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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2100963

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2100963

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2100963
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP JALLU-BACLET & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 11 mars 2021, le 30 mai 2021, le 1er août 2021 et le 10 octobre 2021, M. A C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2021 par lequel la maire de Méru s'est opposée à sa déclaration préalable en vue de la création d'un accès avec installation d'un portail donnant sur le parking de l'ancienne piscine sur un terrain rue Théodore Gérard sur le territoire de la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Méru la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- c'est à tort que la maire de Méru s'est opposée à sa déclaration préalable sur le fondement de l'article UB3 du plan local d'urbanisme communal dès lors qu'il dispose déjà d'un accès direct à la voie publique ; en outre, l'accès dont il sollicite la création, au titre de son droit d'accéder librement à sa propriété en tant que riverain d'une voie publique, permet d'améliorer l'accès à sa parcelle et débouche sur une voie ouverte à la circulation publique par l'intermédiaire du parc de stationnement de l'ancienne piscine, lequel doit être regardé comme une dépendance du domaine public dans la mesure où il est affecté à l'usage direct du public ;

- le second accès dont la création est envisagée n'entraîne pas de gêne, ni davantage de risque pour la circulation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 mai 2021, le 1er juillet 2021 et le 1er octobre 2021, la commune de Méru, représentée par Me Baclet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés ;

- en tout état de cause, il y a lieu de substituer le motif tiré du caractère accessoire et inapproprié du nouvel accès demandé par le requérant à celui tiré de l'absence de voie de desserte appropriée.

Par une ordonnance du 6 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 octobre 2021 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beaucourt, conseillère,

- les conclusions de M. Lapaquette, rapporteur public,

- et les observations de M. C.

Une note en délibéré, présentée par M. C a été enregistrée le 15 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 novembre 2020, M. A C a déposé une déclaration préalable en vue de la création d'un accès avec installation d'un portail donnant sur le parking de l'ancienne piscine sur un terrain rue Théodore Gérard sur le territoire de la commune de Méru. Par un arrêté du 14 janvier 2021, dont il demande l'annulation, la maire de Meru s'est opposée à cette déclaration préalable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Sauf dispositions législatives contraires, les riverains d'une voie publique ont le droit d'accéder librement à leur propriété, et notamment, d'entrer et de sortir des immeubles à pied ou avec un véhicule. L'autorité domaniale, le cas échéant consultée par l'autorité saisie d'une demande d'autorisation d'urbanisme, ne peut refuser d'accorder un tel accès, qui constitue un accessoire du droit de propriété, que pour des motifs tirés de la conservation et de la protection du domaine public ou de la sécurité de la circulation sur la voie publique. Il est toutefois loisible au plan local d'urbanisme, qui peut, en vertu de l'article L. 151-39 du code de l'urbanisme, fixer les conditions de desserte des terrains susceptibles de recevoir des constructions ou de faire l'objet d'aménagements, de préciser, dans le respect du principe énoncé au point précédent, les conditions de l'accès à ces terrains par les voies publiques.

3. En premier lieu, le code général de la propriété des personnes publiques s'applique, en vertu de son article L. 1, aux biens et aux droits, à caractère mobilier ou immobilier, appartenant à l'État, aux collectivités territoriales et à leurs groupements, ainsi qu'aux établissements publics. L'article L. 2111-1 de ce code dispose que : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public ". En outre, l'article L. 2111-14 du même code prévoit que : " Le domaine public routier comprend l'ensemble des biens appartenant à une personne publique mentionnée à l'article L. 1 et affectés aux besoins de la circulation terrestre, à l'exception des voies ferrées ".

4. Une parcelle communale ne peut être regardée comme affectée à l'usage direct du public en l'absence d'intention de la commune de l'y affecter. L'appartenance d'une parcelle au domaine public routier communal implique une affectation aux besoins de la circulation terrestre.

5. Pour s'opposer à la déclaration préalable présentée par M. C, la maire de la commune de Méru a relevé que le second accès souhaité par le déclarant ne pouvait être autorisé dès lors que le terrain lui appartenant, attenant à un parc de stationnement ouvert au public classé dans les domaines privés de la communauté de communes des Sablons et de la commune de Méru, n'est, de ce côté de la parcelle, pas relié à une voie destinée à desservir une ou plusieurs propriétés privées.

6. Il est constant que les parcelles AK nos 75 et 76, constituant le terrain d'emprise du parc de stationnement en cause, appartiennent, pour la première, à la commune de Méru et pour la seconde, à la communauté de communes des Sablons depuis sa cession consentie par une délibération du conseil municipal de Méru du 4 juillet 2011. Si la commune de Méru fait valoir que cette aire de stationnement, initialement aménagée dans le but d'accueillir les clients de l'hôtel situé à proximité, ne fait l'objet que d'une mise à disposition provisoire et précaire au public en l'absence de volonté clairement exprimée de l'incorporer dans son domaine public et dans celui de la communauté de communes, il ressort toutefois des pièces du dossier que ces parcelles, librement accessibles depuis la rue Roger Salengro, ont fait l'objet de travaux d'un montant de 285 000 euros consistant en la pose d'un enrobé, en l'installation d'éclairages publics et de l'aménagement, sur l'emplacement correspondant à l'ancienne piscine communale, de trente emplacements de stationnements matérialisés au moyen de marquages au sol et de composition paysagère. Par ailleurs, la consultation des articles publiés sur les pages des sites internet de la communauté de communes des Sablons ainsi que de la commune de Méru fait apparaître que ces dernières encouragent vivement, dans des termes identiques, l'utilisation de ce parc de stationnement situé " à moins de 300 mètres des commerces " et " en accès totalement gratuit (hors zone bleue) " pour faciliter le stationnement et les déplacements des commerçants, salariés et résidents de la commune de Méru.

