vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2102243 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C+ |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | JORION |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 28 juin 2021 et le 15 juillet 2022, la société civile immobilière (SCI) des Lys, représentée par Me Jorion, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2021 par lequel le maire de la commune de Cuisy-en-Almont a refusé, au nom de l'Etat, de lui délivrer le permis d'aménager pour la création d'un lotissement de seize lots à bâtir sur les parcelles cadastrées n° ZC 161 et 162 situées rue de Dessigny et rue de la cité lieu-dit le Hoquereau sur le territoire de cette commune ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Cuisy-en-Almont de lui accorder, au nom de l'Etat, le permis d'aménager sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Cuisy-en-Almont ou de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'avis rendu par l'architecte des Bâtiments de France est irrégulier, dès lors qu'il s'est prononcé sur un dossier incomplet ;
- c'est à tort que le maire de la commune de Cuisy-en-Almont a estimé que le projet ne s'insère pas suffisamment dans l'environnement ;
- cette décision ne peut trouver son fondement légal dans les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, dès lors que l'arrêté ne précise pas quelle atteinte il serait porté à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de la réalisation d'un lotissement à proximité de terres agricoles, et, qu'en tout état de cause, ces dispositions ne sont pas applicables aux zones d'épandage ;
- le projet litigieux ne méconnait pas les dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme ;
- le maire ne pouvait se fonder sur le motif tiré de la méconnaissance de certaines dispositions du schéma de cohérence territoriale du soissonnais dès lors que le projet s'inscrit dans une dent creuse de la commune et qu'il ne grève pas les possibilités d'évolution de cette commune.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2022, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir :
- à titre principal, que la requête est irrecevable dès lors que la SCI des Lys n'a pas saisi le préfet de région d'un recours administratif préalable obligatoire contre l'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France dans les délais et conditions prescrits par l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme ;
- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 15 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 juillet 2022 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du patrimoine ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Parisi, conseillère,
- les conclusions de Mme Beaucourt, rapporteure publique,
- et les observations de Me Pryfer, substituant Me Jorion, représentant la SCI des Lys.
Une note en délibéré a été produite pour la SCI des Lys le 11 avril 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Le 15 décembre 2020, la société civile immobilière (SCI) des Lys a déposé une demande de permis d'aménager en vue de la création d'un lotissement de seize lots à bâtir sur les parcelles cadastrées n° ZC 161 et 162 situées rue de Dessigny et rue de la cité lieu-dit le Hoquereau sur le territoire de la commune de Cuisy-en-Almont. Par un arrêté du 4 mai 2021, dont la SCI des Lys demande l'annulation, le maire de Cuisy-en-Almont a, au nom de l'Etat, refusé de délivrer le permis d'aménager sollicité.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 621-32 du code de l'urbanisme : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords. / Lorsqu'elle porte sur des travaux soumis à formalité au titre du code de l'urbanisme ou au titre du code de l'environnement, l'autorisation prévue au présent article est délivrée dans les conditions et selon les modalités de recours prévues aux articles L. 632-2 et L. 632-2-1 ". Aux termes de l'article L. 425-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque les constructions ou travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-4 sont soumis, en raison de leur emplacement, de leur utilisation ou de leur nature, à un régime d'autorisation ou à des prescriptions prévus par d'autres législations ou réglementations que le code de l'urbanisme, le permis de construire, le permis d'aménager, le permis de démolir ou la décision prise sur la déclaration préalable tient lieu d'autorisation au titre de ces législations ou réglementations, dans les cas prévus par décret en Conseil d'Etat, dès lors que la décision a fait l'objet d'un accord de l'autorité compétente.". Et aux termes de l'article R. 425-1 du même code : " Lorsque le projet est situé dans les abords des monuments historiques, le permis de construire, le permis d'aménager, le permis de démolir ou la décision prise sur la déclaration préalable tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 621-32 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées, ou son avis pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine. ".
3. Enfin, aux termes de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le demandeur peut, en cas d'opposition à une déclaration préalable ou de refus de permis fondé sur un refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, saisir le préfet de région, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, d'un recours contre cette décision dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'opposition ou du refus. (). / Le préfet de région adresse notification de la demande dont il est saisi au maire s'il n'est pas l'autorité compétente, et à l'autorité compétente en matière d'autorisations d'urbanisme. / Le délai à l'issue duquel le préfet de région est réputé avoir confirmé la décision de l'autorité compétente en cas de recours du demandeur est de deux mois à compter de la réception de ce recours. / Si le préfet de région infirme le refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, l'autorité compétente en matière d'autorisations d'urbanisme statue à nouveau dans le délai d'un mois suivant la réception de la décision du préfet de région. ".
