mardi 4 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2101962 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SIMON ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 2 juin 2021 et le 15 novembre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Immaldi et Compagnie et la société civile immobilière (SCI) du Sillon, représentées par Me Robert-Védie, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2021 par lequel le maire de la commune de Crépy-en-Valois a sursis à statuer sur la déclaration préalable tendant à la modification de l'aspect extérieur d'un bâtiment commercial sur un terrain cadastré section AM n° 204 situé 25 avenue Sadi Carnot sur le territoire de la commune ;
2°) d'enjoindre à la commune de Crépy-en-Valois, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir, de délivrer une décision de non-opposition à cette déclaration préalable ou à défaut, de procéder au réexamen de cette demande ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Crépy-en-Valois la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- le mémoire en défense doit être écarté des débats, faute pour le maire de la commune de justifier d'une délibération du conseil municipal lui donnant qualité pour produire ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les dispositions des articles L. 153-11 et L. 424-1 du code de l'urbanisme dès lors que les conditions du prononcé d'un sursis à statuer ne sont pas réunies ;
- il est entaché de détournement de pouvoir.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 septembre 2022 et le 20 décembre 2022, la commune de Crépy-en-Valois, représentée par la SCP Lebegue-Derbise, conclut au non-lieu à statuer sur la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des sociétés requérantes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que la requête a perdu son objet après la délivrance d'un arrêté d'opposition à la déclaration préalable litigieuse et que, en tout état de cause, les moyens soulevés par les sociétés requérantes ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 22 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 janvier 2023 à 12h00.
Vu :
- l'ordonnance n° 2101954 rendue le 28 juin 2021 par le juge des référés du tribunal administratif d'Amiens ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,
- et les observations de Me Spisse, représentant les sociétés requérantes.
Considérant ce qui suit :
1. Souhaitant implanter un commerce de détail sous l'enseigne Aldi sur le territoire de la commune de Crépy-en-Valois en lieu et place d'un bâtiment commercial existant, la SAS Immaldi et Compagnie a, le 22 février 2021, déposé une déclaration préalable de travaux tendant à la modification de l'aspect extérieur de la construction existante, le réaménagement et l'agrandissement de son parc de stationnement, la plantation de 86 arbres et l'installation de dispositifs nécessaires à la future exploitation sur un terrain cadastré section AM n° 204 situé 25 avenue Sadi Carnot sur le territoire de la commune. Par un arrêté du 13 avril 2021, dont l'annulation est demandée, le maire de Crépy-en-Valois a sursis à statuer pour une durée de deux ans sur cette déclaration préalable.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Une décision intervenue pour l'exécution de l'ordonnance par laquelle le juge des référés d'un tribunal administratif a suspendu l'exécution d'un acte administratif revêt, par sa nature même, un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours en annulation présenté parallèlement à la demande en référé. Par suite, une telle décision n'a pas pour effet de priver d'objet les conclusions tendant à l'annulation de la décision initiale.
3. Si par un arrêté du 26 juillet 2021, soit postérieurement à l'introduction de la requête, le maire de Crépy-en-Valois s'est opposé à la déclaration préalable présentée par la SAS Immaldi et Compagnie, cette décision n'est toutefois intervenue que pour l'exécution de l'ordonnance du juge des référés du tribunal du 28 juin 2021 qui, après avoir suspendu l'arrêté attaqué, a enjoint au maire de procéder à une nouvelle instruction de cette déclaration de travaux. Par suite, l'arrêté du 26 juillet 2021, qui revêt par sa nature même un caractère provisoire, n'a pas eu pour effet de priver d'objet les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 13 avril 2021. Il s'ensuit que l'exception de non-lieu doit être écartée.
Sur la recevabilité du mémoire en défense :
4. Si le mémoire en défense présenté pour la commune de Crépy-en-Valois indique que cette dernière est représentée par M. B D, lequel a perdu sa qualité de maire depuis qu'il a été déclaré inéligible à la suite de décisions juridictionnelles, il ressort des pièces du dossier que, par une délibération du 27 octobre 2021, Mme E C, élue maire de Crépy-en-Valois le 14 octobre 2021, a été habilitée à défendre les intérêts de la commune dans les actions intentées contre elle, devant les juridictions de toute nature tant en première instance qu'en appel. Par suite, et alors que dans un mémoire complémentaire du 20 décembre 2022, Mme C a expressément précisé reprendre l'intégralité des observations présentées dans le premier mémoire en défense de la commune, il n'y a pas lieu d'écarter ces écritures des débats, de même que l'ensemble des pièces qui y sont jointes.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " () L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ". L'article L. 424-1 de ce code, dans sa rédaction en vigueur à la date de l'arrêté attaqué, dispose que : " () Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 153-11 et L. 311-2 du présent code () ".
