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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2101431

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2101431

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2101431
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 avril 2021 et 5 juillet 2021, M. A B, représenté par Me David, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 avril 2021, notifiée le 27 avril suivant, par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 8 mars 2021 par laquelle la présidente de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Beauvais lui a infligé la sanction du placement en cellule disciplinaire pour une durée de quatorze jours dont quatre jours avec sursis ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est justifié ni de l'identité de l'auteur de l'engagement des poursuites disciplinaires à son encontre ni de sa compétence ni de la publication d'une délégation de signature au sein de l'établissement au regard des dispositions de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale ;

- il n'est pas établi que la commission de discipline était régulièrement composée au regard des dispositions des articles R. 57-7-6, R 57-7-8 et R. 57-7-13 du code de procédure pénale dès lors que la décision ne mentionne pas la présence d'assesseurs et qu'il n'est pas établi qu'un assesseur extérieur était présent lors de la commission ;

- à considérer que les deux assesseurs eussent été présents, il n'est pas possible de s'assurer de ce que l'assesseur interne présent n'était pas rédacteur du compte-rendu d'incident dès lors que le signataire de ce compte-rendu n'est pas identifiable, ni de la désignation régulière des deux assesseurs par le président de la commission de discipline et de la publication de ces désignations ni de leur compétence ;

- la procédure suivie devant la commission de discipline méconnaît les stipulations des articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de sorte que la décision attaquée a été prise en application de dispositions inconventionnelles ;

- la décision attaquée du 26 avril 2021 ne permet pas d'identifier son auteur ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le refus de se soumettre à une fouille contraire aux dispositions de l'article 57 de la loi du 24 novembre 2009 ne peut être regardé comme une faute disciplinaire ; en l'espèce il n'est pas justifié de la nécessité de recourir à la fouille par palpation compte tenu des dispositifs techniques existants tels que l'utilisation d'un portique ou d'une raquette de détection ;

- la sanction prise à son encontre est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 mai 2023.

Par une décision du 9 juin 2021, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin,

- et les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, alors incarcéré au centre pénitentiaire de Beauvais a fait l'objet d'une procédure disciplinaire à l'issue de laquelle la présidente de la commission de discipline a prononcé à son encontre, le 8 mars 2021, la sanction du placement en cellule disciplinaire pour une durée de quatorze jours dont quatre jours avec sursis actif pendant six mois. Le 18 mars 2021, l'intéressé a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette sanction. Par une décision du 26 avril 2021 notifiée le 27 avril suivant, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a confirmé expressément cette sanction. M. B demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs. " Aux termes de l'article R. 57-7-7 du même code alors en vigueur : " Les sanctions disciplinaires sont prononcées, en commission, par le président de la commission de discipline. Les membres assesseurs ont voix consultative. " En application de l'article R. 57-7-8 du même code alors en vigueur : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. / Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. / Le second assesseur est choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire qui manifestent un intérêt pour les questions relatives au fonctionnement des établissements pénitentiaires, habilitées à cette fin par le président du tribunal judiciaire territorialement compétent. La liste de ces personnes est tenue au greffe du tribunal judiciaire ". L'article R. 57-7-13 du même code alors en vigueur dispose que : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline ". L'article R. 57-7-14 du même code alors en vigueur dispose que : " A la suite de ce compte rendu d'incident, un rapport est établi par un membre du personnel de commandement du personnel de surveillance, un major pénitentiaire ou un premier surveillant et adressé au chef d'établissement. Ce rapport comporte tout élément d'information utile sur les circonstances des faits reprochés à la personne détenue et sur la personnalité de celle-ci. L'auteur de ce rapport ne peut siéger en commission de discipline. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 1 du décret du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire : " Il est créé un corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire régi par le code général de la fonction publique () ". Aux termes de l'article 2 du même décret dans sa rédaction alors en vigueur : " Le corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire comprend quatre grades : / 1° Un grade de surveillant () ".

