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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2102068

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2102068

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2102068
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMETIVIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 11 juin et 19 octobre 2021, Mme A B, représentée par Me Sigaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2021 par lequel le maire de la commune de Beauvais a fixé son taux d'incapacité permanente partielle à 5 %, a refusé de prolonger son congé pour invalidité temporaire imputable au service au-delà du 16 mars 2021 et de prendre en charge ses frais médicaux au-delà du 23 décembre 2020 et l'a affectée au sein de la direction de la politique de la ville ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise relative aux effets sur sa santé des accidents de service dont elle a été victime ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Beauvais une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'avis de la commission de réforme est irrégulier dès lors que le médecin de prévention n'a pas été informé de la réunion de la commission de réforme en vue de rendre un avis sur sa situation et n'a pas présenté de rapport à cette commission en méconnaissance de l'article 15 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- l'avis de la commission de réforme est irrégulier dès lors qu'il n'est pas établi qu'elle ait été invitée à prendre connaissance de son dossier et à faire assister par un médecin en méconnaissance de l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit dès lors que le maire de la commune de Beauvais s'est cru lié par l'avis de la commission de réforme ;

- il méconnaît l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dès lors qu'elle n'est pas guérie des conséquences des accidents de service et qu'elle n'est pas apte à reprendre le service ;

- il est illégal dès lors qu'il retient un taux d'incapacité permanente partielle trop faible au regard de son état de santé ;

- les divergences d'appréciation entre les experts nécessitent d'ordonner une nouvelle expertise.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 septembre et 22 novembre 2021, la maire de la commune de Beauvais conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme B une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été introduite avant la liaison du contentieux par la réponse qu'elle a apportée au recours de l'intéressée du 11 mai 2021, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 22 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, animatrice, est employée par la commune de Beauvais. Le 8 août 2016, elle s'est fracturée le coude droit durant son service. Cet accident a été reconnu imputable au service par un arrêté du 21 mars 2017 du maire de la commune de Beauvais. Par un avis du

18 février 2021, la commission de réforme a estimé la date de la consolidation de l'état de santé de Mme B au 23 décembre 2020, a évalué son taux d'incapacité permanente partielle à 5 % et a considéré que l'intéressée était apte à reprendre ses fonctions. Par un arrêté du 13 avril 2021 dont Mme B demande l'annulation, le maire de la commune de Beauvais a fixé le taux d'incapacité permanente partielle de l'intéressée à 5 %, a refusé de prolonger son congé pour invalidité temporaire imputable au service au-delà du 16 mars 2021 et de prendre en charge ses frais médicaux au-delà du 23 décembre 2020 et l'a affectée au sein de la direction de la politique de la ville.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, M. D C, directeur général des services de la commune de Beauvais et signataire de l'arrêté attaqué, a reçu délégation de signature du maire de cette commune, par un arrêté du 1er avril 2021 régulièrement publié, à l'effet de signer notamment, les actes de " gestion générale des ressources humaines ". En conséquence,

Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente.

3. En deuxième lieu, Mme B ne peut utilement se prévaloir de ce que le médecin de prévention n'a pas été informé de la réunion de la commission de réforme en vue de rendre un avis sur sa situation et n'a pas présenté de rapport à cette commission en méconnaissance de l'article 15 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière, dès lors que cette obligation, issue de l'article 16 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du

26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux , a été abrogée le 13 avril 2019 par l'article 3 du décret du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale, soit antérieurement à la réunion de la commission de réforme du 18 février 2021 durant laquelle cette dernière s'est prononcée sur sa demande.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis. / Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instructions, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires. / Dix jours au moins avant la réunion de la commission, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande, ou par l'intermédiaire d'un médecin ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. / La commission entend le fonctionnaire, qui peut se faire assister d'un médecin de son choix. Il peut aussi se faire assister par un conseiller ".

5. La circonstance que les courriers du 3 février 2021 du secrétariat de la commission de réforme informant Mme B de la date de la séance de la commission de réforme durant laquelle il devait être statué sur sa situation, l'invitant à prendre connaissance de son dossier et l'informant de la possibilité de ses faire assister par un médecin, n'ont pas été délivrés contre accusé de réception est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué dès lors que l'intéressée ne conteste pas les avoir reçus.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le maire de la commune de Beauvais se soit crû lié par l'avis de la commission de réforme. Dès lors, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'auteur de l'arrêté attaqué se serait mépris sur l'étendue de sa propre compétence.

7. En cinquième lieu, aux termes du I. de l'article 21 bis de la loi susvisée du 13 juillet 1983 : " I.-Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () ". L'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 est entré en vigueur, en tant qu'il s'applique à la fonction publique territoriale, à la date d'entrée en vigueur, le 13 avril 2019, du décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue, sous forme de décret en Conseil d'Etat, par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Ces nouvelles dispositions s'appliquent d'une part, aux demandes de prolongation d'un congé pour accident de service, ou pour maladie imputable au service, pour une période débutant après le 13 avril 2019 et, d'autre part, aux demandes initiales de congé pour invalidité temporaire imputable au service motivées par un accident ou une maladie dont la déclaration a été déposée après cette date.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est atteinte d'un syndrome algodystrophique du membre supérieur droit suite à l'accident de service dont elle a été victime le 8 août 2016. D'une part, si aux termes des conclusions administratives de l'expertise du

23 décembre 2020, le taux d'incapacité permanente partielle dont elle était affectée du fait de ce syndrome devait être fixé à 50 %, cette évaluation est incohérente avec les autres développements des mêmes conclusions de cette expertise, de sorte que cette circonstance ne démontre pas que la commission de réforme ait évalué à tort ce taux à 5 % au vu des symptômes de l'intéressée. D'autre part, Mme B ne conteste pas utilement que son état de santé était consolidé au 23 décembre 2020 ainsi que l'ont retenu l'expert et la commission de réforme. En outre, il ressort tant de l'expertise du 23 décembre 2020 que de l'avis de la commission de réforme, confirmés par un avis du médecin de prévention du 16 mars 2021, que Mme B était apte à reprendre son service sur un poste aménagé à la date de la décision attaquée. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas du certificat médical peu circonstancié de son médecin traitant du 5 février 2021, que Mme B ait exposé des frais de santé en lien avec l'accident de service dont elle a été victime postérieurement au 23 décembre 2020. Dans ces conditions, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que le maire de la commune de Beauvais a méconnu les dispositions citées au point précédent en arrêtant ces différentes mesures aux termes de sa décision.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 13 avril 2021 du maire de la commune de Beauvais, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense ni d'ordonner une nouvelle expertise.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Beauvais, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais engagés par elle et non compris dans les dépens.

11. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par la commune de Beauvais sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative de la commune de Beauvais sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Beauvais.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Richard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

J. Richard

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2102068

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