lundi 31 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2101764 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | PORCHER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 mai 2021 et 2 mars 2022 , Mme C B, représentée par Me Lequillerier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du maire de la commune de Crépy-en-Valois du 9 décembre 2020 en tant qu'elle l'a mise en demeure de procéder sous deux mois, en qualité de propriétaire du logement n°16 situé au 28 rue Hippolyte Clair à Crépy-en-Valois, à la reprise et au nettoyage des murs de ce logement, à l'installation d'une évacuation des eaux usées et d'une prise de courant dédiées à une machine à laver, et de procéder à l'entretien de la chaudière, ensemble la décision implicite portant rejet de son recours gracieux reçu le 19 janvier 2021 ;
2°) de mettre à charge de la commune de Crépy-en-Valois la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle lui impose de réaliser des travaux qui incombent au locataire ou qui ne sont pas obligatoires ; d'une part, la reprise et le nettoyage des murs ne lui incombent pas dès lors que les traces d'humidité et de moisissures présentes dans le logement résultent d'un défaut d'entretien des orifices d'aération ainsi que de leur obstruction par les locataires ; d'autre part, aucune disposition du " décret de 2002 " et du règlement sanitaire départemental n'impose de mettre à la disposition d'un locataire un logement équipé pour l'installation d'une machine à laver et l'état des lieux d'entrée ne faisait pas état d'un emplacement réservé pour un tel équipement ; enfin, l'entretien de la chaudière à gaz du logement est à la charge des locataires et ces derniers n'en justifient pas malgré plusieurs demandes en ce sens.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 août 2021 et 28 avril 2022, la commune de Crépy-en-Valois, représentée par Me Porcher, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 2 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 juin 2022.
Les parties ont été informées le 30 mai 2023 en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence du maire de Crépy-en-Valois pour édicter la décision du 9 décembre 2020.
Par un mémoire, enregistré le 5 juin 2023, la commune de Crépy-en-Valois, représentée par Me Porcher, a présenté des observations sur ce moyen relevé d'office.
Elle soutient que la décision attaquée ne fait que préciser l'arrêté préfectoral du 3 décembre 2020 et qu'elle est seulement un acte confirmatif de l'arrêté attaqué.
Par un mémoire, enregistré le 14 juin 2023, Mme C B, représentée par Me Lequillerier, a présenté des observations sur le moyen relevé d'office précité.
Elle soutient que la décision attaquée prescrit des travaux supplémentaires par rapport à ceux prévus par l'arrêté préfectoral du 3 novembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 86-1290 du 23 décembre 1986 ;
- le décret n°87-712 du 26 août 1987 ;
- l'arrêté préfectoral du 3 janvier 1980 portant prescription du règlement sanitaire départemental de l'Oise ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pellerin, rapporteure,
- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,
- et les observations de Me Porcher, représentant la commune de Crépy-en-Valois.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B est propriétaire d'un appartement situé au 28 rue Hippolyte Clair à Crépy-en-Valois. Par acte du 12 février 2014, Mme B a loué son bien à Mme et M. A. Saisie d'une plainte des locataires, la police municipale de Crépy-en-Valois a effectué une visite de ce logement le 3 novembre 2020 et a établi un compte-rendu de visite du même jour qui a constaté des non-conformités électriques et une présence importante d'humidité dans l'intégralité du logement. A la suite de la saisine de l'Agence régionale de santé Hauts-de-France (ARS), cette dernière a diligenté une enquête le 27 novembre 2020, a établi un rapport le 30 novembre suivant qui a constaté des anomalies susceptibles de provoquer des risques d'électrisation, d'électrocution voire d'incendie ainsi qu'un risque d'atteinte à la santé des occupants en raison des mauvaises conditions de ventilation du logement. Par un arrêté du 3 décembre 2020, la préfète de l'Oise a mis en demeure Mme B d'exécuter des travaux de mise en sécurité de l'installation électrique et d'installation d'une ventilation dans l'intégralité du logement. Par une décision du 9 décembre 2020, le maire de la commune de Crépy-en-Valois a mis en demeure Mme B de procéder à diverses réparations et mises en conformité du logement situé au 28 rue Hippolyte Clair à Crépy-en-Valois. Soutenant avoir réalisé les travaux qui lui incombaient, par un courrier du 14 janvier 2021, reçu le 19 janvier suivant, Mme B a formé un recours gracieux contre la décision du maire de Crépy-en-Valois du 9 décembre 2020. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de la décision du 9 décembre 2020 précitée en tant qu'elle l'a mise en demeure de procéder sous deux mois à la reprise et au nettoyage des murs du logement, à l'installation d'une évacuation des eaux usées et d'une prise de courant dédiées à une machine à laver et à l'entretien de la chaudière, ensemble la décision implicite portant rejet du recours gracieux reçu le 19 janvier 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publique. Elle comprend notamment : / () ". Aux termes de l'article L. 1421-4 du code de la santé publique : " Le contrôle administratif et technique des règles d'hygiène relève : / 1° De la compétence du maire pour les règles générales d'hygiène fixées, en application du chapitre Ier du titre Ier du livre III, pour les habitations, leurs abords et dépendances ; () ".
