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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2101537

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2101537

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2101537
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP LEDOUX-FERRI-YAHIAOUI-RIOU JACQUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 avril 2021, M. B G, représenté par la SCP Ledoux Ferri Riou-Jacques Touchon Mayolet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2020, par lequel le préfet de la région Hauts-de-France a autorisé l'EARL Bertrand E à exploiter les parcelles cadastrées A 275 et ZH 5 d'une surface totale de 4 hectares 4 ares 94 centiares sur le territoire de la commune de Parpeville, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation du critère de départage relatif à l'intérêt économique, environnemental et social des deux exploitations.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2021, l'EARL Bertrand E, représentée par la SCP C. Pinchon - S. Cacheux - A. Berthelot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. G en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 septembre 2021, le préfet de la région Hauts-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 14 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- l'arrêté du 29 juin 2016 portant schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) en Picardie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. L'EARL Bertrand E a déposé une demande d'autorisation d'exploiter une surface totale de 4 hectares 4 ares 94 centiares sur les parcelles cadastrées A 275 et ZH 5 situées sur le territoire de la commune de Parpeville provenant de l'exploitation de M. G à Parpeville. Par un arrêté du 14 octobre 2020, le préfet de la région des Hauts-de-France a autorisé l'EARL Bertrand E à exploiter les parcelles précitées. M. G a formé un recours gracieux contre cette décision par un courrier du 28 décembre 2020. Par la présente requête, M. G demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2020 du préfet de la région Hauts-de-France et la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 38 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de région peut donner délégation de signature notamment en matière d'ordonnancement secondaire : () 4° Pour les matières relevant de leurs attributions, aux chefs ou responsables des services déconcentrés des administrations civiles de l'Etat dans la région. / Ces chefs ou responsables de service peuvent recevoir délégation afin de signer les lettres d'observation valant recours gracieux adressées aux collectivités territoriales ou à leurs établissements publics. / Ces chefs ou responsables de service () peuvent donner délégation pour signer les actes relatifs aux affaires pour lesquelles ils ont eux-mêmes reçu délégation aux agents placés sous leur autorité. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué du 14 octobre 2020 a été signé par Mme F D, cheffe du service régional et de la performance économique et environnementale des entreprises. Par arrêté préfectoral du 8 janvier 2018, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région Hauts-de-France du 9 janvier 2018, M. A C, directeur régional de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt, a reçu délégation de signature consentie par le préfet de la région Hauts-de-France à l'effet de signer, notamment, tous actes, décisions et réponses relatifs au contrôle des structures des exploitations agricoles. Il était par ailleurs loisible à M. C de déléguer sa signature en vertu de l'article 38 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements. M. C a ainsi consenti à Mme D une délégation de signature par un arrêté du 1er juin 2020, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de région du 10 juin 2020, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. C, les actes relevant des domaines qui la concernent, au nombre desquels figure notamment le contrôle des structures. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 331-3 du code rural et de la pêche maritime : " L'autorité administrative () vérifie, compte tenu des motifs de refus prévus à l'article L. 331-3-1, si les conditions de l'opération permettent de délivrer l'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 et se prononce sur la demande d'autorisation par une décision motivée ". Aux termes de l'article R. 331-6 du même code : " () II.- La décision d'autorisation ou de refus d'autorisation d'exploiter prise par le préfet de région doit être motivée au regard du schéma directeur régional des exploitations agricoles et des motifs de refus énumérés à l'article L. 331-3-1 () ".

5. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué qu'il vise les textes dont il fait application, fait état de la surface à exploiter faisant l'objet de la demande d'autorisation en litige et prend en compte les situations respectives de l'EARL Bertrand E et de l'exploitation de M. B G. L'arrêté attaqué tire, ensuite, les conséquences de ses constatations en déduisant que l'EARL Bertrand E et l'exploitation de M. B G relèvent toutes les deux du rang de priorité n° 7 fixé par le schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) en Picardie. Pour les départager, l'arrêté attaqué apprécie alors l'intérêt économique, environnemental et social des deux exploitations. L'arrêté précise d'abord qu'aucune des deux exploitations concernées n'a mis en place de l'élevage ou des productions végétales spécialisées, ni de contrat de Mesure Agro Environnementale, ni de production biologique. Ensuite, l'arrêté relève que l'EARL Bertrand E emploie un salarié permanent et deux saisonniers et compte deux exploitants agricoles, alors que M. B G est seul exploitant, emploie un salarié permanent et un saisonnier. L'arrêté en conclut que la demande de l'EARL Bertrand E est prioritaire par rapport à la situation de M. B G au regard des orientations du SDREA visant à maintenir le plus grand nombre d'exploitations où les exploitants participent de manière effective aux travaux, et visant à promouvoir l'emploi. Ainsi, l'arrêté attaqué contient les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 312-1 du code rural et de la pêche maritime, dans sa version applicable au litige : " I.- Le schéma directeur régional des exploitations agricoles fixe les conditions de mise en œuvre du chapitre Ier du titre III du présent livre. Il détermine, pour répondre à l'ensemble des objectifs mentionnés à l'article L. 331-1, les orientations de la politique régionale d'adaptation des structures d'exploitations agricoles, en tenant compte des spécificités des différents territoires et de l'ensemble des enjeux économiques, sociaux et environnementaux définis dans le plan régional de l'agriculture durable. () III.- Le schéma directeur régional des exploitations agricoles établit, pour répondre à l'ensemble des objectifs et orientations mentionnés au I du présent article, l'ordre des priorités entre les différents types d'opérations concernées par une demande d'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2, en prenant en compte l'intérêt économique et environnemental de l'opération. / Les différents types d'opérations concernées par une demande d'autorisation sont l'installation d'agriculteurs, l'agrandissement ou la réunion d'exploitations agricoles et le maintien ou la consolidation d'exploitations agricoles existantes. / Les critères d'appréciation de l'intérêt économique et environnemental d'une opération, en fonction desquels est établi l'ordre des priorités, sont les suivants : / 1° La dimension économique et la viabilité des exploitations agricoles concernées ; / 2° La contribution de l'opération envisagée à la diversité des productions agricoles régionales, à la diversité des systèmes de production agricole et au développement des circuits de proximité ; / 3° La mise en œuvre par les exploitations concernées de systèmes de production agricole permettant de combiner performance économique et performance environnementale, dont ceux relevant du mode de production biologique au sens de l'article L. 641-13 ; / 4° Le degré de participation du demandeur ou, lorsque le demandeur est une personne morale, de ses associés à l'exploitation directe des biens objets de la demande au sens du premier alinéa de l'article L. 411-59 ; / 5° Le nombre d'emplois non salariés et salariés, permanents ou saisonniers, sur les exploitations agricoles concernées ; / 6° L'impact environnemental de l'opération envisagée ; / 7° La structure parcellaire des exploitations concernées ; / 8° La situation personnelle des personnes mentionnées au premier alinéa du V. / Le schéma directeur régional des exploitations agricoles peut déterminer l'ordre des priorités en affectant une pondération aux différents éléments pris en compte. () ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 29 juin 2016 portant schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) en Picardie : " 1° Les critères d'appréciation de l'intérêt économique et environnemental reprennent les critères énoncés à l'article L. 312-1. Ils permettront de départager les candidats dans le même rang de priorité. () ".

7. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué et il n'est pas contesté qu'avant reprise par l'EARL Bertrand E, M. G exploitait une surface de 267 hectares 67 ares. Il ressort également des termes de l'arrêté attaqué, et il n'est pas contesté, que M. G est le seul exploitant de son exploitation et qu'il emploie un salarié permanent et un saisonnier. Si M. G soutient que l'agrandissement de l'EARL Bertrand E dégradera son exploitation et aura des répercussions sur le niveau d'emploi dans son exploitation, il ne l'établit par aucune pièce produite au dossier, ni aucune argumentation précise alors que cet agrandissement représente seulement 4 hectares 4 ares 94 centiares. En outre, si le requérant soutient que la situation économique des deux exploitations n'est pas comparée, il ressort toutefois des termes de la motivation de l'arrêté attaqué, telle que décrite au point 5, que le préfet a bien comparé la situation économique des deux exploitations.

8. D'autre part, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier que l'EARL Bertrand E est composée de deux associés exploitants, à savoir M. et Mme E, et que l'exploitation emploie un salarié permanent à temps complet et deux saisonniers.

9. Enfin, s'agissant du critère de l'intérêt environnemental, le requérant fait valoir que le siège de l'exploitation de l'EARL Bertrand E se situe sur le territoire d'une autre commune que Parpeville, à savoir Ribemont, alors que celui de son exploitation est à Parpeville. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que le siège de l'exploitation de l'EARL Bertrand E à Ribemont se situe à une distance d'environ 8 kilomètres des parcelles en cause. Il ressort également des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que l'EARL Bertrand E possède un bâtiment agricole entièrement équipé à Parpeville, ainsi que d'autres parcelles qu'elle exploite déjà sur le territoire de la commune de Parpeville situées à 500 mètres des parcelles en litige. Ainsi, le requérant n'établit pas que l'impact environnemental de l'opération envisagée par l'EARL Bertand E devrait remettre en cause l'appréciation du préfet de la région Hauts-de-France.

10. Dans ces conditions, en considérant, au regard du critère de l'intérêt économique et environnemental, que la demande de l'EARL Bertrand E était prioritaire par rapport à la situation de M. G, le préfet de la région Hauts-de-France n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Par suite, le moyen soulevé en ce sens par le requérant est écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par l'EARL Bertrand E, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. G contre l'arrêté du 14 octobre 2020 du préfet de la région Hauts-de-France doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. G au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. G une somme de 1 500 euros à verser à l'EARL Bertrand E en application des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : M. G versera à l'EARL Bertrand E une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B G, à l'EARL Bertrand E et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la région Hauts-de-France.

Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, première conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

L. Bazin

La présidente,

Signé

C. Galle Le greffier,

Signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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