mercredi 22 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2101452 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU3 |
| Avocat requérant | ITINERAIRES DROIT PUBLIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 avril 2021 et 8 juin 2023,
Mme B A, représentée par Me Homehr, demande au tribunal :
1°) d'annuler le compte-rendu d'entretien professionnel réalisé au titre de l'année 2020 dans sa version définitive après avis de la commission administrative paritaire, ainsi que la décision du 25 février 2021 par laquelle l'autorité territoriale a refusé de réviser son évaluation pour cette même année ;
2°) à ce qu'il soit enjoint au centre communal d'action sociale de Château-Thierry de réexaminer sa situation et d'établir un nouveau compte rendu ;
3°) de mettre à la charge du centre communal d'action sociale de Château-Thierry la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son entretien professionnel au titre de l'année 2020 n'a pas été mené par sa supérieure hiérarchique directe en méconnaissance de l'article 76 de la loi du 26 janvier 1984 et de l'article 2 du décret du 16 décembre 2014 ;
- son compte rendu d'entretien professionnel a été pris au terme d'une procédure irrégulière, en méconnaissance du 2° de l'article 6 du décret du 16 décembre 2014, dès lors que sa fiche de poste et la fiche d'entretien pré-remplie ne lui ont pas été communiquées, de sorte qu'elle n'a pas été mise à même de préparer son entretien individuel ni de formuler des observations ;
- son compte rendu d'entretien, modifié après l'entretien, comporte des éléments relatifs à son sens du service et à sa conscience professionnelle qui n'ont pas été abordés au cours de l'entretien, en méconnaissance des dispositions des articles 3 et 6 du décret du 16 décembre
2014 ;
- son compte-rendu professionnel ne mentionne pas ses perspectives d'évolution professionnelle et l'entretien n'a pas porté sur ses besoins de formation et ses perspectives professionnelles, en méconnaissance des 6° et 7° de l'article 3 du décret du 16 décembre 2014 ;
- les éléments relatifs à son sens du service public et à sa conscience professionnelle mentionnés sur le CREP reposent sur des faits matériellement inexacts ;
- le CREP est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de sa manière de servir.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2022, le centre communal d'action sociale de Château-Thierry, représenté par Me Verne, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 9 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au
7 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Wavelet, magistrat désigné,
- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,
- et les observations de Me Homehr, représentant Mme A, qui s'en rapporte à ses écritures et fait valoir qu'il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'intéressée la somme de
500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dès lors que le vice de procédure allégué est pertinent et que la requérante souhaitait changer d'employeur avec une évaluation professionnelle correcte.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A est assistante socio-éducative territoriale de 1ère classe et exerce depuis le 1er octobre 2018 les fonctions de responsable de l'action sociale chargée du logement au sein du centre communal d'action sociale de Château-Thierry. Elle demande au tribunal d'annuler son compte-rendu d'entretien professionnel établi au titre de l'année 2020, ainsi que la décision du 25 février 2021 par laquelle l'autorité territoriale a refusé de modifier ce compte-rendu.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 76 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version alors applicable : " L'appréciation, par l'autorité territoriale, de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct qui donne lieu à l'établissement d'un compte rendu. () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct. / () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que l'entretien professionnel de Mme A au titre de l'année 2020 a été conduit le 22 juillet 2020 par Mme C, directrice du centre communal d'action sociale de Château-Thierry, dont il n'est pas contesté, au moins jusqu'au
1er avril 2020, qu'elle avait la qualité de supérieure hiérarchique directe de la requérante et était en mesure d'apprécier sa manière de servir. Si Mme A soutient que lors de l'entretien du 22 juillet 2020, Mme C n'était plus sa supérieure hiérarchique directe, il ressort toutefois des pièces du dossier que la nomination de Mme C au grade d'attachée territoriale et son affectation au sein de la commune de Château-Thierry n'ont été effectives qu'à compter du
1er septembre 2020. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que son entretien professionnel, qui s'est tenu le 22 juillet 2020, n'a pas été mené par sa supérieure hiérarchique directe.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 du décret du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux : " Les modalités d'organisation de l'entretien professionnel sont les suivantes : / () / 2° La convocation est accompagnée de la fiche de poste de l'intéressé et d'un exemplaire de la fiche d'entretien professionnel servant de base au compte rendu ; / () ".
5. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A était en possession des comptes rendus des entretiens professionnels des années 2018 et 2019. Ainsi, dès lors que la fiche d'entretien ayant servi à l'entretien mené au titre de l'année 2020 est identique à celle ayant servi aux entretiens menés au titre des années 2018 et 2019, la circonstance que cette fiche n'a pas été communiquée à la requérante ne peut être regardée en l'espèce comme ayant privé l'intéressée d'une garantie ou eu une incidence sur le contenu du compte rendu d'entretien professionnel attaqué. Par ailleurs, il ressort de ce compte rendu, notamment des mentions " intégration de la notion d'insertion + mise en œuvre de la convention contrôle décence CAF ", que la convocation à l'entretien n'était pas accompagnée de la fiche de poste en raison d'un oubli et que celle-ci avait évolué au cours de l'année passée. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A aurait réclamé sa fiche de poste avant ou pendant l'entretien auquel elle a participé, et au cours duquel elle a nécessairement eu connaissance de l'évolution de ses missions. En outre, elle ne soutient pas avoir été évaluée sur des missions dont elle ignorait qu'elles étaient les siennes. Dans ces conditions, la circonstance que Mme A n'a pas été destinataire de sa fiche de poste préalablement à son entretien d'évaluation pour l'année 2020 ne peut être regardée en l'espèce comme ayant privé l'intéressée d'une garantie ou eu une incidence sur le sens de la décision contestée. Il s'ensuit que le moyen tiré du vice de procédure, pris en ses deux branches, doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 du décret du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux : " Les modalités d'organisation de l'entretien professionnel sont les suivantes : / () / ; 3° Le compte rendu porte sur les thèmes prévus à l'article 3 ainsi que sur l'ensemble des autres thèmes qui, le cas échéant, ont été abordés au cours de l'entretien ; () ".
8. Mme A soutient que le compte rendu a été modifié par sa supérieure hiérarchique après l'entretien s'agissant du commentaire " Attention à toujours être en phase avec la notion de service public ", portant sur un point qui n'est pas été évoqué lors de cet entretien. Toutefois, alors que le CCAS fait valoir en défense que les faits qui justifient cette appréciation lui ont bien été signifiés lors de l'entretien et produit à ce titre deux attestations des 6 octobre 2021 et 13 avril 2022 par lesquelles Mme C précisent les événements factuels à l'origine du commentaire et certifie avoir rédigé un compte rendu fidèle aux échanges,
Mme A n'établit pas de manière probante, par ses seules allégations, que la question de son sens du service public à l'origine du commentaire litigieux n'aurait pas été abordée au cours de l'entretien. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 du décret du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux : " L'entretien professionnel porte principalement sur : / () / 6° Les besoins de formation du fonctionnaire eu égard, notamment, aux missions qui lui sont imparties, aux compétences qu'il doit acquérir et à son projet professionnel ainsi que l'accomplissement de ses formations obligatoires ; / 7° Les perspectives d'évolution professionnelle du fonctionnaire en termes de carrière et de mobilité. () / ".
10. Il ressort du compte rendu d'entretien professionnel attaqué que, contrairement à ce que soutient Mme A, celui-ci mentionne ses besoins de formation, à savoir en l'espèce une formation intitulée " Amélioration de la posture d'encadrant ", à la demande du supérieur. Par ailleurs, si la requérante soutient que son entretien professionnel n'aurait pas porté sur ses perspectives d'évolution professionnelle en matière de carrière et de mobilité ni d'ailleurs sur ses besoins de formation, elle ne l'établit pas, alors qu'elle n'a porté aucune remarque en ce sens sur le compte rendu d'entretien professionnel qu'elle a signé. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des 6° et 7° de l'article 3 du décret du 16 décembre 2014 précité doit être écarté.
11. En dernier lieu, si la requérante soutient que les faits sur lesquels reposent l'appréciation de sa manière de servir sont matériellement inexacts, elle ne l'établit pas, alors que la seule circonstance qu'elle a effectivement prévenu de son absence à un événement professionnel prévu le 14 septembre 2019 huit jours auparavant, et non la veille comme indiqué en défense, n'est pas à elle-seule de nature à établir ses allégations. Par ailleurs, la requérante ne peut en tout état de cause utilement se prévaloir des évaluations obtenues les années précédentes pour contester l'évaluation de sa compétence intitulée " sens du service public et conscience professionnelle ", passée de " maîtrisée " à " acquise ". Enfin, le centre communal d'action sociale fait valoir que l'appréciation quant à la manière de servir de Mme A a pour objectif d'attirer son attention sur certains faits antérieurs tels que des absences imprévues lors d'une manifestation du centre communal d'action sociale ainsi qu'en période de crise sanitaire, sans que cela ne remette en cause la reconnaissance de ses qualités et compétences professionnelles, en particulier son sens du service public. Si, à ce titre, Mme A soutient qu'elle dispose de bonnes compétences professionnelles en la matière et que l'appréciation litigieuse a pour effet de remettre en cause la qualité de son travail, aucune pièce du dossier ne permet d'établir que les mentions contestées ont pour effet de la desservir professionnellement, alors par ailleurs que sa supérieure hiérarchique a émis un avis favorable à son avancement et qu'elle a également relevé les qualités professionnelles de l'intéressée dans l'appréciation générale du compte-rendu d'entretien professionnel. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à soutenir que son compte rendu d'entretien professionnel de l'année 2020 serait entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation de son compte-rendu d'entretien professionnel de l'année 2020 et de la décision par laquelle l'autorité territoriale a refusé de réviser ce compte-rendu doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre communal d'action sociale de Château-Thierry, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Mme A la somme de 500 euros demandée par le centre communal d'action sociale sur le fondement des mêmes dispositions, et de rejeter le surplus des conclusions à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.
Article 2 : Mme A versera au centre communal d'action social de Château-Thierry la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre communal d'action sociale de Château-Thierry.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
F. Wavelet
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026