3. Pour motiver la décision attaquée, le maire de Crépy-en-Valois s'est fondé sur les dispositions des articles L. 2212-1 et L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, relatives au pouvoir de police générale du maire et sur les dispositions du règlement sanitaire départemental de l'Oise.
4. Il ressort des termes de la décision attaquée que le maire a mis en demeure Mme B, sur le fondement de diverses dispositions du règlement sanitaire départemental de l'Oise, de procéder notamment à la reprise et au nettoyage des murs du logement en litige, à l'installation d'une évacuation des eaux usées et d'une prise de courant pour la machine à laver ainsi qu'à l'entretien de la chaudière.
En ce qui concerne les murs du logement :
5. D'une part, il ressort du décret du 26 août 1987 pris pour l'application de l'article 7 de la loi du 23 décembre 1986 tendant à favoriser l'investissement locatif, l'accession à la propriété de logements sociaux et le développement de l'offre foncière et relatif aux réparations locatives et notamment de ses annexes que constituent des réparations locatives le maintien en état de propreté des murs intérieurs, les menus raccords de peintures et tapisseries nécessaires, la remise en place ou le remplacement de quelques éléments des matériaux de revêtement ainsi que le rebouchage des trous rendu assimilable à une réparation par le nombre, la dimension et l'emplacement de ceux-ci.
6. D'autre part, aux termes de l'article 23 de l'arrêté préfectoral du 3 janvier 1980 portant prescription du règlement sanitaire départemental de l'Oise : " () 23.1- Locaux d'habitation:/ Dans chaque immeuble, le mode de vie des occupants des logements ne doit pas être la cause d'une dégradation des bâtiments ou de la création de conditions d'occupation contraires à la santé. Tout ce qui peut être source d'humidité et de condensations excessives doit être, en particulier, évité. Le renouvellement de l'air doit être assuré et les orifices de ventilation non obturés. / Dans le même souci d'hygiène et de salubrité, il ne doit pas être crée d'obstacles permanents à la pénétration de l'air, de la lumière et des radiations solaires dans les logements. () ". Aux termes de l'article 33 du même arrêté : " Couverture-Murs, cloisons-Planchers-Baies Gaines de passage des canalisations () les murs et leurs enduits () sont entretenus régulièrement () ".
7. Il ressort du rapport établi par la police municipale le 3 novembre 2020 que le logement présente de très importantes traces d'humidité et de moisissures dans chaque pièce, et que les orifices d'aération ne sont pas entretenus ou sont obstrués. L'absence d'entretien et l'obstruction des orifices d'aération par les locataires constituent un manquement de la part des occupants aux articles 23.1 et 33 du règlement sanitaire départemental cités au point précédent. Si la commune soutient que cette humidité a pour origine l'absence d'un système de ventilation mécanique contrôlée, elle n'établit cette allégation par aucune pièce versée au dossier, alors que le bon état des murs du logement a été relevé lors de l'entrée des locataires dans les lieux le 11 février 2014. Au demeurant, par son arrêté du 3 décembre 2020, la préfète de l'Oise avait déjà mis en demeure Mme B de procéder, sur le fondement de l'article L. 1311-4 du code de la santé publique, à l'installation d'un système de ventilation mécanique contrôlée, ce qui a été réalisé, ainsi que cela ressort du rapport d'enquête du 21 mai 2021 relatif à la visite de contrôle effectuée, le 29 avril 2021, par l'agence régionale de santé Hauts-de-France et la commune de Crépy-en -Valois. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la reprise et le nettoyage des murs, qui constituent des réparations locatives selon le décret du 26 août 1987, incombent aux locataires et que le maire ne pouvait légalement lui enjoindre d'y procéder.
