jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2101209 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | AGN AVOCATS DEVELOPPEMENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée 1er avril 2021, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) KR Store et la SASU KLO Mag, représentées par Me Vimini, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 novembre 2020 par lequel la maire de la commune d'Amiens a mis en demeure la société KR Store et l'enseigne KLO de faire cesser, dans un délai de quinze jours, la situation d'insalubrité du parking situé rue Velasquez à Amiens, parcelle cadastrée KX n° 815, ensemble la décision 1er février 2021 portant rejet de leur recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la commune d'Amiens de mettre en demeure les " responsables réels " des déchets identifiés et/ ou d'évacuer et éliminer d'office ces déchets à ses propres frais ainsi que de procéder à l'évacuation du campement illicite ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Amiens une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- il n'est pas justifié de la compétence des signataires des décisions attaquées ;
- la décision du 1er février 2021 est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle affirme, à tort, que certains déchets ne peuvent être rattachés à la proximité de l'installation des gens du voyage ;
- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur d'appréciation de leur situation au regard des dispositions de l'article L. 541-3 du code de l'environnement dès lors que l'enseigne KLO n'est ni la productrice ni la détentrice des déchets en litige et qu'elles n'ont commis aucune négligence à l'égard d'abandons sur leur terrain.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2022, la commune d'Amiens conclut au rejet de la requête.
Elle soutient à titre principal que la requête est irrecevable dès lors que les requérantes ne justifient pas de leur intérêt à agir, et à titre subsidiaire qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pellerin, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Les sociétés KR Store et KLO Mag sont propriétaires du magasin KLO situé rue Velasquez à Amiens qui dispose d'un parking attenant sur la parcelle cadastrée KX n° 815. Saisie d'une réclamation quant à la présence de déchets divers sur cette parcelle, la commune d'Amiens a, par courrier du 16 septembre 2020, demandé à la société KR Store de prendre les mesures nécessaires pour faire cesser ce désordre et éviter sa réitération. A la suite de deux visites en date des 19 et 29 octobre 2020, la maire de la commune d'Amiens a, par un arrêté du 6 novembre 2020, mis en demeure la société KR Store et le magasin KLO de procéder, dans un délai de quinze jours, au déblaiement des ordures, objet et détritus divers accumulés sur le parking et à l'élimination des déchets contenant de l'amiante et les a informés de ce qu'elle procédera d'office aux frais des sociétés à l'exécution de ces travaux dans le cas où ils ne seraient pas exécutés dans le délai précité. Par courrier du 30 novembre 2020, reçu le 4 décembre suivant, les sociétés KR store et KLO Mag ont exercé un recours gracieux contre cet arrêté qui a été rejeté par une décision du 1er février 2021. Les sociétés demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 novembre, ensemble la décision du 1er février 2021.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Amiens :
2. D'une part, il est constant que l'arrêté attaqué met en demeure la " société KR Store " et le " magasin KLO " de réaliser des travaux de déblaiement des ordures et d'élimination des déchets contenant de l'amiante. La société KLO Mag soutient, sans être contestée, être propriétaire du magasin KLO situé rue Vélasquez à Amiens. Cette société KLO Mag, qui dispose de la personnalité juridique, présente ainsi un lien suffisant avec cette enseigne pour lui conférer un intérêt à agir contre l'arrêté attaqué. Contrairement à ce que soutient la commune d'Amiens, la circonstance que le siège social de la société KLO Mag se situe à Paris est sans incidence sur l'intérêt à agir de cette dernière. D'autre part, en se bornant à soutenir que la société KR Store ne justifie pas de son intérêt à agir, la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Amiens est dépourvue de précision alors au demeurant qu'il est constant que la société KR Store est destinataire de l'arrêté attaqué qui met à sa charge la même obligation de faire que celle décrite au point précédent pour la société KLO Mag, de sorte qu'elle justifie nécessairement d'un intérêt à agir contre l'arrêté attaqué. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Amiens doit être écartée.
Sur la légalité de l'arrêté du 6 novembre 2020 :
3. Aux termes de l'article L. 541-1-1 du code de l'environnement : " Au sens du présent chapitre, on entend par : / Déchet : toute substance ou tout objet, ou plus généralement tout bien meuble, dont le détenteur se défait ou dont il a l'intention ou l'obligation de se défaire ; () / Producteur de déchets : toute personne dont l'activité produit des déchets (producteur initial de déchets) ou toute personne qui effectue des opérations de traitement des déchets conduisant à un changement de la nature ou de la composition de ces déchets (producteur subséquent de déchets) ; / Détenteur de déchets : producteur des déchets ou toute autre personne qui se trouve en possession des déchets ; (). "
4. Aux termes de l'article L. 541-2 du code de l'environnement : " Tout producteur ou détenteur de déchets est tenu d'en assurer ou d'en faire assurer la gestion, conformément aux dispositions du présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 541-3 du même code : " I.- Lorsque des déchets sont abandonnés, déposés ou gérés contrairement aux prescriptions du présent chapitre et des règlements pris pour leur application, à l'exception des prescriptions prévues au I de l'article L. 541-21-2-3, l'autorité titulaire du pouvoir de police compétente avise le producteur ou détenteur de déchets des faits qui lui sont reprochés ainsi que des sanctions qu'il encourt et, après l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations, écrites ou orales, dans un délai de dix jours, le cas échéant assisté par un conseil ou représenté par un mandataire de son choix, peut lui ordonner le paiement d'une amende au plus égale à 15 000 € et le mettre en demeure d'effectuer les opérations nécessaires au respect de cette réglementation dans un délai déterminé. () II.- En cas d'urgence, l'autorité titulaire du pouvoir de police compétente fixe les mesures nécessaires pour prévenir les dangers graves et imminents pour la santé, la sécurité publique ou l'environnement. () ".
