jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2101821 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | LAMRANI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 mai et 9 septembre 2021,
M. B D et Mme A C épouse D, représentés par Me Lamrani, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 649 793,62 euros résultant de saisies administratives à tiers détenteur du 12 janvier 2021 mises en œuvre par le comptable public du pôle de recouvrement spécialisé de l'Oise, pour le recouvrement de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2004 et 2005';
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens et les intérêts moratoires.
Ils soutiennent que :
- les avis d'imposition en litige, la mise en demeure de payer du 26 février 2015 et l'avis à tiers détenteur du 22 août 2017 ont été notifiés à une adresse erronée en méconnaissance des dispositions des articles R. 256-6, R. 256-7 et R. 257-0 A du livre des procédures fiscales et de l'instruction codificatrice n° 02-063-A-M du 22 juillet 2002';
- le service n'a pas usé de la procédure d'assistance administrative internationale en méconnaissance des stipulations de l'article 29 de la convention fiscale franco-marocaine du 29 mai 1970';
- le droit de reprise et l'action en recouvrement du service sont par suite prescrits.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 août 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention multilatérale de l'Organisation de coopération et de développement économiques du 25 janvier 1988 concernant l'assistance administrative mutuelle en matière fiscale ;
- la convention du 29 mai 1970 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc tendant à éliminer les doubles impositions et à établir des règles d'assistance mutuelle administrative en matière fiscale ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales';
- le code de procédure civile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Menet, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par jugement du 24 mars 2011, le tribunal administratif d'Amiens a accordé à M. et Mme D la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2003 à 2005, ainsi que des pénalités correspondantes. Par arrêt du 12 avril 2012, la cour administrative d'appel de Douai a annulé ledit jugement en tant qu'il a accordé aux intéressés la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2004 et 2005.
2. Par ordonnance du 18 mars 2014, le juge des référés de la cour administrative d'appel de Douai a rejeté la demande des époux D en suspension de l'exécution de l'arrêt du 12 avril 2012. Par arrêt du 16 septembre 2014, la cour administrative d'appel de Douai a admis l'opposition des époux D à l'arrêt du 12 avril 2012, a déclaré l'arrêt non avenu, annulé le jugement du 24 mars 2011 en tant qu'il a accordé à M. et Mme D la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2004 et 2005 et décidé que les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles
M. et Mme D ont été assujettis au titre des années 2004 et 2005 étaient remises à leur charge.
3. Le comptable public du pôle de recouvrement spécialisé de l'Oise a notifié aux époux D des saisies administratives à tiers détenteur du 12 janvier 2021 à hauteur de la somme de 649 793,62 euros pour le recouvrement de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2004 et 2005. Par la présente requête, les époux D demandent la décharge de l'obligation de payer cette dernière somme.
Sur la prescription du droit de reprise :
4. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics compétents mentionnés à l'article L. 252 doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / Les contestations ne peuvent porter que : / 1° Soit sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° Soit sur l'existence de l'obligation de payer, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués, sur l'exigibilité de la somme réclamée, ou sur tout autre motif ne remettant pas en cause l'assiette et le calcul de l'impôt ". Il résulte de ces dispositions que les moyens relatifs à la régularité ou au bien-fondé des impositions dont le recouvrement est poursuivi par l'administration ne peuvent être utilement soulevés à l'appui de la contestation de recouvrement formée dans les conditions prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales.
5. Les requérants ne peuvent utilement se prévaloir, au soutien de leurs conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer les sommes mises en recouvrement de ce que le délai de reprise des impositions en litige était expiré, dès lors que ce moyen procède de la critique du bien-fondé des impositions et ne concerne pas leur recouvrement.
Sur l'exigibilité des sommes réclamées :
6. En premier lieu et d'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au litige : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. Le délai de prescription de l'action en recouvrement prévu au premier alinéa est augmenté de deux années pour les redevables établis dans un Etat non membre de l'Union européenne avec lequel la France ne dispose d'aucun instrument juridique relatif à l'assistance mutuelle en matière de recouvrement ayant une portée similaire à celle prévue par la directive 2010/24/UE du Conseil du 16 mars 2010 concernant l'assistance mutuelle en matière de recouvrement des créances relatives aux taxes, impôts, droits et autres mesures ". Un avis à tiers détenteur ne peut interrompre la prescription prévue par les dispositions précitées qu'à la condition d'avoir été régulièrement notifié tant au tiers détenteur qu'au redevable concerné.