4. Quels que soient les moyens sur lesquels son recours est fondé, le pétitionnaire n'est pas recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre la décision de refus de permis de construire portant sur un immeuble situé dans un secteur sauvegardé ou dans le champ de visibilité d'un édifice classé ou inscrit au titre des monuments historiques faisant suite à un avis négatif de l'architecte des Bâtiments de France (ABF) s'il n'a pas, préalablement, saisi le préfet de région, selon la procédure spécifique définie à l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme. Lorsqu'un recours formé contre l'avis défavorable de l'ABF ne comporte pas le dossier complet de la demande de permis de construire, qui est seul de nature à mettre le préfet de région à même de se prononcer sur le recours dont il est saisi, il appartient au préfet d'inviter le pétitionnaire à compléter ce dossier, dans le délai qu'il fixe, et d'en informer l'autorité d'urbanisme compétente pour statuer sur la demande de permis de construire. Le délai au terme duquel le recours est réputé rejeté par le préfet est alors suspendu et ne recommence à courir qu'à compter de la réception des pièces requises, conformément à l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration.
5. D'autre part, l'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, comme c'est le cas de la procédure spécifique définie à l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme, vise à laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Pour autant, dès lors que le recours administratif obligatoire a été adressé à l'administration préalablement au dépôt de la demande contentieuse, la circonstance que cette dernière demande ait été présentée de façon prématurée, avant que l'autorité administrative ait statué sur le recours administratif, ne permet pas au juge administratif de la rejeter comme irrecevable si, à la date à laquelle il statue, est intervenue une décision, expresse ou implicite, se prononçant sur le recours administratif.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux est situé aux abords et en covisibilité d'un édifice classé au titre des monuments historiques et que, pour refuser de délivrer le permis d'aménager litigieux à la société pétitionnaire, le maire de Cuisy-en-Almont s'est fondé sur l'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France rendu le 18 février 2021. Dans ces conditions, ce projet relève bien de l'obligation d'exercer un recours administratif préalable devant le préfet de région prévue par l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme, dont les mentions des voies et délais de recours portées sur l'arrêté litigieux font d'ailleurs état.
7. A ce titre, et alors que l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme prescrit l'envoi d'un tel recours dans les deux mois à compter de la notification du refus de permis, il ressort des pièces du dossier que la SCI des Lys a saisi le préfet de région aux fins de contester l'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France par un courrier du 2 mars 2021, avant que la décision refusant de lui délivrer le permis sollicité ne soit édictée le 4 mai 2021. Il ressort néanmoins des pièces du dossier que, par un courrier du 11 mars 2021, le préfet de région a invité la SCI des Lys, eu égard au caractère incomplet du recours, à lui transmettre, d'une part, le dossier complet de la demande de permis d'aménager, et, d'autre part, la décision refusant de délivrer ledit permis d'aménager, et l'a informée de ce que le délai de deux mois à l'issue duquel il est réputé avoir confirmé la décision de l'autorité compétente ne recommence à courir qu'à compter de la réception des pièces demandées. Il est constant que, en réponse à ce courrier, la SCI des Lys a transmis certaines pièces au préfet de région le 1er avril 2021 mais ne lui a pas communiqué l'arrêté litigieux du 4 mai 2021. Par conséquent, à défaut d'avoir transmis au préfet de région l'ensemble des documents réclamés, et alors que le préfet n'était pas tenu d'adresser à la SCI des Lys une nouvelle demande de communication de pièces, le délai de deux mois au terme duquel le préfet est réputé avoir confirmé l'arrêté litigieux est, à la date du présent jugement, toujours suspendu, de telle sorte qu' aucune décision explicite ou tacite du préfet se prononçant sur le recours administratif obligatoire du 2 mars 2021 n'est intervenue. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation présentées par la SCI des Lys sont irrecevables et la fin de non-recevoir opposée par le préfet de l'Aisne doit être accueillie.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de la SCI des Lys doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI des Lys est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière des Lys et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée à la commune de Cuisy-en-Almont, au préfet de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 9 avril 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme Parisi, conseillère ;
- M. A, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
La rapporteure,
Signé
J. PARISI
Le président,
Signé
C. BINAND
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026