jeudi 8 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2102331 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | HOMEHR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Homehr, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 février 2021 par laquelle le président de la commission de discipline de la maison d'arrêt d'Amiens lui a infligé la sanction du placement en cellule disciplinaire pour une durée de dix jours, ensemble la décision du 12 mai 2021 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre cette décision ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'auteur du compte-rendu d'incident n'est pas identifié en méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'engagement des poursuites disciplinaires ; en tout état de cause, si une délégation existe, l'absence de sa publication et de son affichage au sein de la maison d'arrêt d'Amiens la rend inopposable aux détenus ;
- la matérialité des faits reprochés n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 3 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 février 2023.
Par décision du 25 août 2021, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pellerin, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, incarcéré à la maison d'arrêt d'Amiens, a fait l'objet d'une procédure disciplinaire à l'issue de laquelle le président de la commission de discipline a prononcé à son encontre, le 25 février 2021, la sanction du placement en cellule disciplinaire pour une durée de dix jours. Le 11 mars 2021, l'intéressé a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette sanction. Par une décision du 12 mai 2021, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a confirmé expressément cette sanction. M. B demande l'annulation de la décision de sanction du 25 février 2021, ensemble la décision du 12 mai 2021 portant rejet explicite de son recours administratif préalable obligatoire.
Sur les conclusions dirigées contre la décision du 25 février 2021 :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet ".
3. D'autre part, lorsqu'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge de l'excès de pouvoir qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable, le juge de l'excès de pouvoir doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.
4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a saisi la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille d'un recours contre la décision de sanction dont il a fait l'objet, comme il en avait l'obligation en vertu des dispositions précitées de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale. Par une décision du 12 mai 2021, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille a rejeté le recours administratif préalable obligatoire présenté par M. B. Il suit de là que les conclusions présentées par le requérant et tendant à l'annulation de la décision initiale du 25 février 2021 doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision du 12 mai 2021 portant rejet de son recours administratif préalable obligatoire, qui s'y est substituée.
Sur les conclusions dirigées contre la décision du 12 mai 2021 :
En ce qui concerne la légalité externe :
5. Comme il est dit au point 4, une personne détenue n'est recevable à déférer au juge administratif que la seule décision, expresse ou implicite, du directeur interrégional des services pénitentiaires, qui arrête définitivement la position de l'administration et qui se substitue ainsi à la sanction initiale prononcée par le chef d'établissement. Eu égard toutefois aux caractéristiques de la procédure suivie devant la commission de discipline, cette substitution ne saurait faire obstacle à ce que soient invoquées, à l'appui d'un recours dirigé contre la décision du directeur interrégional, les éventuelles irrégularités de la procédure suivie devant la commission de discipline préalablement à la décision initiale.
6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale alors en vigueur : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. () ". Aux termes de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute personne a le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne ; ces éléments figurent sur les correspondances qui lui sont adressées. Si des motifs intéressant la sécurité publique ou la sécurité des personnes le justifient, l'anonymat de l'agent est respecté ".
7. L'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui garantit à toute personne, dans ses relations avec une autorité administrative, le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne, est applicable à toutes les procédures dans le cadre desquelles un agent est chargé du traitement d'une affaire, y compris les procédures disciplinaires. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision prise, au terme de la procédure, par l'autorité administrative compétente. Par suite, le moyen tiré de ce que le compte-rendu d'incident concernant M. B ne comporte pas le nom de son rédacteur doit être écarté comme inopérant.
8. En second lieu, aux termes de l'article R. 57-7-5 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Pour l'exercice de ses compétences en matière disciplinaire, le chef d'établissement peut déléguer sa signature à son adjoint, à un directeur des services pénitentiaires ou à un membre du corps de commandement du personnel de surveillance placé sous son autorité. () ". L'article R. 57-7-15 de ce code dispose que : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure. () ".
9. Eu égard à l'objet d'une délégation de signature accordée par le chef d'établissement au directeur adjoint d'un centre pénitentiaire, une telle publication au recueil des actes administratifs de la préfecture, mis en ligne sur le site internet de cette dernière, permet de donner une date certaine à la décision de délégation prise par le chef d'établissement et constitue une mesure de publicité adéquate.
10. Il ressort des pièces du dossier que la décision d'engagement des poursuites du 1er février 2021, prise sur rapport d'enquête, a été signée par Mme C D, adjointe au chef de détention. Mme D, qui a le grade de lieutenant, a reçu délégation du chef d'établissement de la maison d'arrêt d'Amiens aux fins de signer toutes les décisions administratives individuelles visées dans un tableau annexé à cette décision, parmi lesquelles figurent notamment les décisions d'engager des poursuites disciplinaires à l'encontre des personnes détenues, par une décision du 21 octobre 2020 publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Somme du 23 octobre suivant. En outre, la délégation de signature accordée par le chef d'établissement de la maison d'arrêt d'Amiens à Mme D en sa qualité d'adjointe au chef de détention portant notamment sur les décisions d'engager des poursuites disciplinaires à l'encontre des personnes détenues citée au point précédent a été mise en ligne sur le site internet de la préfecture de la Somme. Par suite, cette délégation a bénéficié d'une mesure de publicité adéquate. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision d'engagement des poursuites du 1er février 2021 doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
11. Aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () 10° D'introduire ou tenter d'introduire au sein de l'établissement tous objets, données stockées sur un support quelconque ou substances de nature à compromettre la sécurité des personnes ou de l'établissement, de les détenir ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service ; () ". Aux termes de l'article R. 57-7-4 du même code alors en vigueur : " Les faits énumérés par les articles R. 57-7-1 à R. 57-7-3 constituent des fautes disciplinaires ".
12.. La possession d'un téléphone portable par un détenu, compte tenu de l'usage qui peut en être fait, notamment pour s'affranchir des règles particulières applicables, en vertu de l'article 727-1 du code de procédure pénale, aux communications téléphoniques des détenus et pour faire échec aux mesures de sécurité prises dans l'établissement pénitentiaire, doit être regardée comme la détention d'un objet dangereux et constitue ainsi une faute disciplinaire du premier degré.
13. Pour confirmer la sanction du placement en cellule disciplinaire pour une durée de dix jours infligée à M. B, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Lille, dans sa décision du 12 mai 2021, a retenu que lors d'une fouille de la cellule de M. B, le 6 janvier 2021, un téléphone portable contenant une carte SIM, a été trouvé dans un sac de linge appartenant à l'intéressé. M. B conteste être propriétaire et détenteur de ce téléphone portable et indique que la procédure de réalisation des paquetages ne permet pas de vérifier le contenu de ces derniers avant leur transfert dans une autre cellule, faute d'être confectionné en présence du détenu et d'être fouillé par l'administration. Toutefois, il ressort de la décision de la commission de discipline du 25 février 2021, sans que cela ne soit contesté par M. B, que ce dernier avait fait l'objet d'une mesure de changement de cellule neuf jours avant les faits reprochés, ce qui lui laissait le temps de vérifier par ses soins le contenu de son paquetage. Ainsi, l'intéressé doit être regardé le détenteur du téléphone portable précité qui constitue un objet dangereux, et les faits reprochés sont constitutifs d'une faute disciplinaire du premier degré. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Homehr et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
Mme Pellerin, première conseillère,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.
La rapporteure,
Signé
C. Pellerin
La présidente,
Signé
C. Galle La greffière,
Signé
Z. Aguentil
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026