mardi 19 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2102580 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP HAMEAU - GUERARD - BONTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2021, M. C D et M. A D, représentés par Me Hubert, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 26 mai 2023 par lequel le conseil municipal d'Hermes a institué un droit de préemption urbain sur certaines parties des zones U de son plan local d'urbanisme, qu'il a délimitées et a donné délégation au maire de la commune pour l'exercice de ce droit ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Hermes la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- la délibération attaquée n'a pas acquis caractère exécutoire, faute pour la commune d'Hermes de justifier de l'accomplissement des formalités de publicité prescrites par les dispositions de l'article R. 211-2 du code de l'urbanisme ;
- elle n'a été prise que dans le seul but " de contourner la loi " suite au retrait pour insuffisance de motivation de la délibération du 11 décembre 2019 instituant un droit de préemption urbain renforcé sur le territoire communal ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que rien ne justifie l'inclusion de leurs propriétés dans le périmètre du droit de préemption urbain ;
- cette délibération est illégale du fait de l'illégalité dont le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune d'Hermes est entaché dès lors que l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n° 2 prévoyant l'aménagement en secteur UBr de la zone UB d'un projet de construction de logements dans la friche " Bokkelandt ", à proximité immédiate du corps de ferme qu'ils exploitent, est incompatible avec l'objectif de développement des exploitations agricoles prévu par le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), en méconnaissance de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme, que cette OAP porte atteinte au développement de l'exploitation agricole familiale puisqu'elle ne prend pas en compte la présence de l'élevage à proximité en méconnaissance de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime et que, enfin, elle porte atteinte au fonctionnement de l'exploitation agricole familiale en raison de l'insuffisance des places de stationnement prévue par le projet d'aménagement ;
- elle est entachée de détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2023, la commune d'Hermes, représentée par Me Lepretre, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par MM. D ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 4 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 mai 2022 à 12h00.
Un mémoire présenté pour MM. D a été enregistré le 9 août 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beaucourt, conseillère,
- et les conclusions de M. Lapaquette, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération n° 2021-035 du 26 mai 2021, le conseil municipal d'Hermes a institué un droit de préemption urbain sur certaines parties des zones U de son plan local d'urbanisme, qu'il a délimitées et a donné délégation au maire de la commune pour l'exercice de ce droit en application de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales. Par leur requête, M. C D et M. A D demandent l'annulation de cette délibération.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'article R. 211-2 du code de l'urbanisme dispose que : " La délibération par laquelle le conseil municipal () décide, en application de l'article L. 211-1, d'instituer ou de supprimer le droit de préemption urbain ou d'en modifier le champ d'application est affichée en mairie pendant un mois. Mention en est insérée dans deux journaux diffusés dans le département. / Les effets juridiques attachés à la délibération mentionnée au premier alinéa ont pour point de départ l'exécution de l'ensemble des formalités de publicité mentionnées audit alinéa. Pour l'application du présent alinéa, la date à prendre en considération pour l'affichage en mairie est celle du premier jour où il est effectué ".
3. Les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la circonstance que la commune d'Hermes n'a pas satisfait aux obligations de publicité exigées par les dispositions citées au point précédent dès lors que l'absence d'accomplissement de telles formalités, qui conditionne le caractère exécutoire la délibération attaquée, est sans influence sur sa légalité laquelle s'apprécie à la date de son édiction. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier, et notamment du certificat établi par le maire d'Hermes, que la délibération attaquée a fait l'objet d'un affichage continu à la porte de la mairie ainsi que de mentions dans deux journaux " Le Grand Parisien " et " Le Courrier Picard " diffusés dans le département respectivement les 4 et 8 juin 2021. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'urbanisme, dans sa version en vigueur à la date de la délibération attaquée : " Les communes dotées d'un plan d'occupation des sols rendu public ou d'un plan local d'urbanisme approuvé peuvent, par délibération, instituer un droit de préemption urbain sur tout ou partie des zones urbaines et des zones d'urbanisation future délimitées par ce plan () ".
