jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2102503 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 20 juillet 2021 et 24 mars 2022, M. C D, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 mai 2021, par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport à l'enfant David D A B ;
2°) d'enjoindre préfet du Pas-de-Calais de délivrer à l'enfant David D A B une carte nationale d'identité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation, dès lors qu'elle repose sur des faits erronés ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle se fonde sur des éléments sans lien avec la nationalité de l'enfant et que le préfet se borne à faire état de l'existence d'une suspicion de reconnaissance de complaisance sans l'établir ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2022, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est irrecevable, en raison de sa tardiveté.
M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du
25 août 2021.
La clôture de l'instruction a été fixée au 12 mai 2022, par ordonnance du même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le
26 janvier 1990 ;
- le code civil ;
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 ;
- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, ressortissant français, a déposé, le 8 décembre 2020, une demande de carte nationale d'identité et de passeport au nom de l'enfant David D A B, né le 21 septembre 2020 de Mme E A B et qu'il a reconnu le 2 mars 2020. Par une décision du 7 mai 2021, dont il demande l'annulation, le préfet du Pas-de-Calais a refusé de délivrer ces deux titres.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Pas-de-Calais :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". D'autre part, selon l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du
10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " Sans préjudice de l'application de l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée et du II de l'article 44 du présent décret, lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : ()/ 4° Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné. () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse a été notifiée à l'intéressé le 10 mai 2021. M. D a présenté une demande d'aide juridictionnelle, enregistrée le 22 juin 2021 par le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire d'Amiens, ce qui a interrompu le délai de recours contentieux. La décision lui accordant l'aide juridictionnelle totale est intervenue le 25 août 2021. Par suite, la requête enregistrée le 20 juillet 2021, bien qu'introduite plus de deux mois après la notification de la décision contestée, n'est pas tardive, de sorte que la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Pas-de-Calais doit être écartée.
Sur la légalité de la décision du 7 mai 2021 :
4. Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français ". Par ailleurs, selon l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande ". L'article 4 du même décret dispose que la preuve de la nationalité française du demandeur peut notamment être établie à partir de l'extrait d'acte de naissance qu'il fournit à l'appui de sa demande. Des dispositions analogues résultent, pour la délivrance de passeport, des articles 4 et 5 du décret du 30 décembre 2005.
5. Pour l'application de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de carte nationale d'identité ou de passeport sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement de passeport.
6. M. D a, le 2 mars 2020, reconnu l'enfant issu de sa relation avec Mme E A B, né le 21 septembre 2020. S'il est constant que l'intéressé vit avec sa femme et leurs enfants et n'a ainsi pas de vie commune avec Mme A B et que, par ailleurs, cette dernière ne justifie pas d'un droit au séjour régulier en France, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé établit des versements réguliers de sommes d'argent à la mère de l'enfant, ainsi que de l'achat de produits d'hygiène pour ce dernier, et ce depuis les premiers mois ayant suivi la naissance de l'enfant. Dans ces conditions, le préfet, qui a retenu l'absence de participation aux frais d'entretien de l'enfant David D A B, s'est en tout état de cause fondé sur une erreur de fait sur un des éléments déterminants du faisceau d'indices en vertu duquel il a considéré qu'existait un doute suffisant concernant l'identité ou la nationalité de cet enfant. Dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait pris la même décision en écartant ce motif, alors qu'il n'est notamment pas fait état d'incohérences des entretiens administratifs menés auprès de M. D et de Mme A B, cette circonstance est de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du préfet du Pas-de-Calais du 7 mai 2021 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. L'exécution du présent jugement implique que le préfet procède au réexamen de la demande de M. D de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport à l'enfant David D A B. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
9. M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pereira, avocat de M. D, d'une somme de 1 000 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet du Pas-de-Calais du 7 mai 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de procéder au réexamen de la demande de M. D de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport au nom de l'enfant David D A B, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Pereira, avocat de M. D, une somme de
1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du
10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au préfet du Pas-de-Calais et à Me Pereira.
Délibéré après l'audience du 21 juin 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère
- M. Richard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
La rapporteure,
signé
A. Rondepierre
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026