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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2101120

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2101120

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2101120
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantROUSSEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 29 mars 2021, 12 septembre 2022 et 28 septembre 2023, l'organisme de gestion de l'enseignement catholique (OGEC) Institution Saint-Joseph Notre Dame, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 16 octobre 2020 par laquelle le préfet de l'Aisne a limité la participation financière du syndicat intercommunal de scolarisation de Vervins et des communes environnantes aux seuls enfants résidant dans cette commune et a fixé la contribution annuelle par élève à 490 euros pour un élève de classe élémentaire pour les années scolaires 2015/2016, 2016/2017 et 2017/2018, ensemble le rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de fixer, pour chacun des exercices depuis l'année scolaire 2018-2019, le montant du forfait intercommunal par référence au coût moyen par élève calculé sur la base des dépenses de fonctionnement effectives de l'ensemble des écoles publiques du ressort de syndicat intercommunal ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne d'intervenir dans le cadre de la procédure d'inscription et de mandatement d'office afin que lui soit versé par le syndicat le forfait intercommunal pour tous les élèves qui sont scolarisés et qui sont domiciliés dans l'une des communs membres de ce syndicat et ce pour chacun des exercices depuis l'année 2018-2019 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'il n'est pas établi que son signataire est le préfet de l'Aisne ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 212-8 L. 442-5 et L. 442-13-1 du code de l'éducation, relatif à la prise en charge des élèves par une commune d'accueil, dès lors que le périmètre du syndicat intercommunal est assimilé à la commune de résidence et que, par conséquent, la distinction fondée sur la résidence n'est pas applicable pour les élèves habitant l'une des communes membres du syndicat ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 442-13-1 du code de l'éducation qui prévoient que le syndicat intercommunal se substitue à ses communes membres, ce qui est le cas en l'espèce, et méconnaît la circulaire du 15 février 2012 relative aux règles de prise en charge par les communes des dépenses de fonctionnement des écoles privées sous contrat, pour le même motif ;

- la décision attaquée méconnaît le principe d'égalité en différenciant les élèves selon leur commune de résidence ainsi que les élèves des écoles publiques et ceux des écoles privées sous contrat ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que pour fixer le montant de la contribution financière du syndicat le préfet s'est fondé à tort sur le coût moyen départemental, alors que cette référence est réservée aux cas où il n'est pas possible de procéder à l'évaluation du coût moyen des écoles publiques pris en charge par le syndicat intercommunal en l'absence d'école publique sur le territoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne le montant fixé par le préfet, dès lors que le calcul de la contribution financière, fixé à 490 euros par élève en élémentaire, ne prend pas en compte différentes dépenses de fonctionnement qui revêtent pourtant un caractère obligatoire et que ce montant est insuffisant au regard des dépenses effectivement supportées par l'OGEC.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2021, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée le 21 juin 2023 au syndicat intercommunal à vocation unique de scolarisation de Vervins et des communes environnantes (SSVCE) qui a produit des pièces le 27 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fumagalli, conseiller ;

- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,

- les observations de Mme A, représentant l'organisme de gestion de l'enseignement catholique (OGEC) Institution Saint Joseph Notre Dame.

Considérant ce qui suit :

1. L'OGEC Institution Saint Joseph Notre Dame, qui gère un établissement d'enseignement privé sous contrat d'association avec l'Etat, a sollicité le 6 septembre 2018 du syndicat intercommunal à vocation unique de scolarisation de Vervins et des communes environnantes (SSVCE) le versement au titre de l'année scolaire 2017-2018 d'une contribution financière à hauteur de 892 euros par élève scolarisé dans son école et résidant dans l'une des treize communes membres du syndicat. Par un courrier du 30 avril 2019, le SSVCE a informé l'OGEC que le comité syndical avait fixé le montant de la contribution à 679,84 euros par enfant et a précisé les modalités de prise en charge.

