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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2102490

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2102490

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2102490
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantHOMEHR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, et un mémoire complémentaire, enregistrés le 19 juillet 2021 et le

11 juillet 2023, Mme C B, représentée par Me Homehr, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 19 mai 2021 par laquelle le recteur de l'académie d'Amiens a décidé de ne pas renouveler son contrat de travail et de ne plus faire appel à ses services pour des missions de remplacement ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie d'Amiens de la réintégrer en qualité de conseillère principale d'éducation, de reconstituer sa carrière et de l'indemniser des préjudices subis ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée, qui est un licenciement, a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que l'entretien préalable prévu par l'article 47 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 n'a pas été mené et qu'elle n'a pas pu présenter de demande de reclassement ;

- elle est intervenue en méconnaissance de l'article 1-2 du décret n° 86-83, dès lors que la commission consultative partiaire n'a pas été consultée ;

- elle est entachée d'erreurs de fait et de droit, dès lors que la matérialité des plusieurs faits qui lui sont reprochés n'est pas établie et qu'en conséquence, la décision est disproportionnée ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que l'évaluation sur laquelle elle est fondée, qui porte sur une période courte et comporte peu de faits, ne permet pas de qualifier une insuffisance professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2023, le recteur de l'académie d'Amiens conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

3 mai 2023.

Par ordonnance du 13 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 6 novembre 2023, à 12 heures.

Mme B a produit, le 15 décembre 2023, un mémoire complémentaire, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'éducation ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,

- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Porcher, substituant Me Homehr, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B a été employée par le rectorat d'Amiens à compter du 29 mai 2012 sous couvert de plusieurs contrats de travail à durée déterminée, afin d'assurer des remplacements sur les fonctions de conseillère principale d'éducation, au sein de différents établissements de l'académie. Par une lettre du 19 mai 2021, le recteur a décidé de ne pas renouveler son contrat et de ne pas conclure avec elle de nouveaux contrats de travail. Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision, d'enjoindre au recteur de la réintégrer en qualité de conseillère principale d'éducation et de l'indemniser des préjudices subis à raison de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 222-19-2 du code de l'éducation : " " Sous l'autorité du recteur d'académie, le secrétaire général d'académie est chargé de l'administration de l'académie. Il supplée le recteur d'académie en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci () ". Aux termes de l'article D. 222-20 du même code : " " Le recteur d'académie est autorisé à déléguer sa signature au secrétaire général de l'académie, à l'adjoint au secrétaire général d'académie et aux chefs de division du rectorat, dans la limite de leurs attributions. Pour le recrutement et la gestion des personnels relevant des ministres chargés de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, de la jeunesse, de la vie associative, de l'engagement civique et des sports, le secrétaire général de l'académie est autorisé à donner délégation aux agents placés sous son autorité, pour signer tous actes relatifs aux affaires pour lesquelles il a lui-même reçu délégation () ".

3. Par un arrêté du 5 février 2020, la rectrice de l'académie d'Amiens a délégué à

Mme A sa signature pour tous les actes, décisions, arrêtés, marchés, conventions, contrats, circulaires, propositions et correspondances entrant dans le cadre des compétences attribuées au recteur de l'académie d'Amiens. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 bis de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, alors applicable : " Les contrats conclus en application du 2° de l'article 3 et des articles 4 et 6 peuvent l'être pour une durée indéterminée. / Lorsque ces contrats sont conclus pour une durée déterminée, cette durée est au maximum de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par reconduction expresse, dans la limite d'une durée maximale de six ans. / Tout contrat conclu ou renouvelé en application du 2° de l'article 3 et des articles 4 et 6 avec un agent qui justifie d'une durée de services publics de six ans dans des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique est conclu, par une décision expresse, pour une durée indéterminée. / La durée de six ans mentionnée au troisième alinéa du présent article est comptabilisée au titre de l'ensemble des services effectués dans des emplois occupés en application du 2° de l'article 3 et des articles 4, 6, 6 quater, 6 quinquies et 6 sexies. Elle doit avoir été accomplie dans sa totalité auprès du même département ministériel, de la même autorité publique ou du même établissement public. Pour l'appréciation de cette durée, les services accomplis à temps incomplet et à temps partiel sont assimilés à du temps complet. / Les services accomplis de manière discontinue sont pris en compte, sous réserve que la durée des interruptions entre deux contrats n'excède pas quatre mois () ".

5. Il ressort des pièces du dossier qu'en vertu de différents contrats de travail, le rectorat d'Amiens a recruté Mme B, tout d'abord, entre le 29 mai 2012 et le 31 août 2018, pour une durée cumulée de service de cinq ans, trois mois et onze jours, puis, de nouveau, entre le 6 janvier 2019 et le 20 février 2021, pour une durée cumulée d'un an, un mois et quatorze jours. Compte tenu de l'interruption de plus de quatre mois survenue entre ces deux périodes, Mme B, qui ne justifie pas d'une durée cumulée d'emploi de six ans lors du dernier renouvellement de son contrat à durée déterminée, ne pouvait en tout état de cause prétendre au bénéfice d'un contrat à durée indéterminée. Au demeurant, cette circonstance ne serait pas de nature à faire regarder ce dernier renouvellement comme conclu pour une telle durée en l'absence de décision expresse en ce sens. En conséquence la décision qu'elle conteste ne constitue pas un licenciement et les moyens tirés du défaut de respect de la procédure applicable à cette mesure sont inopérants.

6. En troisième lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service.

7. Il ressort des pièces du dossier que le refus de renouvellement opposé à Mme

B repose tout d'abord sur sa manière de servir lors des derniers mois du poste de conseillère principale d'éducation qu'elle a occupé au sein du collège Jules Vallès de Saint-Leu-d'Esserent, faute d'avoir, notamment, informé le principal de cet établissement de l'agression sexuelle d'une élève par un autre élève. Si Mme B soutient avoir été empêchée de faire état de cet évènement au principal de vive voix, elle ne démontre pas avoir tenté de l'informer par d'autres moyens. La décision attaquée relève, par ailleurs, sans que Mme B ne le conteste sérieusement, un comportement inadapté de l'intéressée envers certains parents d'élèves faisant l'objet de sanctions. Enfin, elle ne conteste pas davantage plusieurs dysfonctionnements dans la surveillance des élèves du collège, alors qu'elle assumait, en lien avec une collègue, l'encadrement des membres de l'équipe de surveillants de l'établissement. Dans ces conditions, alors même qu'il n'appartenait pas à l'administration de préciser qu'elle ne ferait plus appel aux services de Mme B, la décision litigieuse, qui ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, n'est pas intervenue pour un motif étranger à l'intérêt du service.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B à fin d'annulation de la décision du 19 mai 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions indemnitaires, celles qu'elle a présentées à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au recteur de l'académie d'Amiens.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Wavelet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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