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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2101112

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2101112

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2101112
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSZYMANSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 26 mars 2021, enregistrée au tribunal administratif d'Amiens le 29 mars 2021, le président de la 8ème chambre du tribunal administratif de Lille a transmis au tribunal administratif d'Amiens, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. B A.

Par cette requête enregistrée le 17 mars 2021 au greffe du tribunal administratif de Lille, M. A, représenté par Me Szymanski, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 janvier 2021 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 21 décembre 2020 par laquelle le président de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Liancourt lui a infligé une sanction disciplinaire ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la sanction qui lui a été infligée est disproportionnée.

Par un mémoire enregistré le 2 septembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est tardive ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 20 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, incarcéré au centre pénitentiaire de Liancourt depuis le 29 septembre 2020, a fait l'objet, par une décision du 21 décembre 2020 du président de la commission de discipline de l'établissement, d'un placement de trente jours en cellule disciplinaire dont trois jours en prévention. Par une décision du 13 janvier 2021, dont il demande l'annulation, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a confirmé la décision du 21 décembre 2020.

2. D'une part, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, dans sa version alors en vigueur : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / 1° D'exercer ou de tenter d'exercer des violences physiques à l'encontre d'un membre du personnel ou d'une personne en mission ou en visite dans l'établissement ; () ". Aux termes de l'article R. 57-7-2 du même code, dans sa version alors en vigueur : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : / 1° De refuser de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire ou par toute autre instruction de service ou refuser d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement ; () ".

3. D'autre part, aux termes aux termes de l'article R. 57-7-33 du code de procédure pénale, dans sa version alors en vigueur : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° L'interdiction de recevoir des subsides de l'extérieur pendant une période maximum de deux mois ; / 3° La privation pendant une période maximum de deux mois de la faculté d'effectuer en cantine tout achat autre que celui de produits d'hygiène, du nécessaire de correspondance et de tabac ; / 4° La privation pendant une durée maximum d'un mois de tout appareil acheté ou loué par l'intermédiaire de l'administration ; / 5° La privation d'une activité culturelle, sportive ou de loisirs pour une période maximum d'un mois ; / 6° L'exécution d'un travail d'intérêt collectif de nettoyage, remise en état ou entretien des cellules ou des locaux communs ; cette sanction, dont la durée globale n'excède pas 40 heures, ne peut être prononcée qu'avec le consentement préalable de la personne détenue ; / 7° Le confinement en cellule individuelle ordinaire assorti, le cas échéant, de la privation de tout appareil acheté ou loué par l'intermédiaire de l'administration pendant la durée de l'exécution de la sanction ; / 8° La mise en cellule disciplinaire ". Aux termes de l'article R. 57-7-47 du même code, dans sa version alors en vigueur : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré. / Cette durée peut être portée à trente jours lorsque : 1° Les faits commis constituent une des fautes prévues aux 1°, 2° et 3° de l'article R. 57-7-1 ; () ".

4. Il ressort des pièces des termes de la décision attaquée qu'il est reproché à M. A de s'être d'abord énervé contre une surveillante, le 18 décembre 2020, vers 11h50, au cours de la réintégration de la promenade, car elle avait refusé de lui fournir des cigarettes à une porte de cellule, puis d'avoir porté un coup de tête et un coup de poing à l'arcade gauche d'un second surveillant intervenu pour tenter de calmer la situation et d'avoir porté de nouveaux coups contre ce surveillant qui l'avait alors ceinturé pour l'amener au sol et le maîtriser, ce qui a nécessité l'arrivée de renforts pour le maîtriser et le placer en prévention, seul moyen de mettre fin à l'incident.

5. M. A soutient que la sanction litigieuse est disproportionnée dès lors qu'il a formulé des regrets, qu'il n'a pas d'antécédents disciplinaires de nature à démontrer une dangerosité particulière, qu'il n'est pas connu pour des précédents faits de violence et que son comportement était ponctuel et non prémédité. Il ressort des pièces du dossier et notamment des déclarations de M. A devant la commission de discipline qu'il a reconnu avoir voulu récupérer du tabac pendant la remontée des promenades " alors qu'[il] sait qu'[il] n'aurai[t] pas dû " et s'être débattu lorsqu'il a été mis au sol. Les compte-rendus d'incident établis le 18 décembre 2020 par les deux surveillants présents lors de l'altercation, dont celui qui a été victime de coups de poing, qui retracent chacun de manière précise et détaillée le déroulé de l'incident, corroborent les faits reprochés à l'intéressé par la décision attaquée. M. A n'apporte aucun élément permettant de contredire les témoignages des surveillants qui coïncident entre eux s'agissant de son état d'énervement, des propos tenus, à savoir " je vais péter un câble si je n'ai pas de cigarettes, je vais tout défoncer ", et des coups de poing portés volontairement au surveillant. Eu égard aux faits reprochés, à leur gravité, et alors que l'administration justifie de ce que l'intéressé avait déjà fait l'objet de trois sanctions disciplinaires les 13 août, 9 septembre et 19 octobre 2020, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée, en tant qu'elle a confirmé son placement en cellule disciplinaire pour une durée de trente jours dont trois jours en prévention, serait disproportionnée. Par suite, le moyen soulevé à ce titre doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le garde des sceaux, ministre de la justice, que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, première conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

La rapporteure,

signé

L. Bazin

La présidente,

signé

C. Galle La greffière,

signé

M-A. Boignard

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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