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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2102656

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2102656

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2102656
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantEL HILALI DALLA-VECCHIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 30 juillet 2021 et 9 juin 2022, l'association Héritage lupovicien, représentée par Me El Hilali Dalla-Vecchia, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la délibération du conseil municipal de la commune de Saint-Leu-d'Esserent du 2 juin 2021 en tant qu'elle refuse de lui attribuer une subvention et qu'elle lui interdit de participer aux manifestations organisées par la commune au titre de l'année 2021 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Leu-d'Esserent de publier le jugement à intervenir dans le bulletin municipal ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Leu-d'Esserent une somme de

2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la délibération attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que les motifs du refus de lui attribuer une subvention présentés dans le courrier du maire du

9 février 2021 n'ont pas été communiqués aux conseillers municipaux ;

- cette délibération est irrégulière dès lors que le compte rendu de la réunion du conseil municipal du 2 juin 2021 ne reflète pas la teneur des échanges qui s'y sont tenus ;

- les motifs de la délibération attaquée et du courrier du maire du 9 février 2021 sont matériellement inexacts ;

- la délibération attaquée méconnaît le principe d'égalité et est entachée de discrimination à raison de l'orientation politique ou idéologique de certains de ses adhérents.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 janvier et 6 juillet 2022, la commune de Saint-Leu-d'Esserent, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de l'association Héritage lupovicien une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions à fin d'annulation du courrier du maire du 9 février 2021 sont irrecevables dès lors qu'elles ont été introduites tardivement et qu'elles sont relatives à un acte qui ne fait pas grief ;

- les conclusions à fin d'annulation de la délibération du conseil municipal de la commune de Saint-Leu-d'Esserent du 2 juin 2021 en tant qu'elle interdit à l'association Héritage lupovicien de participer aux manifestations organisées par la commune au titre de l'année 2021 sont irrecevables dès lors que cette délibération n'a pas cet objet ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 7 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 29 juillet 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, rapporteur,

- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,

- et les observations de Me El Hilali Dalla-Vecchia, représentant l'association Héritage lupovicien, ainsi que celles de Me Alibay, représentant la commune de Saint-Leu-d'Esserent.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 9 février 2021, le maire de la commune de Saint-Leu-d'Esserent a informé l'association Héritage lupovicien de son intention de proposer au conseil municipal de ne pas lui verser de subvention et de ne pas conclure de partenariat pour les manifestations organisées par la commune au titre de l'année 2021. Par une délibération du 2 juin 2021, le conseil municipal a décidé de l'attribution des subventions de la commune aux associations. L'association Héritage lupovicien demande au tribunal d'annuler la délibération du 2 juin 2021 en tant qu'elle refuse de lui attribuer une subvention et qu'elle lui interdit de participer aux manifestations organisées par la commune au titre de l'année 2021.

Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Saint-Leu-d'Esserent :

2. En premier lieu, l'association Héritage lupovicien n'a pas présenté de conclusions tendant à l'annulation du courrier du 9 février 2021 du maire de la commune de Saint-Leu-d'Esserent. Les fins de non-recevoir opposées par cette dernière contre de telles conclusions sont dès lors dépourvues d'objet.

3. En second lieu, il résulte des termes mêmes de la délibération du conseil municipal de la commune de Saint-Leu-d'Esserent du 2 juin 2021 qu'elle n'a pas pour objet d'interdire à l'association Héritage lupovicien de participer aux manifestations organisées par la commune au titre de l'année 2021. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de cette délibération en tant qu'elle prononcerait une telle interdiction sont dirigées contre une décision inexistante et sont irrecevables.

Sur la légalité de la délibération du 2 juin 2021 en tant qu'elle refuse d'attribuer une subvention à l'association Héritage lupovicien au titre de l'année 2021 :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-23 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de ses fonctions, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ".

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les conseillers municipaux n'aient pas été dument informés de ce que la délibération attaquée ne prévoyait pas d'attribuer une subvention à l'association Héritage lupovicien sans qu'y fasse obstacle la circonstance, à la supposer même établie, que le maire n'aurait pas présenté au conseil municipal les termes de son courrier du

9 février 2021.

