'a pas été communiqué, l'office public d'aménagement et de construction de l'Oise, représentée par Me Brault, refuse le désistement de la SAS Ramery Bâtiment et conclut :

1°) à titre principal, à ce que la SAS Ramery Bâtiment soit condamnée à lui verser une somme de 54 929, 89 euros toutes taxes comprises en exécution du protocole transactionnel du

4 août 2022 qu'elle a conclu avec cette société en vue de résoudre le litige qui les oppose relatif au solde du marché de construction d'un foyer d'accueil médicalisé à Bailleul-sur-Thérain ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que l'exécution de ce protocole transactionnel soit soumise à une mesure de régularisation sous la forme d'un avenant prévoyant le versement d'une somme de 95 508, 98 euros toutes taxes comprises au titre du solde du marché en litige ;

3°) à titre très subsidiaire, à ce que ce protocole transactionnel soit annulé ;

4°) à ce qu'il soit mis à la charge de la SAS Ramery Bâtiment une somme de

2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le protocole transactionnel prévoit que le solde du marché s'élève à une somme négative de 95 508, 98 euros toutes taxes comprises dont le SAS Ramery Bâtiment lui est redevable et non à la seule somme de 40 579, 09 euros toutes taxes comprises que cette société a réglée ;

- à titre subsidiaire, le protocole transactionnel comporte une erreur matérielle dès lors que la somme que la SAS Ramery Bâtiment s'est engagée à verser à ses sous-traitants n'aurait pas dû être déduite de la somme que cette société devait lui verser ;

- le protocole transactionnel contrevient au principe d'unicité du décompte général du marché ;

- l'illégalité ainsi commise appelle une mesure de régularisation sous la forme d'un avenant au protocole transactionnel prévoyant le versement par la SAS Ramery Bâtiment d'une somme de 95 508, 98 euros toutes taxes comprises au titre du solde du marché en litige ou, à titre très subsidiaire, l'annulation du protocole transactionnel ;

- si le protocole transactionnel fixe la somme dont lui est redevable la SAS Ramery Bâtiment au titre du solde du marché en litige à un montant de 40 579, 09 euros toutes taxes comprises, il constitue une libéralité et doit être annulé.

Par un mémoire du 21 novembre 2022, le cabinet d'architecture Arval, représenté par Me de Bazelaire de Lesseux, déclare accepter le désistement de la SAS Ramery Bâtiment.

Par un mémoire du 2 décembre 2022, la SAS Ramery Bâtiment, représentée par

Me Lorthiois, doit être regardée comme concluant :

1°) au rejet des conclusions reconventionnelles de l'OPAC de l'Oise ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que le montant de la somme dont elle est encore redevable à l'OPAC de l'Oise au titre du solde du marché en litige ou du protocole transactionnel soit fixé à un montant maximal de 54 929, 89 euros toutes taxes comprises ;

3°) à titre très subsidiaire, en cas d'annulation du protocole, à ce qu'il soit donné acte du retrait de son désistement ;

4°) à ce que soit mise à la charge de l'OPAC de l'Oise une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions à fin d'injonction de l'OPAC de l'Oise sont irrecevables dès lors qu'elles ne ressortent pas de l'office du juge de plein contentieux et qu'elles sont dirigées contre une personne de droit privé ;

- les conclusions reconventionnelles de l'OPAC de l'Oise sont irrecevables dès lors que ce dernier pouvait refuser de signer le protocole transactionnel ou en demander la modification ;

- ces conclusions sont irrecevables dès lors qu'elles ne comportent aucun moyen en droit en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative et des droits de la défense ;

- les moyens présentés à l'appui des conclusions reconventionnelles de l'OPAC de l'Oise ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la SAS Climtherm et à la SARL Ingénierie de construction qui n'ont pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 19 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 6 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, rapporteur,

- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Pilette, représentant la SAS Ramery Bâtiment, ainsi que celles de Me Monaji, représentant l'office public d'aménagement et de construction de l'Oise.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement du 22 avril 2015, l'office public d'aménagement et de construction (OPAC) de l'Oise a confié à la SAS Ramery Bâtiment la construction d'un foyer d'accueil médicalisé destiné à accueillir des adultes présentant un handicap psychique et ou des troubles autistiques à Bailleul-sur-Thérain pour un montant de 5 290 504, 80 euros hors taxes. La maîtrise d'œuvre a été confiée à un groupement constitué du cabinet d'architecture Arval, mandataire, de la SAS Climtherm et de la SARL Ingénierie de construction. Les travaux ont été réceptionnés le 4 mai 2017 avec réserves. Par un courrier du 17 juillet 2020, l'OPAC de l'Oise a dressé le décompte général du marché. La SAS Ramery Bâtiment a présenté un mémoire en réclamation par un courrier du 14 août 2020 auquel l'OPAC n'a pas donné suite. La

SAS Ramery Bâtiment demande au tribunal de condamner l'OPAC de l'Oise à lui verser la somme de 74 491, 02 euros toutes taxes comprises au titre du solde du marché.