En ce qui concerne les équipements liés à l'installation d'une machine à laver :
8. Aux termes de l'article 42 de l'arrêté préfectoral du 3 janvier 1980 portant prescription du règlement sanitaire départemental de l'Oise : " L'évacuation des eaux pluviales et des eaux usées doit pouvoir être assurée en permanence. () ". Aux termes de l'article 43 du même règlement : " Tous les orifices de vidange des postes d'eaux ménagères tels que éviers, lavabos, baignoires, doivent être pourvus d'un système d'occlusion hydraulique conforme aux normes françaises homologuées et assurant une garde d'eau permanente. () ". Aux termes de l'article 51 du même règlement : " Installations d'électricité/ Les modifications conduisant au remplacement ou au renforcement des circuits d'alimentation électrique doivent être conforme aux normes NF C 14-100 et 15-100 ".
9. La décision attaquée impose à la requérante, en application des articles 43 et 51 du règlement sanitaire départemental, de mettre en place une évacuation des eaux usées dédiée à une machine à laver ainsi qu'une prise de courant électrique spécifique. Toutefois, les articles précités du règlement sanitaire départemental n'imposent pas aux bailleurs de permettre à leurs locataires de disposer d'un lave-linge et, par suite, de faire réaliser les travaux d'installation d'une évacuation de l'eau et d'une prise de courant spécifiques pour un lave-linge. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que ces prescriptions sont illégales.
En ce qui concerne la chaudière :
10. D'une part, il ressort de l'annexe du décret du 26 août 1987 cité au point 7 que les mesures d'entretien et de nettoyage des installations de chauffage et de production d'eau chaude constituent des réparations locatives.
11. D'autre part, aux termes de l'article 31 du règlement sanitaire départemental : " Conduits de fumée et de ventilation - Appareils de combustion. () 31.6- Entretien, nettoyage et ramonage () Les appareils de chauffage, de production d'eau chaude () doivent être, à l'initiative des utilisateurs, vérifiés, nettoyés et réglés au moins une fois par an () ".
12. La décision attaquée impose à la requérante de produire une attestation d'entretien de la chaudière, en application de l'article 31-6 du règlement sanitaire départemental. Toutefois, l'entretien de cet équipement constitue une réparation locative selon l'annexe du décret du 26 août 1987 comme indiqué point précédent, et doit ainsi être mis à la charge des locataires et non de Mme B. A cet égard, cette dernière précise, sans être contestée, avoir vainement réclamé à plusieurs reprises aux locataires l'attestation en litige. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que l'injonction par laquelle la décision attaquée l'a mise en demeure de procéder à l'entretien de la chaudière à gaz du logement est illégale.
13. Pour les motifs exposés aux points 7 à 12, Mme B est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'illégalité.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 9 décembre 2020 du maire de Crépy-en-Valois doivent être accueillies.
Sur les frais liés au litige :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Crépy-en-Valois une somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les mêmes dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de la requérante qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du maire de Crépy-en-Valois du 9 décembre 2020 est annulée en tant qu'elle a mis en demeure Mme B de procéder dans un délai de deux mois à la reprise et au nettoyage des murs du logement n°16, 28 rue Hippolyte Clair à Crépy-en-Valois, à l'installation d'une évacuation des eaux usées et d'une prise de courant dédiées à une machine à laver, et à l'entretien de la chaudière.
Article 2 : La décision implicite de rejet du recours gracieux formé contre la décision du 9 décembre 2020 est annulée.
Article 3 : La commune de Crépy-en-Valois versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la commune de Crépy-en-Valois.
Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
Mme Pellerin, première conseillère,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2023.
La rapporteure,
Signé
C. Pellerin
La présidente,
Signé
C. Galle Le greffier,
Signé
J.F. Langlois
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026