jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2102368 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SAGLAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 juillet 2021 et 6 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Saglam, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 5 mai 2021 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre la délibération de la commission locale d'agrément et de contrôle Nord qui a refusé de lui délivrer une carte professionnelle en qualité d'agent privé de sécurité ;
2°) d'enjoindre au CNAPS, à titre principal, de lui délivrer une carte professionnelle ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande en vue de la délivrance d'une carte professionnelle, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la délibération attaquée a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas justifié que l'agent ayant consulté le fichier de traitement des antécédents judiciaires était spécialement habilité à cet effet ni que cette habilitation a été publiée au recueil des actes administratifs ;
- il n'est pas justifié que le CNAPS a préalablement saisi le procureur de la République d'une demande d'informations sur les suites judiciaires en application des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;
- les faits de violences du 4 septembre 2019 ne sont pas établis et ne pouvaient légalement fonder la décision attaquée dès lors que la procédure pénale est toujours en cours et qu'ils ont été commis en état de légitime défense, et les faits relatifs à la détention de stupéfiants ayant été commis alors qu'elle était mineure, sous la contrainte physique de plusieurs personnes majeures, ils ne pouvaient davantage être retenus pour lui refuser la délivrance d'une carte de professionnelle ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2022, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 7 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 novembre 2022.
Le 24 mars 2023, le CNAPS a produit, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, des pièces complémentaires, qui ont été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Galle, présidente-rapporteure,
- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 17 octobre 2020, Mme A a sollicité la délivrance d'une carte professionnelle en qualité d'agent privé de sécurité. Par une décision du 24 décembre 2020, la commission locale d'agrément et de contrôle Nord a refusé de faire droit à sa demande. Par courrier reçu le 24 février 2021, Mme A a alors formé un recours administratif préalable obligatoire auprès de la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS). Par une délibération du 5 mai 2021, dont Mme A demande l'annulation, la CNAC a expressément rejeté son recours et a refusé de lui délivrer une carte professionnelle.
2. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction en vigueur à la date de la délibération en litige : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées () ". Aux termes de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues () aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure (), les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : / () / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. ".
3. En premier lieu, dès lors que les dispositions citées ci-dessus du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure prévoient la possibilité que certains traitements automatisés de données à caractère personnel soient consultés au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, préalablement à la délivrance ou au renouvellement d'une carte professionnelle nécessaire à l'exercice d'une activité de sécurité privée, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été, en application de ces mêmes dispositions, individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin par le représentant de l'Etat territorialement compétent, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité la décision prise sur la demande de délivrance ou de renouvellement de la carte professionnelle.
4. Pour rejeter le recours préalable obligatoire de Mme A et lui refuser la délivrance de sa carte professionnelle, la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS s'est fondée sur les dispositions du 2° de l'article L. 612-20 du code de sécurité intérieure et l'existence de mentions dans un traitement de données à caractère personnel mentionnée à cet article relatives à des faits commis par Mme A en septembre 2019. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que le moyen tiré de ce que les agents ayant consulté ce traitement de données n'étaient pas régulièrement habilités et de ce que ces habilitations n'ont pas été publiées, est, par suite, sans incidence sur la régularité de la procédure préalable à la décision attaquée. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que les informations relatives aux antécédents judiciaires de l'intéressée contenues dans le TAJ ont été consultées le 4 mars 2021 par un agent du siège du CNAPS portant la matricule n° 750032C, qui avait été habilité individuellement, aux termes de l'arrêté du préfet de police de Paris du 27 juillet 2020, à accéder " aux données à caractère personnel et informations enregistrées dans les traitements autorisés " au niveau du TAJ en vue de l'instruction des demandes d'autorisations et d'agréments pour l'exercice d'une activité privée de sécurité. Par suite, le moyen tiré de ce que la délibération attaquée a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.
5. En deuxième lieu, Mme A soutient que la délibération attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale dès lors qu'aucune demande d'information n'a été adressée au procureur de la République sur les suites judiciaires des procédures la concernant mentionnées dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que lors de l'instruction de la demande de la requérante par la CLAC Nord, un complément d'enquête de moralité a été établi par les services de police à Lille le 26 octobre 2020 et une " fiche-navette à destination de l'autorité administrative " a été adressée au parquet le 21 octobre 2020. En l'absence de tout changement dans les circonstances de fait retenues par la CNAC entre la date de la décision de la commission locale et la date de la délibération de la commission nationale, la CNAC n'était pas tenue, à la suite de la consultation du TAJ le 4 mars 2021, de saisir à nouveau le procureur de la République aux fins de demande d'information sur les suites judiciaires. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale doit être écarté.
6. En troisième lieu, pour rejeter, sur le fondement du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure cité au point 2, la demande de Mme A tendant à la délivrance de la carte professionnelle permettant d'exercer une activité de sécurité privée, la CNAC du CNAPS s'est fondée sur la circonstance que l'intéressée avait été mise en cause, en qualité d'auteur, d'une part pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants commis le 19 septembre 2019, et d'autre part, pour des faits de violence dans un établissement d'enseignement ou d'éducation ou aux abords à l'occasion de l'entrée ou la sortie des élèves suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours commis le 4 septembre 2019.
7. D'une part, les faits de violence ayant entrainé l'incapacité n'excédant pas huit jours tels que décrits dans l'extrait du fichier du traitement des antécédents judiciaires et dans la propre main courante déposée par Mme A en date du 4 septembre 2019, même en l'absence de condamnation pénale, sont suffisamment établis. Si Mme A soutient qu'elle était en situation de légitime défense, il ressort au contraire des termes mêmes de sa main courante qu'en réponse à des insultes et à la tentative de coup, elle a réussi à esquiver, elle " a mis une claque, lui a attrapé les cheveux et l'a mis à terre ". La circonstance que ces faits n'auraient pas donné lieu à une condamnation pénale définitive est sans incidence sur leur matérialité.
8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'enquête de moralité en date du 26 octobre 2020 que Mme A a bénéficié d'un classement sans suite s'agissant des faits de détention non autorisée de stupéfiants commis le 19 septembre 2019 et qu'elle a fait l'objet d'un rappel à la loi pour ces faits. Si la requérante soutient n'avoir pas saisi les conséquences d'une telle procédure alternative aux poursuites, et avoir agi sous la contrainte physique de plusieurs personnes majeures, Mme A n'apporte aucune pièce au soutien de ces allégations.
9. L'ensemble des faits reprochés, qui sont récents à la date de la demande de carte professionnelle, sont de nature à remettre en cause la capacité de Mme A à conserver son sang-froid en toutes circonstances et, ainsi que l'a relevé le CNAPS dans sa délibération du 5 mai 2021, à intervenir avec le calme requis dans les situations parfois tendues et conflictuelles auxquelles un agent de sécurité est susceptible d'être confronté. Par suite, la CNAC a légalement pu estimer que son comportement ou ses agissements étaient de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, et qu'ils étaient incompatibles avec l'exercice des fonctions d'agent de sécurité privée en application du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure. Le moyen de l'erreur d'appréciation doit donc être écarté.
10. Enfin, si Mme A soutient qu'elle justifie d'une excellente évaluation générale et professionnelle dans l'entreprise où elle a réalisé son apprentissage, dans le cadre de son certificat d'aptitude professionnelle d'agent de sécurité qu'elle a réussi avec succès, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au conseil national des activités privées de sécurité.
Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente-rapporteure,
Mme Pellerin, première conseillère,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.
La présidente-rapporteure
signé
C. Galle
L'assesseure la plus ancienne,
signé
C. PellerinLe greffier,
signé
J-F Langlois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2102368
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026