7. Dans ces conditions, l'aire de stationnement en litige, quand bien même elle n'a pas fait l'objet d'une signalisation à ses abords et à son entrée, constitue un ouvrage appartenant à plusieurs personnes publiques affecté à l'usage direct du public ainsi qu'aux besoins de la circulation terrestre et doit, dès lors, être regardé comme relevant du domaine public routier de la commune de Méru pour la fraction de la parcelle AK n° 75 ayant fait l'objet des travaux d'aménagement ci-dessus rappelés et de la communauté de communes des Sablons s'agissant de la totalité de la parcelle AK n° 76, nonobstant l'absence de délibération de leurs organes délibérants en ce sens.

8. En second lieu, le I de l'article UB3 du règlement écrit du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Méru dispose, s'agissant des accès, que : " Pour être constructible, un terrain doit avoir un accès direct à une voie ouverte à la circulation publique, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un passage aménagé sur fonds voisins. Cette disposition ne s'applique pas en cas de reconstruction à égalité de surface de plancher, réparation, restauration, transformation ou extension de constructions existantes sans création de logement supplémentaire. / Les accès doivent présenter des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de la sécurité, de la défense contre l'incendie et de la protection civile. Ils doivent également être adaptés à l'opération future et aménagés de façon à apporter la moindre gêne à la circulation publique et à garantir un bon état de viabilité () / Lorsque le terrain est riverain de deux ou plusieurs voies publiques, l'accès sur celles de ces voies qui présenteraient une gêne ou un risque pour la circulation peut être interdit () ".

9. Il résulte de ce qui vient d'être exposé aux points 5 et 6 que le parc de stationnement attenant à la parcelle AK n° 83 de M. C, qui consiste en une dépendance du domaine public routier des personnes publiques qui en sont propriétaires, doit être regardé comme une voie d'accès à la circulation publique dès lors que disposant d'un accès direct à la rue Roger Salengro et ayant fait l'objet de travaux de pose d'enrobé bitumeux et d'aménagements divers, il est librement accessible aux riverains, tel que le déclarant, souhaitant accéder à leur habitation. Si la commune se prévaut de ce qu'elle envisage d'en restreindre l'accès à l'avenir, notamment en " le privatisant " ou en abaissant la barrière installée à son entrée, il ressort des pièces du dossier, et est d'ailleurs reconnu par la commune elle-même, qu'aucune limitation n'a été imposée au public depuis la réalisation des travaux sur cette unité foncière, soit depuis les trois dernières années à la date d'édiction de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, les pièces du dossier font apparaître que, consultée à propos de la création de cet accès, la communauté de communes des Sablons a émis un avis favorable, le 3 décembre 2020, sous réserve que la longueur du portail projeté n'excède pas quatre mètres, ce qui est le cas en l'espèce, ainsi que du respect des règles d'urbanisme en vigueur. Dans ces conditions, c'est à tort que la maire de la commune de Méru s'est opposée à la déclaration préalable déposée par M. C au motif que sa parcelle n'est pas, du côté de la rue Roger Salengro, desservie par une voie adaptée pour la desserte d'une propriété privée.

10. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

11. Pour établir que l'arrêté en cause était légal, la maire de la commune de Méru invoque, dans son mémoire en défense communiqué à M. C, un autre motif tiré du caractère " accessoire " et " inapproprié " du second accès qu'il sollicite dès lors qu'il dispose déjà d'un premier accès donnant sur la rue Théodore Gérard. Or, il ressort des dispositions de l'article UB3 du règlement du PLU méruvien, citées au point 8, que la possibilité pour un terrain riverain de plusieurs voies publiques de cumuler plusieurs accès n'est pas conditionnée par leur caractère indispensable mais par l'absence de gêne ou de risque pour la circulation publique. A cet égard, la commune, qui reconnaît elle-même que la création de l'accès en cause n'engendrera pas une augmentation du flux de véhicules, n'établit par aucun élément au dossier que ledit accès présenterait une gêne ou un risque pour la circulation publique. Le motif invoqué en défense n'étant pas de nature à fonder légalement la décision attaquée, il n'y a, par suite, par lieu de procéder à la substitution sollicitée.

12. Il résulte, dès lors, de l'ensemble ce qui précède que l'arrêté du 14 janvier 2021 doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Méru au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. C présentées sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 14 janvier 2021 de la commune de Méru est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Méru.

Copie en sera adressée, pour information, à la communauté de communes des Sablons.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme Beaucourt et Mme B, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

La rapporteure,

signé

P. BEAUCOURTLe président,

signé

C. BINAND

Le greffier,

signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

5

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