jeudi 28 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2101739 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | QUINQUIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 mai 2021, M. A B, représenté par
Me Quinquis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 avril 2021, par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a ordonné la prolongation de son placement à l'isolement au-delà de deux ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation, dès lors qu'elle doit être spécialement motivée, en application de l'article R. 57-7-67 du code de procédure pénale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors le ministre n'explique pas en quoi l'isolement est l'unique moyen de prévenir les risques sérieux pour la sécurité ou l'ordre de l'établissement que présenterait l'intéressé ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'erreurs sur l'exactitude matérielle des faits dès lors que le ministre ne peut s'appuyer, pour justifier la mesure, sur le seul motif d'incarcération du détenu, la circonstance qu'il est inscrit au répertoire des détenus particulièrement surveillés ou que des tentatives d'évasion sont prévisibles. Il ne peut non plus s'appuyer sur les éléments d'une évaluation pluridisciplinaire qui s'est déroulée près de deux années avant la mesure. Les faits retenus par le ministre pour décider de la prolongation à l'isolement - attitude victimaire, position critique envers les institutions françaises et adhésion à des thèses complotistes - ne justifient pas la nécessité de la mesure ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que les conditions de détention sont susceptibles d'altérer son état de santé physique et psychique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du
9 juin 2021.
Par ordonnance du 13 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 4 mai 2023, à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a été écroué dans divers établissements pénitentiaires depuis le 29 juin 2016. Il a fait l'objet dès le 1er juillet 2016 d'un placement à l'isolement en urgence. Cette mesure a été levée le 13 mars 2018 lors de son intégration au quartier d'évaluation de la radicalisation de la maison d'arrêt d'Osny. Transféré ensuite au centre pénitentiaire d'Orléans-Saran, il a été à nouveau placé à l'isolement à compter du 3 avril 2019. Cette mesure a été constamment prolongée ensuite. Par une décision du 30 avril 2021, dont l'intéressé demande l'annulation, le garde des sceaux, ministre de la justice, a prolongé son placement à l'isolement pour une durée de trois mois à compter du 1er mai 2021, à la suite de son transfèrement au centre pénitentiaire de Laon.
Sur la légalité de la décision :
2. Aux termes de l'article 726-1 du code de procédure pénale : " Toute personne détenue, sauf si elle est mineure, peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne concernée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites. L'isolement ne peut être prolongé au-delà d'un an qu'après avis de l'autorité judiciaire () ". Aux termes de l'article R. 57-7-68 du même code : " Lorsque la personne détenue est à l'isolement depuis un an à compter de la décision initiale, le ministre de la justice peut prolonger l'isolement pour une durée maximale de trois mois renouvelable. La décision est prise sur rapport motivé du directeur interrégional saisi par le chef d'établissement selon les modalités de l'article R. 57-7-64. L'isolement ne peut être prolongé au-delà de deux ans sauf, à titre exceptionnel, si le placement à l'isolement constitue l'unique moyen d'assurer la sécurité des personnes ou de l'établissement. Dans ce cas, la décision de prolongation doit être spécialement motivée ".
3. M. B a été condamné le 3 juin 2015 par la chambre criminelle de la cour d'appel de Rabat à une peine de deux ans d'emprisonnement pour des faits de constitution d'une bande criminelle en vue de préparer et de commettre des actes terroristes. Il a été également condamné le 7 mars 2019 par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de seize ans d'emprisonnement pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme, en récidive. La condamnation a été confirmée en appel et fait l'objet d'un pourvoi en cassation. Le requérant est inscrit au répertoire des détenus particulièrement signalés. Si des actes de prosélytisme et de menaces envers le personnel pénitentiaire ont été commis par M. B au cours des années 2018 et 2019, justifiant les premières mesures d'isolement, il n'est pas établi que l'intéressé aurait depuis persisté dans ce comportement, alors que les comptes-rendus concernant l'année 2020 et le début de l'année 2021 évoquent essentiellement la manifestation d'opinions politiques ainsi qu'une attitude victimaire et critique envers les institutions françaises, sans acte particulier de prosélytisme ou de violence. Le directeur du centre pénitentiaire de Laon a d'ailleurs demandé la mainlevée de l'isolement le 30 avril 2021 à raison de la normalisation du comportement de M. B, de l'absence d'éléments inquiétants et du caractère suffisant de son statut de détenu particulièrement surveillé afin d'assurer sa surveillance. Le parquet général a également considéré qu'aucune circonstance ne nécessitait absolument un maintien à l'isolement, compte tenu de la durée de la peine. Enfin, aux termes de son rapport du 28 avril 2021, le service pénitentiaire d'insertion et de probation a relevé le comportement adapté du détenu aux termes de leurs échanges en ne motivant son avis favorable au maintien à l'isolement que par des " les faits reprochés et sa présence à l'isolement depuis des années laissant présumer d'un comportement de nature à troubler l'ordre de la détention ", tout en admettant ne pas disposer d'éléments concernant le comportement global de l'intéressé en détention. Si le ministre indique également que la mesure est justifiée par la nécessité d'observer le détenu arrivé récemment dans l'établissement, cette exigence d'observation est en tout état de cause assurée par les dispositions de l'article R. 57-7-69 du code de procédure pénale. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas sérieusement contesté que la mesure d'isolement attaquée ne constituait pas l'unique moyen d'assurer la sécurité des personnes ou de l'établissement, M. B est fondé à soutenir que la décision qu'il conteste est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 30 avril 2021 doit être annulée.
Sur les frais liés au litige :
5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat les sommes réclamées par le conseil du requérant sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du garde des sceaux, ministre de la justice, du 30 avril 2021 est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Quinquis et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.
La rapporteure,
signé
A. Rondepierre
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026