5. Ni les dispositions du code des relations entre le public et l'administration ni aucune autre disposition législative ou réglementaire n'imposent aux communes dotées d'un plan local d'urbanisme approuvé de motiver l'acte, qui n'a pas le caractère d'un acte individuel, par lequel elles instituent sur leur territoire le droit de préemption urbain en application de l'article L. 211-1 du code de l'urbanisme, en dehors du cas prévu à l'article L. 211-4 de ce code.
6. Il est constant que le conseil municipal d'Hermes a souhaité instituer un droit de préemption urbain renforcé sur son territoire, par une délibération du 11 décembre 2019, laquelle, faisant l'objet d'un recours contentieux au motif, notamment, de son insuffisante motivation, a ensuite été retirée par une délibération du 26 mai 2021. L'organe délibérant souhaitant néanmoins, ainsi qu'il résulte du contenu de la délibération attaquée, " maîtriser l'urbanisation de son territoire et () suivre l'évolution de la pression foncière ", a décidé, le même jour que ce retrait et à l'unanimité, d'instaurer un droit de préemption " simple " sur certaines parties des zones U, de son plan local d'urbanisme, qu'il a ainsi délimitées, dans l'attente, aux termes du compte-rendu de la séance du 26 mai 2021, de l'examen de " la possibilité de prendre une délibération supplémentaire pour renforcer le [droit de préemption urbain] en minimisant le risque juridique en répondant à l'exigence de motivation " tout en précisant que le droit de préemption urbain " simple " ne s'appliquait pas aux aliénations et cessions mentionnées à l'article L. 211-4 du code de l'urbanisme. Ce faisant, le conseil municipal a pu, ainsi que le lui permettent les dispositions de l'article L. 211-1 du code de l'urbanisme, instituer ce droit de préemption sur une partie du territoire d'Hermes. Par suite, le moyen tiré " du contournement de la loi " doit être écarté.
7. En troisième lieu, en se bornant à affirmer que la délibération attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au motif " [qu']aucune raison ne justifie l'inclusion de [leurs] propriétés () dans le périmètre du [droit de] préemption urbain ", les requérants, qui n'apportent aucun élément, ni davantage de précision au soutien de leur moyen, ne mettent pas en mesure le tribunal d'apprécier le bien-fondé d'une telle assertion.
8. En quatrième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un plan local d'urbanisme, une telle exception, réserve faite des vices de forme ou de procédure auxquels est applicable le premier alinéa de l'article L. 600-1 du code de l'urbanisme, peut être formée à toute époque, même après l'expiration du délai du recours contentieux contre cet acte.
9. Premièrement, aux termes de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports, les déplacements et, en zone de montagne, sur les unités touristiques nouvelles () ".
10. Pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme (PLU) entre une orientation d'aménagement et de programmation (OAP) et le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si cette OAP ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le PADD, compte tenu de leur degré de précision. L'inadéquation d'une OAP à une orientation ou à un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre cette orientation précise et ce projet.
11. Parmi les grands objectifs du PLU de la commune d'Hermes adopté le 30 octobre 2019, tels qu'ils ressortent du PADD, figure la volonté affirmée de " poursuivre un objectif de croissance maîtrisée " reposant, sans qu'il soit nécessaire de programmer d'extension urbaine, sur les capacités internes existantes, estimées à quatre-vingt-dix logements, et notamment sur " la reconversion de bâtiments anciens et la recomposition urbaine d'espaces en mutation ". A cet égard, les auteurs du document d'urbanisme ont défini une OAP n° 2 en secteur UBr de la zone UB sur le périmètre d'un terrain, d'une superficie de 1 hectare 20, occupé par une ancienne fabrique d'articles en bois, la friche Bokkelandt, en bordure de la rue de Méhécourt et visant à accueillir, dans cette optique de renouvellement urbain, une trentaine de logements.
