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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2100996

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2100996

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2100996
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDESERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête et un mémoire enregistrés les 19 mars 2021 et 30 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Désert, demande au tribunal :

1°) de désigner avant-dire droit un expert afin de déterminer si son " état de santé " présente un lien avec le service ;

2°) d'annuler la décision du 20 janvier 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Soissons a refusé de reconnaître son accident comme imputable au service et l'a placé en congé de maladie ordinaire ;

3°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Soissons soit de procéder au réexamen de sa demande, soit de prendre une décision dans un sens déterminé, dans un délai qui ne saurait excéder deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Soissons une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission de réforme aurait dû être consultée en application de l'article 35-6 du décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- elle est entachée d'une incompétence négative ;

- son accident est imputable au service dès lors qu'il a eu lieu durant le temps et le lieu du service à l'occasion de l'exercice des fonctions et qu'aucune circonstance n'est de nature à détacher l'accident du service.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 février 2022, le centre hospitalier de Soissons, représenté par Me Bacquet-Brehant, conclut à ce que le tribunal ordonne une expertise médicale afin de déterminer si l'accident en date du 15 juillet 2020 est imputable au service.

Il soutient que le refus de reconnaissance de l'imputabilité de l'accident au service a été émis après une expertise médicale concluant à l'absence d'imputabilité, ce qui a motivé sa position.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, infirmier en soins généraux titulaire au sein du service des urgences du centre hospitalier de Soissons a demandé, par courrier du 3 août 2020 reçu le 10 août 2020, que l'accident dont il a été victime le 15 juillet 2020 durant son service soit reconnu imputable au service. Par une décision du 20 janvier 2021, dont M. A demande l'annulation, le directeur du centre hospitalier de Soissons a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont a été victime l'intéressé et l'a placé en congé de maladie ordinaire du 15 juillet 2020 au 20 janvier 2021 inclus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. () ". Aux termes de l'article 16 du décret du 19 avril 1988, alors en vigueur : " La commission départementale de réforme prévue par le décret du 26 décembre 2003 mentionné ci-dessus est notamment consultée sur l'octroi du congé de maladie ou de longue maladie susceptible d'être accordé en application des dispositions du deuxième alinéa du 2° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée et sur l'application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée , dans les conditions prévues au titre VI bis du présent décret. ". Aux termes de l'article 35-6 du même décret : " La commission de réforme est consultée : / 1° Lorsqu'une faute personnelle ou toute autre circonstance particulière est potentiellement de nature à détacher l'accident du service ; / 2° Lorsqu'un fait personnel du fonctionnaire ou toute autre circonstance particulière étrangère notamment aux nécessités de la vie courante est potentiellement de nature à détacher l'accident de trajet du service ; / 3° Lorsque l'affection résulte d'une maladie contractée en service telle que définie au IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée dans les cas où les conditions prévues au premier alinéa du même IV ne sont pas remplies ".

3. Il résulte de ces dispositions que la commission de réforme doit être consultée dans tous les cas où le bénéfice de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 est demandé par un agent, hormis le cas où le défaut d'imputabilité au service est manifeste, afin de déterminer notamment si l'accident qui est à l'origine de l'affection est ou non imputable au service.

4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

5. Il est constant que la décision attaquée a été prise sans qu'ait été recueilli l'avis de la commission de réforme alors que la demande d'imputabilité au service de l'accident dont a été victime M. A le 15 juillet 2020, s'appuyait sur des évènements - en l'espèce une perte de connaissance à l'origine d'une chute et une fracture d'une vertèbre, et ultérieurement diagnostiquée comme une crise d'épilepsie - survenus dans le temps et sur le lieu du service et dans l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions. Le centre hospitalier de Soissons ne fait état d'aucun motif de nature à établir l'impossibilité pour le directeur de l'établissement de recueillir l'avis de la commission de réforme. Dans ces conditions, la décision du 20 janvier 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Soissons a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont a été victime M. A le 15 juillet 2020, intervenue en l'absence de consultation de la commission de réforme, laquelle constitue une garantie pour le fonctionnaire, est entachée d'illégalité.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête et sans qu'il soit besoin de faire droit à la demande d'expertise sollicitée par les parties, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du directeur du centre hospitalier de Soissons du 20 janvier 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que le directeur du centre hospitalier de Soissons réexamine, après saisine de la commission de réforme, la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de l'accident dont a été victime M. A. Il y a lieu d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Soissons de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Soissons une somme de 1 500 euros à verser à M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 20 janvier 2021 du directeur du centre hospitalier de Soissons est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur du centre hospitalier de Soissons de réexaminer, après saisine de la commission de réforme, la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de l'accident de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le centre hospitalier de Soissons versera à M. A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre hospitalier de Soissons.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, première conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

La rapporteure,

signé

L. Bazin

La présidente,

signé

C. Galle La greffière,

signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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