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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2101151

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2101151

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2101151
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLEBAUPAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mars 2021, Mme A B, représentée par Me Lebaupain, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire du 18 août 2020 par lequel le centre hospitalier de Beauvais a procédé à la reprise d'un trop perçu sur sa rémunération d'avril à juillet 2020 de 7 311, 89 euros, ensemble le rejet du 5 octobre 2020 de son recours gracieux contre ce titre et la saisie administrative à tiers détenteur du centre des finances publiques de Beauvais portant sur cette somme ;

2°) d'annuler la saisie administrative à tiers détenteur du 17 mars 2021 du centre des finances publiques de Beauvais portant sur cette somme et de la décharger de l'obligation de payer cette dernière ;

3°) de résilier son acte d'engagement en tant que personne faisant fonction d'interne au sein du centre hospitalier de Beauvais à compter du 23 mars 2020 ;

4°) de condamner le centre hospitalier de Beauvais à lui verser une somme de 10 258,62 euros au titre des rémunérations qui lui sont dues et qui ne lui ont pas été versées ainsi qu'une indemnité au titre des congés payés qu'elle n'a pas pu prendre ;

5°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Beauvais une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le rejet du 5 octobre 2020 de son recours gracieux a été pris par une autorité incompétente ;

- ce rejet est insuffisamment motivé ;

- la créance dont se prévaut le centre hospitalier de Beauvais n'est pas fondée dès lors qu'elle aurait dû être placée en congé de maladie en application de l'article R. 6153-14 du code de la santé publique durant les périodes pendant lesquelles elle a été considérée absente ;

- son engagement en tant que personne faisant fonction d'interne doit être résilié dès lors qu'il a été conclu à durée indéterminée en méconnaissance du 4ème alinéa de l'article R. 6153-41 du code de la santé publique ;

- le centre hospitalier de Beauvais lui est redevable d'une somme de 10 258,62 euros au titre des rémunérations qui ne lui ont pas été versées ainsi que d'une indemnité au titre des congés payés qu'elle n'a pas pu prendre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2021, le centre hospitalier de Beauvais conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme B une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est tardive et, par suite, irrecevable ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- le titre exécutoire attaqué aurait pu être fondé sur la circonstance que Mme B doit être considérée comme ayant abandonné son poste dès lors qu'elle a été absente dès le 4 avril 2020 alors que ses arrêts de travail ne débutent que le 11 avril 2020 et qu'elle n'a fait parvenir ces derniers à son employeur qu'en juillet 2020.

Par un courrier du 29 août 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de soulever d'office les moyens d'ordre public tirés :

- d'une part, de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions à fin d'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur du 17 mars 2021, en application des articles L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et L. 281 du livre des procédures fiscales,

- d'autre part, de ce qu'il n'y avait plus lieu de statuer sur les conclusions à fin de résiliation de l'acte d'engagement de Mme B en tant que personne faisant fonction d'interne dès lors que celui-ci, conclu pour une durée déterminée en application des dispositions de l'article R. 6153-41 du code de la santé publique, est nécessairement arrivé à son terme,

- et, enfin, de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par Mme B en application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative dès lors que le contentieux n'a pas été lié par une décision prise par le centre hospitalier de Beauvais sur une demande préalablement formée devant lui.

Par un courrier du 11 septembre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de soulever d'office le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin de résiliation de l'acte d'engagement de Mme B en tant que personne faisant fonction d'interne dès lors que celui-ci, conclu pour une durée déterminée en application des dispositions de l'article R. 6153-41 du code de la santé publique, est nécessairement arrivé à son terme avant l'introduction de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la code de la santé publique ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a été employée à compter du 23 mars 2020 par le centre hospitalier de Beauvais en tant que personne faisant fonction d'interne en application de l'article R. 6153-41 du code de la santé publique. A compter du 11 avril 2020, l'intéressée s'est vu prescrire des arrêts de travail pour raison médicale. Le 18 août 2020, le centre hospitalier de Beauvais a émis un titre exécutoire d'un montant de 7 311, 89 euros à l'encontre de Mme B en raison d'un trop perçu de traitement pour la période d'avril à juillet 2020. Mme B a présenté, par un courrier du 28 septembre 2020, un recours gracieux contre cette décision, qui a été rejeté le 5 octobre 2020. Le 17 mars 2021, le centre des finances publiques de Beauvais a procédé à une saisie administrative à tiers détenteur pour récupérer cette somme.

2. Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal, d'une part, d'annuler le titre exécutoire du 18 août 2020, ensemble le rejet du 5 octobre 2020 de son recours gracieux et la saisie administrative du 17 mars 2021, et de la décharger de l'obligation de payer la somme de 7 311,89 euros, d'autre part, de résilier son acte d'engagement en tant que personne faisant fonction d'interne et, enfin, de condamner le centre hospitalier de Beauvais à lui verser la somme de 10 258,62 euros au titre des rémunérations qui lui sont dues et qui ne lui ont pas été versées ainsi qu'une indemnité au titre des congés payés qu'elle n'a pas pu prendre.