2. Un protocole transactionnel a été signé le 4 août 2022 en vue de régler ce litige. Aux termes de conclusions reconventionnelles présentées le 15 novembre 2022, l'OPAC de l'Oise demande que l'exécution de ce protocole transactionnel soit subordonnée à une mesure de régularisation.

Sur la validité du protocole transactionnel du 4 août 2022 :

3. Les parties à un contrat administratif peuvent saisir le juge d'un recours de plein contentieux contestant la validité du contrat qui les lie. Il appartient alors au juge, lorsqu'il constate l'existence d'irrégularités, d'en apprécier l'importance et les conséquences, après avoir vérifié que les irrégularités dont se prévalent les parties sont de celles qu'elles peuvent, eu égard à l'exigence de loyauté des relations contractuelles, invoquer devant lui. Il lui revient, après avoir pris en considération la nature de l'illégalité commise et en tenant compte de l'objectif de stabilité des relations contractuelles, soit de décider que la poursuite de l'exécution du contrat est possible, éventuellement sous réserve de mesures de régularisation prises par la personne publique ou convenues entre les parties, soit de prononcer, le cas échéant avec un effet différé, après avoir vérifié que sa décision ne portera pas une atteinte excessive à l'intérêt général, la résiliation du contrat ou, en raison seulement d'une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d'office par lui, tenant au caractère illicite du contenu du contrat ou à un vice d'une particulière gravité relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, son annulation.

4. S'il résulte de l'instruction que le protocole transactionnel comporte une incohérence entre les éléments constitutifs du décompte général définitif sur lesquels la SAS Ramery Bâtiment et l'OPAC de l'Oise se sont entendus et les sommes mises à la charge de la société aux termes de son dispositif, cette incohérence n'introduit aucune incertitude quant aux obligations réciproques des parties, précisément définies par le protocole, et n'est pas de nature à remettre en cause le consentement donné par ces parties à ce dernier. Par ailleurs, l'OPAC de l'Oise a pu, sans consentir de libéralité à la SAS Ramery Bâtiment, renoncer à réclamer une partie des sommes dont il aurait pu se prévaloir au titre des pénalités de retard du marché en litige. Dans ces conditions, l'OPAC de l'Oise n'est pas fondé à remettre en cause la validité du protocole transactionnel du 4 août 2022 ni à en demander l'annulation ou la régularisation.

Sur le désistement de la SAS Ramery Bâtiment :

5. Le désistement d'instance de la SAS Ramery Bâtiment présenté le 31 octobre 2022 a été présenté sous réserve que le protocole transactionnel du 4 août 2022 ne soit pas annulé. Dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit au point précédent que cette condition est satisfaite, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte à ce désistement.

Sur les conclusions reconventionnelles de l'OPAC tendant à ce que la SAS Ramery soit condamnée à lui verser une somme supplémentaire en application du protocole transactionnel du 4 août 2022 :

6. Il résulte des termes mêmes du protocole transactionnel du 4 août 2022, et sans qu'y fasse obstacle l'incohérence ci-dessus évoquée entre les éléments constitutifs du décompte général définitif et les sommes mises à la charge de la société aux termes de son dispositif, que la SAS Ramery Bâtiment et l'OPAC de l'Oise ont fixé la somme due par la première au second, au titre du solde du marché en litige, à un montant de 95 508, 98 euros toutes taxes comprises comprenant 40 579, 09 euros toutes taxes comprises à verser à l'OPAC et 54 929, 89 euros à verser à des sous-traitants bénéficiant du paiement direct. Dès lors, l'OPAC de l'Oise n'est pas fondé à soutenir que la SAS Ramery Bâtiment lui est redevable, en application de ce protocole, d'une somme de 95 508, 98 euros en sus de la somme de 54 929, 89 euros à verser à ces sous-traitants.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions reconventionnelles de l'OPAC de l'Oise doivent être rejetées sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir que la SAS Ramery Bâtiment leur oppose.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions des parties présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement d'instance de la SAS Ramery Bâtiment.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Ramery Bâtiment, au cabinet d'architecture Arval à la SAS Climtherm, à la SARL Ingénierie de construction et à l'office public d'aménagement et de construction de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 8 février 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

Le rapporteur,

signé

J. Richard

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2100850

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