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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2102148

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2102148

mercredi 2 août 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2102148
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 21 juin 2021 et 1er avril 2022, M. A B, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 26 février 2021 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer une carte nationale d'identité et un passeport, ensemble le rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer une carte nationale d'identité dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation, dès lors que les motifs de fait ne sont pas suffisamment précisés ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions des articles 31 et 31-2 du code civil et 4 du décret du 22 octobre 1955, dès lors que, d'une part, il produit un certificat de nationalité française à l'appui de sa demande de carte nationale d'identité, que le préfet du Pas-de-Calais ne pouvait pas remettre en cause et qui ne lui a pas été délivré par erreur et que , d'autre part, elle est fondée sur le défaut d'authenticité de la carte nationale d'identité de la personne l'hébergeant, alors que l'authenticité d'une telle pièce n'est pas une condition de délivrance d'une carte nationale d'identité et, qu'en tout état de cause, la pièce était non pas falsifiée mais périmée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mars 2022.

Par ordonnance du 20 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 janvier 2023, à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 ;

- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,

- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Delort, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a sollicité la délivrance d'une carte nationale d'identité et un passeport biométrique le 6 janvier 2021. Par une décision du 26 février 2021, le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer les titres demandés. M. B a formé un recours gracieux auprès du ministre de l'intérieur le 9 avril 2021. Il demande au tribunal d'annuler la décision du 26 février 2021, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux.

2. En premier lieu, il ressort de la décision attaquée que celle-ci mentionne que le dossier de demande de délivrance des titres demandés contient, d'une part, une carte nationale d'identité de la personne hébergeant l'intéressé falsifiée et, d'autre part, un certificat de nationalité française délivré par erreur. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les motifs de la décision qu'il conteste sont insuffisamment précisés.

3. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article 31 du code civil : " Le directeur des services de greffe judiciaires du tribunal judiciaire a seul qualité pour délivrer un certificat de nationalité française à toute personne justifiant qu'elle a cette nationalité ". Selon l'article 31-2 du même code : " Le certificat de nationalité indique, en se référant aux chapitres II, III, IV et VII du présent titre, la disposition légale en vertu de laquelle l'intéressé a la qualité de Français, ainsi que les documents qui ont permis de l'établir. Il fait foi jusqu'à preuve du contraire. / Pour l'établissement d'un certificat de nationalité, le directeur des services de greffe judiciaires du tribunal judiciaire pourra présumer, à défaut d'autres éléments, que les actes d'état civil dressés à l'étranger et qui sont produits devant lui emportent les effets que la loi française y aurait attachés ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 2 du décret du 25 octobre 1955 : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande. / () Le demandeur justifie de son domicile par tous moyens, notamment par la production d'un titre de propriété, d'un certificat d'imposition ou de non-imposition, d'une quittance de loyer, de gaz, d'électricité ou de téléphone ou d'une attestation d'assurance du logement. / Les personnes qui n'ont pas la possibilité d'apporter la preuve d'un domicile ou d'une résidence doivent fournir une attestation d'élection de domicile dans les conditions fixées à l'article L. 264-2 du code de l'action sociale et des familles ". Selon l'article 4 du même décret : " () Lorsque le demandeur ne peut produire aucune des pièces prévues aux alinéas précédents afin d'établir sa qualité de Français, celle-ci peut être établie par la production d'un certificat de nationalité française ". Enfin, les articles 4 et 5 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports prévoient des dispositions analogues s'agissant des conditions de délivrance de ce titre.

5. Pour l'application de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de carte nationale d'identité ou d'un passeport sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement de la carte nationale d'identité.

6. D'une part, si, à l'appui de ses demandes de carte nationale d'identité et de passeport, M. B a produit un certificat de nationalité qui lui avait été délivré par le tribunal judiciaire de Soissons le 15 décembre 2020, il ressort toutefois des pièces du dossier que ce certificat de nationalité avait été émis par erreur, alors qu'en raison de l'indisponibilité du logiciel spécifiquement prévu à cet effet, les services du greffe n'avaient pas pu constater qu'une première demande de certificat de nationalité présentée par M. B avait fait l'objet d'un refus le 8 février 2019, par le tribunal judiciaire de Besançon.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le requérant a fourni un justificatif de domicile à l'appui duquel la carte nationale d'identité de l'hébergeant a été identifiée par les services instructeurs comme falsifiée. Alors même que cette circonstance ne peut, à elle seule, justifier le refus de délivrance d'une carte nationale d'identité ou de passeport, elle constitue toutefois un des éléments sur lequel le préfet a pu légalement apprécier la demande de l'intéressé. Ainsi, dès lors qu'à l'appui de son dossier, l'intéressé fournissait également un certificat de nationalité dont il résulte de ce qui a été exposé au point précédent qu'il avait été délivré à tort et qu'au surplus, cet élément pouvait, à lui seul établir un doute suffisant sur la nationalité du requérant, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnait les dispositions citées au point 4 du présent jugement.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles qu'il présente sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Pas-de-Calais et à Me Tourbier.

Copie en sera délivrée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2023.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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