12. Si les requérants soutiennent que cette OAP est incompatible, du fait de sa proximité immédiate avec leur exploitation agricole située rue de Méhécourt, avec l'objectif, également inscrit au PADD, visant à " soutenir l'activité agricole en permettant le développement des exploitations et en limitant la consommation de l'espace ", une telle circonstance n'est toutefois pas de nature à remettre en cause la cohérence de ce choix vis-à-vis de l'objectif décrit au point précédent ce d'autant qu'il ressort des pièces du dossier que, tenant compte, notamment, de l'avis émis par la chambre d'agriculture de l'Oise le 14 mars 2019, des observations formulées par M. C D lors de l'enquête publique ainsi que de l'analyse portée par le commissaire enquêteur sur ce point, les auteurs du PLU ont pris le soin, dans le but, non seulement de prévenir de futurs troubles de voisinage, mais surtout de permettre le développement de l'exploitation agricole des consorts D, d'instituer d'une distance d'éloignement de cinquante mètres par rapport à cette exploitation, composée d'un recul de trente-cinq mètres par rapport aux limites du projet d'OAP augmenté d'une bande de quinze mètres de secteur de jardins.
13. Par suite, il résulte de ce qui vient d'être exposé aux deux points qui précèdent que la constitution de l'OAP n° 2 en secteur UBr de la zone UB pour la création de logements sur le terrain d'emprise de la friche Bokkelandt n'apparaît pas être en contradiction avec les orientations générales du PADD de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme doit être écarté.
14. Deuxièmement, l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime dispose que : " Lorsque des dispositions législatives ou réglementaires soumettent à des conditions de distance l'implantation ou l'extension de bâtiments agricoles vis-à-vis des habitations et immeubles habituellement occupés par des tiers, la même exigence d'éloignement doit être imposée à ces derniers à toute nouvelle construction et à tout changement de destination précités à usage non agricole nécessitant un permis de construire, à l'exception des extensions de constructions existantes () ".
15. Alors que, ainsi qu'il vient d'être énoncé au point 12, l'OAP n° 2 a pris en compte la présence de l'élevage exploité par les consorts D, ces derniers ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance de la règle de distance imposée par les dispositions citées au point précédent aux bâtiments agricoles applicables, par effet de réciprocité, s'agissant de la construction d'habitations situées à proximité de tels bâtiments, dont le respect a seulement vocation à être assuré, non au stade de la définition du périmètre de réalisation de cette opération, mais à l'occasion de l'examen des demandes d'autorisation d'urbanisme en vue de la réalisation des logements qu'un tel projet a vocation à accueillir.
16. Troisièmement, il en va de même de la circonstance, au demeurant nullement étayée, tirée de l'atteinte portée au fonctionnement de l'exploitation agricole familiale du fait de l'insuffisance des places de stationnement prévues par le projet d'aménagement dès lors que ce dernier n'a pas, au stade de la définition de l'OAP au sein du document d'urbanisme communal, à comporter de caractéristiques précises relatives aux possibilités de stationnement.
17. Il résulte des points 8 à 16 que le moyen tiré de l'exception d'illégalité du PLU de la commune d'Hermes, en tant qu'elle est soulevée à l'encontre de la délibération du 26 mai 2023 doit être écarté dans l'ensemble de ses branches.
18. En cinquième lieu, le détournement allégué par les requérants, lesquels considèrent que la commune agit avec une " volonté délibéré " de " nuire " à leur famille, n'est pas établi par les pièces du dossier. Par suite, le dernier moyen de la requête ne peut qu'être écarté.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par MM. D doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Hermes, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de MM. D une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Hermes et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de MM. D est rejetée.
Article 2 : MM. D verseront à la commune d'Hermes une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à M. A D et à la commune d'Hermes.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme Beaucourt et Mme B, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.
La rapporteure,
Signé
P. BEAUCOURTLe président,
Signé
C. BINAND
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026