Sur l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions à fin d'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur du 17 mars 2021 :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements publics de santé. / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / () L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. / () 7° Le recouvrement par les comptables publics compétents des titres rendus exécutoires dans les conditions prévues au présent article peut être assuré par voie de saisie administrative à tiers détenteur dans les conditions prévues à l'article L. 262 du livre des procédures fiscales. () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 ; / b) Pour les créances non fiscales de l'Etat, des établissements publics de l'Etat, de ses groupements d'intérêt public et des autorités publiques indépendantes, dotés d'un agent comptable, devant le juge de droit commun selon la nature de la créance ; /c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".

5. Il ressort de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des établissements publics de santé relève de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances relève de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

6. Mme B demande au tribunal administratif d'Amiens d'annuler la saisie administrative à tiers détenteur du 17 mars 2021 du centre des finances publiques de Beauvais émis pour recouvrer le trop-perçu sur sa rémunération pour la période d'avril à juillet 2020 de 7 311, 89 euros, objet du titre exécutoire du 18 août 2020 du centre hospitalier de Beauvais. Cependant, un tel litige se rattache à la contestation d'actes de poursuite délivrés en vue du recouvrement d'une créance non fiscale d'un établissement public de santé, dont il n'appartient pas à la juridiction administrative de connaître. Il y a lieu, en conséquence, de rejeter ces conclusions présentées par Mme B comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire du 18 août 2020 et à fin de décharge :

7. Il résulte de l'instruction que le titre exécutoire du 18 août 2020, qui mentionnait les voies et délais de recours, a été notifié avec un courrier du 2 septembre 2020 reçu au plus tard le 28 septembre 2020, ainsi que le reconnaît Mme B dans sa correspondance du même jour. Par ailleurs, si le recours gracieux de l'intéressée du 28 septembre 2020 a interrompu le délai de recours, ce dernier a recommencé à courir au plus tard le 14 octobre 2020, date de la lettre dans laquelle Mme B reconnaît avoir reçu la décision de rejet de ce recours gracieux datée du 5 octobre 2020. Dans ces conditions, le délai de recours contre le titre exécutoire, fixé par les dispositions précitées de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, était expiré à la date d'introduction de la requête, ainsi que le soutient le centre hospitalier de Beauvais. Dès lors, les conclusions présentées par Mme B à fin d'annulation du titre exécutoire du 18 août 2020 et à fin de décharge de la somme en litige sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur la recevabilité des conclusions à fin de résiliation de l'acte d'engagement de Mme B en tant que personne faisant fonction d'interne au sein du centre hospitalier de Beauvais :

8. Aux termes de l'article R. 6153-41 du code de la santé publique : " () Les étudiants ou praticiens faisant fonction d'interne sont nommés pour une durée allant de la prise de fonctions des internes jusqu'à la date correspondant à la fin de leur période de stage. Cette durée peut être ensuite renouvelée tous les six mois. () ".

9. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation d'embauche de Mme B du 23 mars 2020 délivrée par le centre hospitalier de Beauvais, que l'intéressée a été employée en tant que personne faisant fonction d'interne à compter du 23 mars 2020 en application des dispositions citées au point précédent, sans que ce recrutement n'ait été formalisé par un document écrit. Par ailleurs, il résulte des échanges entre les parties que cet emploi, nécessairement exercé pour une durée déterminée, n'avait vocation à être occupé que de manière ponctuelle, dans le contexte de la crise sanitaire. Dans ces conditions, l'engagement informel dont Mme B bénéficiait, doit être regardé, dans les circonstances de l'espèce, comme conclu pour une durée n'excédant pas six mois et par suite comme arrivé à son terme normal avant l'introduction de la requête. Dès lors, les conclusions à fin de résiliation de cet acte d'engagement présentées par Mme B sont irrecevables.

Sur la recevabilité des conclusions indemnitaires :

10. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".

11. Il résulte de l'instruction que Mme B n'a pas adressé au centre hospitalier de Beauvais de demande tendant au versement des rémunérations qui lui sont dues et qui ne lui ont pas été payées ainsi que des congés payés qu'elle n'a pas pu prendre. Dans ces conditions, ses conclusions indemnitaires sont, en application des dispositions citées au point précédent, irrecevables et doivent être rejetées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du centre hospitalier de Beauvais, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais engagés par elle et non compris dans les dépens.

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par le centre hospitalier de Beauvais, qui n'établit pas avoir exposé des frais dans cette instance, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de cette demande.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions présentées par Mme B tendant à l'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur du 17 mars 2021 du centre des finances publiques de Beauvais sont rejetées comme portée devant une juridiction incompétente.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par le centre hospitalier de Beauvais sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier de Beauvais.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Galle, présidente,

- M. Fumagalli, conseiller,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. Richard

La présidente,

Signé

C. Galle

Le greffier,

Signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2101151

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