2. Par une lettre du 25 juin 2019, l'OGEC a alors saisi le préfet de l'Aisne, en application des dispositions de l'article L. 442-5-2 du code de l'éducation, afin qu'il fixe le montant de la contribution du syndicat aux dépenses de fonctionnement pour les années scolaires 2015-2016, 2016-2017 et 2017-2018. Par une décision du 16 octobre 2020, le préfet a fixé le montant de la participation financière du syndicat selon le coût moyen départemental, soit 490 euros pour un élève en primaire. Il a également indiqué que ce financement s'applique pour les seuls élèves résidant à Vervins, commune d'implantation de l'école Saint Joseph, et a limité ce financement, s'agissant des élèves résidant dans d'autres communes membres du syndicat, à ceux d'entre eux qui sont scolarisés dans cette école en raison de contraintes familiales, médicales ou de la scolarisation d'un membre de la fratrie pour l'un de ces motifs. L'association requérante a formé un recours gracieux contre cette décision, qui a été explicitement rejeté par une décision du préfet du 29 janvier 2021. L'association requérante demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'étendue de l'obligation de la participation financière du syndicat intercommunal de scolarisation de Vervins et des communes environnantes :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 442-5 du code de l'éducation dans sa version applicable au litige : " Les établissements d'enseignement privés du premier et du second degré peuvent demander à passer avec l'Etat un contrat d'association à l'enseignement public, () Les dépenses de fonctionnement des classes sous contrat sont prises en charge dans les mêmes conditions que celles des classes correspondantes de l'enseignement public. ( ) ". Aux termes de l'article L. 442-5-1 du même code, dans sa version applicable pour les années en litige : " La contribution de la commune de résidence pour un élève scolarisé dans une autre commune dans une classe élémentaire d'un établissement privé du premier degré sous contrat d'association constitue une dépense obligatoire lorsque cette contribution aurait également été due si cet élève avait été scolarisé dans une des écoles publiques de la commune d'accueil./

En conséquence, cette contribution revêt le caractère d'une dépense obligatoire lorsque la commune de résidence ou, dans des conditions fixées par décret, le regroupement pédagogique intercommunal auquel elle participe ne dispose pas des capacités d'accueil nécessaires à la scolarisation de l'élève concerné dans son école publique ou lorsque la fréquentation par celui-ci d'une école située sur le territoire d'une autre commune que celle où il est réputé résider trouve son origine dans des contraintes liées : / 1° Aux obligations professionnelles des parents, () 2° A l'inscription d'un frère ou d'une sœur dans un établissement scolaire de la même commune ; 3° A des raisons médicales. () ".

4. Aux termes de l'article L. 442-5-2 du même code : " Lorsqu'elle est obligatoire, la contribution aux dépenses de fonctionnement des classes élémentaires sous contrat d'association des établissements privés du premier degré est, en cas de litige, fixée par le représentant de l'Etat dans le département qui statue dans un délai de trois mois à compter de la date à laquelle il a été saisi par la plus diligente des parties. " Aux termes de l'article L. 442-13-1 du même code : " Lorsqu'un établissement public de coopération intercommunale est compétent pour le fonctionnement des écoles publiques, cet établissement est substitué aux communes dans leurs droits et obligations à l'égard des établissements d'enseignement privés ayant passé avec l'Etat l'un des contrats prévus aux articles L. 442-5 et L. 442-12. "

5. Il résulte de ces dispositions, dans leur rédaction applicable au litige, que les établissements publics de coopération intercommunale qui ont la charge des écoles élémentaires publiques, sont tenus de prendre en charge les dépenses de fonctionnement des classes des écoles élémentaires de l'enseignement privé sous contrat d'association.

6. Il ressort des termes des décisions attaquées que le préfet de l'Aisne a, d'une part, demandé au syndicat intercommunal d'inscrire à son budget la participation financière concernant tous les élèves scolarisés à l'école Saint Joseph et résidant à Vervins, commune d'implantation de l'Institution Saint-Joseph Notre Dame, et, d'autre part, a conditionné le versement de cette participation, pour les élèves résidant hors de Vervins mais dans l'une des autres communes membres du syndicat, à une contrainte liée aux obligations professionnelles des parents, à des raisons médicales, ou à l'inscription d'un frère ou d'une sœur dans l'établissement, justifiée par l'un de ces motifs.

7. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que le syndicat intercommunal à vocation unique de scolarisation de Vervins et des communes environnantes était compétent pour financer les dépenses de fonctionnement des écoles élémentaires en lieu et place de ses treize communes membres. Il résulte des dispositions citées au point 3 que l'établissement public se substitue aux communes dans leurs droits et obligations à l'égard des établissements d'enseignement privés ayant passé un contrat d'association avec l'Etat, comme en l'espèce. Ainsi, le SSCVE était redevable du forfait intercommunal et ce pour tous les élèves domiciliés sur le territoire des communes membres de cet établissement public de coopération intercommunale pour les années scolaires en litige, sans qu'une condition de résidence dans la commune d'implantation de l'école ne leur soit opposable. Par suite, compte tenu de ce transfert de compétence, le préfet ne pouvait légalement limiter la prise en charge financière du syndicat, du fait de la capacité d'accueil au sein des écoles publiques du territoire intercommunal, aux élèves de l'école Saint Joseph résidant à Vervins, ainsi qu'à ceux résidant au sein de l'une des communes appartenant au SSVCE mais hors de la commune de Vervins et justifiant d'un motif dérogatoire lié à des contraintes familiales ou médicales pour être scolarisés dans cette école. Dans ces circonstances, l'association requérante est fondée à soutenir que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit au regard des dispositions combinées des articles L. 442-5 et L. 442-13-1 du code de l'éducation.

En ce qui concerne le montant de la participation financière :

8. Aux termes de l'article L. 422-5-1 du code de l'éducation, dans sa rédaction applicable aux années scolaires en litige : " () Pour le calcul de la contribution de la commune de résidence, il est tenu compte des ressources de cette commune, du nombre d'élèves de cette commune scolarisés dans la commune d'accueil et du coût moyen par élève calculé sur la base des dépenses de fonctionnement de l'ensemble des écoles publiques de la commune d'accueil, sans que le montant de la contribution par élève puisse être supérieur au coût qu'aurait représenté pour la commune de résidence l'élève s'il avait été scolarisé dans une de ses écoles publiques. En l'absence d'école publique, la contribution par élève mise à la charge de chaque commune est égale au coût moyen des classes élémentaires publiques du département. "

9. Il ressort des termes des décisions attaquées que le préfet de l'Aisne s'est fondé, pour fixer la part contributive du syndicat par élève, sur le coût moyen départemental. Il résulte des dispositions citées au point 8 que le préfet ne pouvait retenir ce montant qu'en l'absence d'école publique au sein du périmètre du syndicat intercommunal. En l'espèce, il ressort des pièces produites par le préfet, et en particulier des délibérations du comité syndical, qu'il existe plusieurs écoles publiques au sein du périmètre de l'intercommunalité. Par suite, le préfet ne pouvait légalement se fonder, pour fixer le montant de la contribution par élève, sur le coût moyen départemental, et les décisions attaquées méconnaissent ainsi les dispositions de l'article L. 422-5-1 du code de l'éducation. Le moyen afférent doit donc être accueilli.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'association requérante est fondée à demander l'annulation de la décision du préfet de l'Aisne en date du 16 octobre 2020, ensemble la décision du 29 janvier 2021 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que le préfet de l'Aisne examine à nouveau la demande de l'association requérante pour les années scolaires en litige, soit les années 2015/2016, 2016/2017 et 2017/2018. Il y a lieu d'enjoindre à l'administration de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

12. Il y a lieu en revanche de rejeter les conclusions à fin d'injonction au titre des années scolaires 2018/2019 et suivantes qui ne constituent pas l'objet des décisions attaquées. Le présent jugement n'implique pas davantage d'enjoindre au préfet de l'Aisne de procéder au mandatement d'office de sommes réclamées par l'OGEC Institution Saint Joseph Notre Dame, dès lors que l'OGEC n'a présenté aucune conclusion à fin d'annulation ni soulevé aucun moyen à ce titre. En tout état de cause, une telle injonction ne découle pas nécessairement des motifs retenus par le présent jugement. Par suite, de telles conclusions doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'OGEC Institution Saint Joseph Notre Dame et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 16 octobre 2020 et du 29 janvier 2021 du préfet de l'Aisne sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Aisne de réexaminer la demande de l'OGEC Saint-Joseph Notre Dame dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à l'OGEC Institution Saint-Joseph Notre Dame une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'organisme de gestion de l'enseignement catholique Institution Saint-Joseph Notre Dame, au syndicat intercommunal à vocation unique de scolarisation de Vervins et des communes environnantes, et au préfet de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Richard, premier conseiller,

M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

La présidente,

Signé

C. Galle

Le rapporteur,

Signé

E. Fumagalli Le greffier,

Signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2101120

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