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 262 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au litige : " Les dépositaires, détenteurs ou débiteurs de sommes appartenant ou devant revenir aux redevables d'impôts, de pénalités et de frais accessoires dont le recouvrement est garanti par le privilège du Trésor sont tenus, sur la demande qui leur en est faite sous forme d'avis à tiers détenteur notifié par le comptable chargé du recouvrement, de verser, aux lieu et place des redevables, les fonds qu'ils détiennent ou qu'ils doivent, à concurrence des impositions dues par ces redevables ". Aux termes de l'article 683 du code de procédure civile : " Sous réserve de l'application des règlements communautaires et des traités internationaux, la transmission des actes judiciaires et extrajudiciaires à l'étranger est faite par voie de notification ou de signification internationales dans les conditions prévues par la présente sous-section ". Aux termes de l'article 684 du même code : " L'acte destiné à être notifié à une personne ayant sa résidence habituelle à l'étranger est remis au parquet, sauf dans les cas où un règlement communautaire ou un traité international autorise l'huissier de justice ou le greffe à transmettre directement cet acte à son destinataire ou à une autorité compétente de l'Etat de destination ". Pour être régulier, l'avis à tiers détenteur adressé au contribuable en application de ces dispositions doit être notifié à la dernière adresse qu'il a officiellement communiquée à l'administration fiscale. En cas de changement de domicile, il appartient au contribuable d'établir qu'il a fait les diligences nécessaires pour informer l'administration de sa nouvelle adresse.
8. Il appartient au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative au recouvrement d'une créance fiscale auprès d'un débiteur qui ne réside pas habituellement en France, de déterminer si une norme communautaire ou un traité international autorise des modalités de notification ou de signification à l'étranger des actes pris dans le cadre de la procédure en cause qui dérogent aux modalités qui sont prévues, en l'absence de tels textes, par l'article 683 du code de procédure civile.
9. Il résulte de l'instruction que le service a notifié aux époux D, à une adresse au Maroc, Golf Al Maaden, Riad no 13, Syba à Marrakech, un avis des impositions en litige par courrier recommandé avec accusé de réception, retourné au service le 27 février 2015, une mise en demeure de payer ces impositions en litige du 23 février 2015 et un avis à tiers détenteur du 18 août 2017. Les époux D contestent la régularité de ces notifications.
10. Les époux D qui ne résidaient pas habituellement en France mais au Maroc, pays pour lequel l'entrée en vigueur des stipulations de la convention multilatérale concernant l'assistance administrative mutuelle en matière fiscale est postérieure aux notifications en litige et dont la convention fiscale franco-marocaine ne prévoit pas de dérogation aux articles 683 et 684 du code de procédure civile, sont fondés à soutenir que les notifications réalisées en méconnaissance de ces dernières dispositions sont irrégulières.
11. En second lieu, pour déterminer à l'occasion d'une contestation relative au recouvrement d'une créance fiscale si celle-ci est soumise au délai de prescription augmenté de deux années prévu par le second alinéa de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, ou au délai de prescription de quatre années prévu par le premier alinéa du même article, les dispositions précitées impliquent de déterminer la résidence du débiteur, à la date à laquelle les impositions ont été établies, le domicile du débiteur à la date à laquelle les poursuites litigieuses sont décernées restant sans incidence sur cette durée. Cependant, eu égard à l'intention du législateur telle que celle-ci ressort de l'exposé des motifs de l'amendement dont elles sont issues, et dont l'objet est d'éviter que l'action en recouvrement ne soit rendue plus complexe en raison de l'établissement du débiteur dans certains Etats, l'interruption du délai de prescription par une mesure de poursuite fait naître un nouveau délai d'action en recouvrement augmenté de deux ans, en application des dispositions de ce second alinéa, lorsque le débiteur est établi, à la date de l'acte interruptif, dans un Etat situé hors de l'Union européenne et que la France ne dispose pas, à la date de cet acte, d'un instrument juridique ayant une portée similaire à celle prévue par la directive 2010/24/UE du Conseil du 16 mars 2010 concernant l'assistance mutuelle en matière de recouvrement.
12. En l'espèce, les impositions en litige ont, à la suite de l'annulation du jugement du tribunal administratif d'Amiens du 24 mars 2011 par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Douai du 16 septembre 2014, été remises à la charge des contribuables à cette dernière date, alors qu'ils résidaient alors au Maroc, pays pour lequel la France ne disposait alors pas d'un instrument juridique ayant une portée similaire à celle prévue par la directive 2010/24/UE du Conseil du 16 mars 2010 concernant l'assistance mutuelle en matière de recouvrement. Il s'ensuit que le délai de prescription de l'action en recouvrement du second alinéa de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales s'applique. Toutefois, il résulte de ce qui est dit au point 10 qu'aucun acte interruptif de cette prescription n'est survenu dans le délai de six ans suivant le 16 septembre 2014 puisqu'il est constant que la notification non contestée de la mise en demeure du 23 novembre 2020, est nécessairement postérieure à l'acquisition du délai de prescription.
13. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que l'action en recouvrement du service était prescrite à la date des saisies administratives à tiers détenteur contestées et à solliciter la décharge de l'obligation de payer les sommes ainsi mises en recouvrement
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des époux D présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1 er : Les époux D sont déchargés de l'obligation de payer les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2004 et 2005 mises en recouvrement par les saisies administratives à tiers détenteur du 12 janvier 2021.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête des époux D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Mme A C épouse D et au directeur départemental des finances publiques de l'Oise.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition le 15 juin 2023.
Le rapporteur,
Signé
M. Menet
Le président,
Signé
B. Boutou La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2101821
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026