6. En deuxième lieu, la circonstance, à la supposer même établie, que le compte rendu de la réunion du conseil municipal du 2 juin 2021 ne mentionnerait pas certains des échanges tenus lors de la séance est sans incidence sur la légalité de la délibération attaquée dès lors qu'il n'est pas contesté que cette dernière a été adoptée dans les termes qui sont les siens.

7. En troisième lieu, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la délibération attaquée, qui précise que le montant des subventions a été fixé au regard des projets proposés par les associations et de la " dynamique du travail en commun ", ait été prise sur le fondement des griefs exposés par le maire aux termes de son courrier du 9 février 2021, et dont la matérialité n'a, dès lors, aucune incidence sur sa légalité. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'association Héritage lupovicien n'a pas donné suite à la demande de la commune de libérer le local qu'elle mettait à sa disposition qu'après plusieurs relances espacées de plusieurs mois. Par ailleurs, les deux parties n'ont pu conclure une convention de partenariat en 2019 suite à des désaccords sur certaines clauses dont le caractère abusif et contraire à l'indépendance de l'association n'est pas démontré. Dans ces conditions, la commune de Saint-Leu-d'Esserent a pu fonder sa délibération, sans commettre d'erreur de fait, sur la circonstance que des difficultés avait été rencontrées lors de sa collaboration avec l'association Héritage lupovicien.

8. En quatrième lieu, si l'attribution d'une subvention par une personne publique ne constitue pas un droit, il appartient au juge administratif de contrôler qu'une telle décision n'est ni entachée d'erreur manifeste d'appréciation, ni prise dans un but étranger à l'intérêt général.

9. D'une part, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit, que des difficultés par la commune de Saint-Leu-d'Esserent et l'association Héritage lupovicien ont été rencontrées dans la mise en œuvre de leur collaboration.

10. D'autre part, la restitution du local que la commune de Saint-Leu-d'Esserent mettait à la disposition de l'association Héritage lupovicien a été demandée en vue de la création d'un hébergement d'urgence et s'est accompagnée de la mise à disposition d'un autre local commun à plusieurs associations. Par ailleurs, il était loisible à la commune d'inclure, dans la convention de partenariat visant à organiser les événements communs de 2019 qu'elle a proposée à l'association Héritage lupovicien, des stipulations relatives à des mesures de sécurité de nature à éviter la disparition de pierres dans l'église prieurale même si cette dernière était affectée au culte, ainsi qu'au déroulement des visites du presbytère, loué à un tiers, au sein duquel elle s'était engagée à faire des travaux. En outre, les circonstances que la visite de la cave du jardin du presbytère ait été interdite pour des raisons de sécurité, que la commune ait demandé des modifications du déroulement des certaines visites et d'événement et que l'association Héritage lupovicien soit la seule association déjà subventionnée et susceptible de recevoir une subvention à qui il n'a pas été attribué de fonds en 2021, ne sont à l'évidence pas de nature à établir une méconnaissance de principe d'égalité ou une discrimination à l'égard de cette association.

11. Dans ces conditions, l'association Héritage lupovicien n'est pas fondée à soutenir que la délibération attaquée aurait été prise pour un motif qui ne serait pas d'intérêt général, ni qu'elle méconnaitrait le principe d'égalité et serait entachée de discrimination ou d'erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que l'association Héritage lupovicien n'est pas fondée à demander l'annulation de la délibération du 2 juin 2021 en tant qu'elle refuse d'attribuer une subvention à l'association Héritage lupovicien au titre de l'année 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction de l'association Héritage lupovicien doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Saint-Leu-d'Esserent, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par l'association Héritage lupovicien au titre des frais engagés par elle et non compris dans les dépens.

15. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association Héritage lupovicien la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Saint-Leu-d'Esserent et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Héritage lupovicien est rejetée.

Article 2 : L'association Héritage lupovicien versera à la commune de Saint-Leu-d'Esserent une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié l'association Héritage lupovicien et à la commune de Saint-Leu-d'Esserent.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.

Le rapporteur,

signé

J. Richard

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2102656

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