6. D'une part, un sursis à statuer ne peut être opposé à une demande de permis de construire que lorsque l'état d'avancement des travaux d'élaboration du nouveau plan local d'urbanisme permet de préciser la portée exacte des modifications projetées, sans qu'il soit cependant nécessaire que le projet ait déjà été rendu public. Il ne peut en outre être opposé qu'en vertu d'orientations ou de règles que le futur plan local d'urbanisme pourrait légalement prévoir, et à la condition que la construction, l'installation ou l'opération envisagée soit de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse son exécution.
7. Il est constant que, antérieurement à la date de l'arrêté attaqué, le conseil municipal de la commune de Crépy-en-Valois a entamé la procédure de révision de son plan local d'urbanisme et débattu sur les orientations du projet d'aménagement et de développement durable relatif à ce futur document d'urbanisme. Les pièces du dossier font toutefois apparaître que l'état d'avancement des travaux d'élaboration du nouveau plan local d'urbanisme ne permettait pas, en ne prévoyant qu'une orientation générale tendant à " conforter le parc d'activité du Valois pour y permettre le maintien d'activités diversifiées (), la bonne réalisation des projets en cours et l'accueil de nouveaux ", de connaître l'intention de ses auteurs quant à la portée exacte des modifications projetées dans cette zone commerciale. Par ailleurs, s'il ressort des motifs mêmes de l'arrêté attaqué que " le PADD prévoit la réalisation d'une OAP sectorielle sur l'ensemble commercial avenue Sadi Carnot " laquelle inclut l'accès à la future voie nécessaire au maillage du quartier par le prolongement d'une voie actuellement en impasse, la réalisation d'une liaison douce au nord entre le quartier résidentiel et l'ensemble commercial et enfin, la prise en compte d'éléments thématiques permettant de répondre aux contraintes environnementales et techniques, une telle orientation thématique n'est toutefois pas corroborée par la lecture du projet d'aménagement et de développement durable versé au dossier.
8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le projet déclaré tend à la dépose d'un auvent, au déplacement d'un lanterneau de désenfumage, à l'agrandissement et au réaménagement de l'aire de stationnement, à la plantation de 86 arbres, à l'ajout d'un cheminement piéton ainsi que d'une bande de guidage podotactile depuis l'avenue Sadi Carnot, à l'ajout de groupes froids ainsi que d'un local poubelles grillagé à l'arrière du magasin, de bornes anti-béliers et enfin, d'un parc à caddies. Ces modifications de l'aspect extérieur du bâtiment commercial déjà existant, n'impliquant aucun changement quant à son implantation, son emprise au sol et sa hauteur ne sauraient être regardées, eu égard à leur faible ampleur et en l'absence de réglementation précise ayant vocation à s'appliquer au terrain assiette du projet, comme étant de nature à compromettre ou rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan local d'urbanisme en cours de révision.
9. Il résulte de ce qui précède, qu'en prenant l'arrêté attaqué, le maire de la commune de Crépy-en-Valois a méconnu les dispositions des articles L. 153-11 et L. 424-1 du code de l'urbanisme.
10. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 13 avril 2021 doit être annulé. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens soulevés par les sociétés requérantes ne sont pas de nature à entraîner l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. Aux termes de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'un refus opposé à une demande d'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol ou l'opposition à une déclaration de travaux régies par le présent code a fait l'objet d'une annulation juridictionnelle, la demande d'autorisation ou la déclaration confirmée par l'intéressé ne peut faire l'objet d'un nouveau refus ou être assortie de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme intervenues postérieurement à la date d'intervention de la décision annulée sous réserve que l'annulation soit devenue définitive et que la confirmation de la demande ou de la déclaration soit effectuée dans les six mois suivant la notification de l'annulation au pétitionnaire ". L'article R. 423-23 de ce code dispose que : " Le délai d'instruction de droit commun est de : a) Un mois pour les déclarations préalables () ". Par ailleurs, l'article L. 911-2 du code de justice administrative prévoit que : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".
12. Il résulte de ces dispositions que l'annulation par le juge de l'excès de pouvoir de la décision qui a refusé de délivrer une autorisation d'urbanisme, ou qui a sursis à statuer sur une telle demande, impose à l'administration, qui en demeure saisie, de procéder à une nouvelle instruction de celle-ci, sans que le pétitionnaire ne soit tenu de la confirmer.
13. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique le réexamen de la demande de la SAS Immaldi et Compagnie. Il y a lieu d'enjoindre à la commune de Crépy-en-Valois d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en tenant compte des dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés requérantes, qui ne sont pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Crépy-en-Valois au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Crépy-en-Valois une somme totale de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SAS Immaldi et Compagnie et la SCI du Sillon et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 13 avril 2021 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Crépy-en-Valois de réexaminer la demande de la SAS Immaldi et Compagnie en tenant compte des dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Crépy-en-Valois versera à la SAS Immaldi et Compagnie et la SCI du Sillon une somme totale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Crépy-en-Valois sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée (SAS) Immaldi et Compagnie, à la société civile immobilière (SCI) du Sillon et à la commune de Crépy-en-Valois.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme Beaucourt, conseillère,
- M. A, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.
La rapporteure,
signé
P. FLe président,
signé
C. BINAND
Le greffier,
signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026