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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2102609

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2102609

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2102609
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBEKEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Bekel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 mai 2021, délibérée lors de la séance du 23 avril 2021, par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé le renouvellement de sa carte professionnelle en vue d'exercer les fonctions d'agent de sécurité des personnes et de protection physique des personnes ;

2°) d'enjoindre à la commission locale d'agrément et de contrôle de lui délivrer l'agrément aux fins d'être autorisé à exercer les activités privées de surveillance et de gardiennage ;

3°) de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente dès lors que la vice-présidente n'était pas habilitée à signer une décision pour la commission et qu'elle ne dispose d'aucune délégation de signature ;

- elle est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle ne mentionne pas les noms des représentants qui ont siégé à la séance de la CNAC en date du 23 avril 2021 à l'issue de laquelle il a été délibéré sur la décision attaquée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que le président de la CNAC n'a pas effectué les convocations des membres de cette commission, n'y a pas siégé et n'y a pas participé en méconnaissance de l'ordonnance n° 2014-1239 du 6 novembre 2014 relative aux délibérations à distance des instances administratives à caractère collégial à laquelle renvoie l'ordonnance n°2020-1507 du 2 décembre 2020 adaptant le droit applicable au fonctionnement des établissements publics et des instances collégiales administratives pendant l'état d'urgence sanitaire ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article 230-8 du code de procédure pénale dès lors que les faits qui lui sont reprochés ayant fait l'objet d'un classement sans suite, la consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires dans le cadre de sa demande ne repose sur aucune base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2022, le conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 20 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, agent de sécurité, a sollicité le renouvellement de sa carte professionnelle l'autorisant à exercer les activités de sécurité des personnes et de protection physique des personnes. Par décision du 23 février 2021, la commission locale d'agrément et de contrôle Nord du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de faire droit à sa demande. M. A a alors saisi la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du CNAPS d'un recours administratif préalable obligatoire contre cette délibération qui l'a rejeté expressément par une décision du 11 mai 2021, délibérée lors de la séance du 23 avril 2021. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent: / 1o A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; () ". Aux termes de l'article L. 612-20 du même code dans sa rédaction alors en vigueur: " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées () ".

3. Pour rejeter la demande de M. A tenant au renouvellement de sa carte professionnelle, la CNAC s'est fondée sur le fait que l'intéressé a été mis en cause pour des faits de contrefaçon ou falsification de monnaie en 1999, d'outrage à personne dépositaire de l'autorité publique en 1994, d'usage de stupéfiants et port d'arme de munition ou de leurs éléments de catégorie 1 ou 4 en 1993 ainsi que des faits de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D le 10 mars 2020. La CNAC a conclu que ces faits étaient incompatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité en relevant que le dernier fait démontre la persistance délibérée de M. A à commettre des agissements transgressifs, contraires à l'honneur et à la probité, et de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes et des biens.

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que le 10 mars 2020, M. A a fait l'objet d'un contrôle routier et d'une fouille de son véhicule au cours de laquelle une matraque télescopique a été trouvée dans le coffre de sa voiture. Pour justifier la présence de cette arme dans sa voiture, le requérant a expliqué avoir confisqué cette arme à un individu qui projetait d'accéder à l'établissement dans lequel il exerçait ses fonctions d'agent de sécurité et a oublié de la remettre à sa hiérarchie. Si M. A n'établit cette allégation par aucune pièce versée ainsi que le souligne la décision attaquée et les écritures en défense, ce seul fait, compte tenu de ce que la matraque n'a été trouvée que dans le coffre d'une voiture à l'occasion d'un contrôle, n'est pas de nature à révéler un comportement de nature à porter atteinte à la protection et à la sécurité des personnes et des biens et qui serait incompatible avec l'exercice des fonctions d'agent de sécurité. A cet égard, les faits dans lesquels M. A a été mis en cause entre 1993 et 1999, cités au point précédent, ne peuvent légalement justifier la décision attaquée eu égard à leur ancienneté à la date de la décision attaquée. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la CNAC a entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision en date du 11 mai 2021, délibérée lors de la séance du 23 avril 2021, de la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article R. 612-12 du code de la sécurité intérieure : " La carte professionnelle mentionnée à l'article L. 612-20 est délivrée, sous la forme dématérialisée d'un numéro d'enregistrement, par le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité. () ".

7. Compte tenu du motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement la délivrance à M. A d'une carte professionnelle en qualité d'agent privé de sécurité. Il est enjoint au directeur général du conseil national des activités privées de sécurité d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité la somme de 1 500 euros à verser à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 11 mai 2021, délibérée lors de la séance du 23 avril 2021, par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité a refusé de délivrer à M. A une carte professionnelle en qualité d'agent de sécurité, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général du conseil national des activités privées de sécurité de délivrer à M. A une carte professionnelle en qualité d'agent privé de sécurité dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le conseil national des activités privées de sécurité versera à M. A la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, première conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

C. Pellerin

La présidente,

Signé

C. Galle La greffière,

Signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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