5. Le responsable des déchets au sens de l'article L. 541-3 du code de l'environnement s'entend des seuls producteurs ou autres détenteurs des déchets. Si, en l'absence de tout producteur ou tout autre détenteur connu de déchets, le propriétaire du terrain sur lequel ont été entreposés ces déchets peut être regardé comme leur détenteur au sens de l'article L. 541-2 du code de l'environnement, notamment s'il a fait preuve de négligence à l'égard d'abandons sur son terrain, et être de ce fait assujetti à l'obligation d'éliminer ces déchets, la responsabilité du propriétaire du terrain au titre de la police des déchets ne revêt qu'un caractère subsidiaire par rapport à celle encourue par le producteur ou les autres détenteurs de ces déchets et peut être recherchée s'il apparaît que tout autre détenteur de ces déchets est inconnu ou a disparu.
6. Il ressort des pièces du dossier que pour mettre en demeure les sociétés requérantes de faire cesser l'insalubrité résultant du mauvais état d'entretien du parking situé à l'arrière du magasin KLO, la commune d'Amiens a estimé que le producteur ou le détenteur des déchets en litige ne pouvait être déterminé avec certitude. Elle fait état, dans ses écritures ainsi que dans la décision du 1er février 2021 portant rejet du recours gracieux, de l'installation récurrente de campements illicites à proximité du magasin précité ainsi que d'une benne à carton sur le parking en litige, et dont le déplacement aurait créé un deuxième point de dépôt de déchets. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les déchets visés par la mise en demeure attaquée et constatés par le service hygiène et santé environnementale de la commune le 7 septembre 2020 étaient des " ordures et déchets divers ", et que le 9 octobre 2020 a en outre été relevée la présence de " tôle fibrociment ", sans qu'il ne soit allégué ni justifié que l'activité du magasin à l'enseigne KLO Mag pourrait être à l'origine de ces déchets. En outre, la commune d'Amiens n'allègue ne justifie avoir accompli des démarches pour identifier le producteur ou le détenteur des déchets en litige avant de rechercher la responsabilité à titre subsidiaire des sociétés requérantes en raison de leur qualité de propriétaire du terrain, alors que le directeur du magasin a indiqué à l'agent du service hygiène de la mairie le 7 septembre 2020 que le dépôt était sauvage et n'était pas de son fait, et qu'une plainte a été déposée. En outre, il est constant que l'arrêté attaqué a été pris moins de deux mois après que la commune a demandé aux sociétés de remettre en état le site par son courrier du 16 septembre 2020, de sorte que la commune n'est pas fondée à soutenir que les sociétés propriétaires, ont fait preuve d'inertie et de négligence à l'égard d'abandons sur leur terrain avant l'édiction de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, les requérantes sont fondées à soutenir que c'est à tort que la commune d'Amiens les a mises en demeure de déblayer les ordures présentes sur le parking à l'arrière de leur magasin.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 6 novembre 2020 et la décision du 1er février 2021 doivent être annulés.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la mention portée par le service d'hygiène dans son dossier de salubrité à la date du 8 février 2022, qu'à la date du présent jugement, les déchets ont été évacués. Par suite les conclusions à fin d'injonction de procéder au réexamen de la situation des sociétés ne peuvent qu'être rejetées.
9. En second lieu, si les sociétés requérantes demandent qu'il soit enjoint à la commune de procéder à l'évacuation du " campement illicite " situé à proximité du magasin des sociétés requérantes, cette mesure n'est pas la conséquence nécessaire du présent jugement. Ces conclusions ne peuvent donc qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune d'Amiens une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société KR Store et la société KLO Mag et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 6 novembre 2020 et la décision du 1er février 2021 de la maire de la commune d'Amiens sont annulés.
Article 2 : La commune d'Amiens versera à la société KR Store et la société KLO Mag une somme globale de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SASU KR Store, à la SASU KLO Mag et à la commune d'Amiens.
Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
Mme Pellerin, première conseillère,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
C. Pellerin
La présidente,
Signé
C. Galle Le greffier,
Signé
J.F. Langlois
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026