4. Il résulte de ces dispositions que la présence dans la commission de discipline d'un assesseur choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement, qui ne peut être ni l'auteur du compte rendu établi à la suite d'un incident, ni l'auteur du rapport établi à la suite de ce compte rendu, constitue une garantie reconnue au détenu, dont la privation est de nature à vicier la procédure, alors même que la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires, prise sur le recours administratif préalable obligatoire exercé par le détenu, se substitue à celle du président de la commission de discipline. De plus, la présence dans la commission de discipline d'un assesseur choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire, alors même qu'il ne dispose que d'une voix consultative, constitue une garantie reconnue au détenu, dont la privation est de nature à vicier la procédure, alors même que la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires, prise sur le recours administratif préalable obligatoire exercé par le détenu, se substitue à celle du président de la commission de discipline.

5. Sont, en revanche, applicables à toutes les procédures dans le cadre desquelles un agent est chargé du traitement d'une affaire, y compris les procédures disciplinaires, les dispositions de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, aux termes desquelles : " Toute personne a le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne (). Si des motifs intéressant la sécurité publique ou la sécurité des personnes le justifient, l'anonymat de l'agent est respecté ". Si la méconnaissance de ces dispositions est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision prise, au terme de la procédure, par l'autorité administrative compétente, il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de s'assurer, le cas échéant en ordonnant la production par l'administration des informations nécessaires et sans que la communication en soit alors donnée au requérant, que le premier assesseur a bien été choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement et qu'il n'était l'auteur ni du compte rendu d'incident ni du rapport d'enquête, comme l'exigent les articles R. 57-7-8, R. 57-7-13 et R. 57-7-14 du code de procédure pénale.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'un compte-rendu d'incident a été rédigé le 6 mars 2021 à 14 heures 15 par un agent qui avait la qualité de surveillant, dont l'identité n'a pas été communiquée à M. B et à son avocat, et que deux assesseurs ont siégé à la séance de la commission de discipline du 8 mars 2021. Un agent titulaire du grade de surveillant appartient au corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire selon les dispositions de l'article 2 du décret du 14 avril 2006 cité au point 3, et peut siéger au sein de la commission de discipline en qualité de premier assesseur. Le rôle de la séance de la commission des disciplinaire qui s'est tenue le 8 mars 2021 est seulement revêtu de la signature de l'assesseur pénitentiaire sans comporter d'initiales du nom et prénom de ce dernier, et un échange de courriel interne à l'administration du 5 décembre 2022 identifie le rédacteur du compte-rendu d'incident par la seule lettre " O ". En outre, le garde des sceaux, ministre de la justice se borne à soutenir que l'assesseur pénitentiaire, qui assistait la cheffe d'établissement du centre pénitentiaire de Beauvais lors de la séance du 8 mars 2021 précitée, avait le grade de surveillant pénitentiaire sans autre précision sur son identité et sans fournir de document permettant de vérifier que cet assesseur pénitentiaire n'avait pas également rédigé le compte-rendu d'incident, et ce, en dépit de la mesure d'instruction du 13 avril 2023 par laquelle le tribunal a sollicité du ministre des pièces justificatives en ce sens en lui indiquant que les éléments communiqués ne seraient pas communiqués au requérant. Dans ces conditions, le garde des sceaux, ministre de la justice, n'établit pas que l'assesseur pénitentiaire n'était pas également l'auteur du compte-rendu d'incident du 6 mars 2021. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la composition de la commission de discipline était irrégulière et que ce vice de procédure l'a privé d'une garantie.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 26 avril 2021 doit être annulée.

Sur les frais liés au litige :

8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de l'intéressé présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 26 avril 2021 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a confirmé la décision du 8 mars 2021 par laquelle la présidente de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Beauvais a infligé à M. B une sanction disciplinaire est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me David et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, première conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

C. Pellerin

La présidente,

Signé

C. Galle La greffière,

Signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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