jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2102453 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP VIGNON ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistré le 13 juillet 2021, Mme B A, représentée par
Me Vignon, demande au tribunal :
1°) de condamner l'établissement public d'enseignement secondaire Condorcet de Saint-Quentin et l'Etat à lui verser la somme de 11 377, 12 euros au titre de l'indemnisation des préjudices subis à raison de son licenciement ;
2°) de mettre à la charge de cet établissement et de l'Etat les entiers dépens.
Elle soutient que :
- la décision de licenciement pour motif disciplinaire est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle ne lui a pas été notifiée ;
- elle n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle méconnait sa liberté de se vêtir et que le bandeau qu'elle portait n'était pas un signe religieux et n'était pas incompatible avec l'exercice de ses fonctions ;
- elle a été prise en méconnaissance du principe d'égalité de traitement des agents publics ;
- la décision révèle un détournement de pouvoir, dès lorsqu'elle avait pour objectif de connaître ses convictions personnelles ;
- l'illégalité de la décision de licenciement lui cause un préjudice s'élevant à
11 377, 12 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2022, l'établissement public d'enseignement secondaire Condorcet conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme d'un euro soit mise à la charge de Mme A, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du
1er juillet 2020.
La clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 12 mai 2022, par ordonnance du même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n°86-83 du 17 janvier 1986 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été recrutée le 2 septembre 2019 par l'établissement public d'enseignement secondaire Condorcet de Saint-Quentin en qualité d'assistante d'éducation, en vertu d'un contrat à durée déterminée d'un an. En raison de son refus de retirer le turban qui couvrait ses cheveux, elle a fait l'objet d'une procédure disciplinaire à l'issue de laquelle elle a été licenciée le 6 mars 2020. Par un courrier adressé à l'établissement le 23 avril 2021, Mme A a demandé l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de la rupture de son contrat de travail. Elle demande au tribunal de condamner l'établissement à lui verser la somme de 11 377, 12 euros au titre desdits préjudices.
Sur la responsabilité du lycée :
2. En premier lieu, si Mme A se prévaut ce qu'elle n'aurait pas reçu la lettre prononçant son licenciement et n'aurait eu connaissance de cette décision que par la réception du solde de tout compte, ces circonstances n'ont aucune incidence sur la légalité de ce licenciement, ni, par suite, sur son caractère fautif, alors que la requérante ne se prévaut par ailleurs d'aucun préjudice causé en lui-même par ces éventuels manquements. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que la décision du 5 mars 2020 licenciant l'intéressée lui a été envoyée le même jour par lettre recommandée avec accusé de réception, à l'adresse déclarée par cette dernière.
3. En deuxième lieu, la décision de licenciement vise les textes législatifs et réglementaires dont elle fait application, ainsi que les faits à raison desquels la décision de licenciement pour faute grave a été prise. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision, qui comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, serait insuffisamment motivée.
4. En troisième lieu, il résulte des textes constitutionnels et législatifs que le principe de liberté de conscience ainsi que celui de la laïcité de l'Etat et de neutralité des services publics s'appliquent à l'ensemble de ceux-ci. Si les agents du service de l'enseignement public bénéficient comme tous les autres agents publics de la liberté de conscience qui interdit toute discrimination dans l'accès aux fonctions comme dans le déroulement de la carrière qui serait fondée sur la religion, le principe de laïcité fait obstacle à ce qu'ils disposent, dans le cadre du service public, du droit de manifester leurs croyances religieuses. Il n'y a pas lieu d'établir une distinction entre les agents selon ou non qu'ils sont chargés de fonctions d'enseignement. Par suite, le fait pour un agent du service de l'enseignement public de manifester dans l'exercice de ses fonctions ses croyances religieuses, notamment en portant un signe destiné à marquer son appartenance à une religion, constitue un manquement à ses obligations.
5. Il est constant que, lorsqu'elle exerçait ses fonctions, Mme A portait de manière régulière un turban couvrant entièrement ses cheveux. A l'issue d'un premier entretien, auquel elle a été convoquée par le proviseur du lycée le 6 décembre 2019, elle a refusé de retirer ce vêtement. Reçue ensuite le 16 décembre 2019 par le proviseur adjoint, en présence de deux personnes qu'elle avait désignées à cet effet, Mme A, à qui il a été rappelé l'obligation de respecter le principe de neutralité, a de nouveau refusé de retirer son turban. Enfin, le 17 décembre 2019, alors qu'il lui avait été demandé, à l'issue de l'entretien de la veille, de faire connaitre le lendemain le sens de sa décision, elle a indiqué au proviseur adjoint maintenir son refus d'enlever le turban couvrant ses cheveux. Si l'intéressée, qui ne remet pas en question la matérialité de ces faits, soutient que le port de ce vêtement n'était pas incompatible avec l'exercice de ses fonctions, elle n'en conteste toutefois pas sérieusement le caractère religieux. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision de licenciement à raison de ces faits méconnaitrait les principes rappelés au point précédent du présent jugement.
6. En quatrième lieu, la circonstance, à la supposer établie, que d'autres agents auraient porté un bandeau similaire au sein de l'établissement sans que cela ne leur soit reproché, n'a pas d'incidence sur la légalité de la décision contestée.
7. En dernier lieu, à supposer que Mme A ait entendu soutenir que la décision résultait d'un détournement de pouvoir, ce qui n'est au demeurant pas établi, une telle circonstance serait sans incidence sur le manquement constitué à l'obligation de neutralité à laquelle elle était tenue dans le cadre de ses fonctions, qui justifie à lui seul l'intervention de la décision contestée.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme A, qui ne démontre pas l'illégalité de la décision la licenciant, n'est pas fondée à rechercher la responsabilité du lycée Condorcet et que ses conclusions à fin d'indemnisation doivent être rejetées.
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du lycée Condorcet, ou à la charge de l'Etat, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par le lycée Condorcet au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du lycée Condorcet de Saint-Quentin présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et au lycée Condorcet de Saint-Quentin.
Délibéré après l'audience du 21 juin 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère
- M. Richard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
La rapporteure,
signé
A. Rondepierre
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026