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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2102758

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2102758

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2102758
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBACQUET-BREHANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 août 2021 et 20 janvier 2022, Mme A C, représentée par Me Delrieu, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur du centre hospitalier de Soissons a rejeté sa demande reçue le 12 avril 2021 tendant au report de certaines heures travaillées en 2020 sur son solde horaire ou, à défaut, tendant à leur indemnisation ;

2°) d'annuler le tableau de service du 12 février 2021 ensemble le rejet de son recours gracieux contre cette décision ;

3°) d'enjoindre au centre hospitalier de Soissons de lui remettre un tableau de service mentionnant une quotité horaire hebdomadaire de 17h30 pour la période du 1er novembre au 31 décembre 2020 ;

4°) d'enjoindre au centre hospitalier de reporter 31h30 heures travaillées en 2020 sur son solde horaire ou, à défaut, de lui verser la somme de 1 080 euros ;

5°) de condamner le centre hospitalier de Soissons à lui verser la somme de 4 000 euros à parfaire pour l'indemnisation de son préjudice moral ;

6°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Soissons la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision implicite de rejet est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les décisions attaquées méconnaissent les dispositions de l'article 13 du décret 2002-9 du 4 janvier 2002 dès lors que le tableau de service ne lui a été remis qu'après la période de travail concernée, et qu'il a procédé à une modification substantielle de ses heures de travail sans qu'elle n'en soit avertie ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article 41-1 de la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 dès lors que pour la période du 1er novembre au 31 décembre 2020, la quotité horaire planifiée est seulement de 15h00 ce qui ne correspond pas à un mi-temps ;

- elle méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a subi un préjudice financier résultant des heures travaillées et non rémunérées, dès lors que pour compenser 3h30 de travail hebdomadaires non planifiées, mais durant lesquelles elle a travaillé, des heures ont été consommées de son solde horaire ; le montant dû pour cette période s'élève à la somme de 1 080 euros ;

- d'autres dysfonctionnements dans la planification de ses heures se sont produits durant l'année 2021 ;

- elle a subi un préjudice moral qui doit être réparé à hauteur de 4 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2021, le centre hospitalier de Soissons, représenté par Me Bacquet-Brehant, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de condamner la requérante aux dépens et de mettre à sa charge la somme de 1000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n°2002-9 du 4 janvier 2002 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fumagalli, conseiller,

- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,

- les observations de Me Delrieu, représentant Mme C,

- et les observations de Me Bacquet-Brehant, représentant le centre hospitalier de Soissons.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C est psychomotricienne au sein du centre hospitalier de Soissons (Aisne). L'intéressée a été placée en congé de longue maladie du 21 juillet 2019 au 21 juillet 2020, avant de reprendre son travail en mi-temps thérapeutique. Par une lettre du 9 avril 2021, notifiée le 12 avril 2021, Mme C a demandé au directeur du centre hospitalier de Soissons de reporter sur son solde horaire certaines heures travaillées en 2020 après sa reprise en mi-temps thérapeutique mais non incluses dans son tableau de service édité le 12 février 2021 concernant l'année 2020 ou, à défaut, de lui verser une somme en compensation. Elle a également, par ce même courrier, présenté un recours gracieux contre le tableau de service édité le 12 février 2021. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le directeur du centre hospitalier a rejeté ses demandes, et l'annulation du tableau de service établi le 12 février 2021 au titre de l'année 2020, ensemble le rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 41-1 de la loi du 9 janvier 1986, alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité peut être autorisé à accomplir un service à temps partiel pour raison thérapeutique lorsque l'exercice des fonctions à temps partiel permet : 1° Soit le maintien ou le retour à l'emploi de l'intéressé et est reconnu comme étant de nature à favoriser l'amélioration de son état de santé ; 2° Soit à l'intéressé de bénéficier d'une rééducation ou d'une réadaptation professionnelle pour retrouver un emploi compatible avec son état de santé.

() Le temps partiel pour raison thérapeutique ne peut pas être inférieur au mi-temps. Durant l'accomplissement de son service à temps partiel pour raison thérapeutique le fonctionnaire perçoit l'intégralité de son traitement, du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le directeur du centre hospitalier de Soissons a, par une décision du 20 juillet 2020, renouvelée le 4 novembre 2020, accordé à Mme C un mi-temps thérapeutique selon une quotité de 50%, soit 17h30 par semaine à compter du 21 juillet 2020. Or, le tableau de service litigieux fait apparaître que le temps de service hebdomadaire de l'intéressée est inférieur au mi-temps, pour les mois de novembre et décembre 2020, dès lors seuls 15h00 hebdomadaires y ont été reportées, sans qu'il ne soit ni allégué ni établi que la requérante n'aurait pas effectué l'intégralité de ses obligations de service durant les semaines en cause. Ainsi, la requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 41-1 de la loi du 9 janvier 1986 doit donc être accueilli.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de son tableau de service édité le 12 février 2021 ainsi que le rejet de son recours gracieux et l'annulation de la décision par laquelle le centre hospitalier a refusé de reporter sur son solde horaire les heures travaillées non mentionnées dans son tableau de service.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que le centre hospitalier de Soissons, reporte sur le solde horaire de Mme C les heures de travail effectuées en novembre et en décembre 2020 et qui n'ont pas été prises en compte, et ce dans un délai de deux mois à compter de de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions indemnitaires :

6. D'une part, le présent jugement fait droit aux conclusions à fin d'injonction présentées par Mme C à titre principal. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions indemnitaires présentées à titre subsidiaire tendant à l'octroi d'une somme de 1080 euros correspondant au montant de sa rémunération pour 31h30 de travail non comptabilisées sur son tableau de service.

7. D'autre part, Mme C se borne à se prévaloir de dysfonctionnements du service dans l'édition ses plannings de janvier à avril 2021, d'une remise tardive de ses plannings pour mai et juin 2021, et d'erreurs commises pour les mois de mai et juillet 2021. Toutefois, à les supposer établies, il n'est pas démontré que ces fautes aient pu être à l'origine d'un préjudice moral pour l'intéressée. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par la requérante tendant à l'indemnisation de son préjudice moral ne peuvent être que rejetées.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier de Soissons demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du centre hospitalier de Soissons la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le tableau de service édité le 12 février 2021, la décision implicite résultant du silence gardé par le centre hospitalier de Soissons sur la demande de Mme C reçue le 12 avril 2021, et la décision rejetant le recours gracieux contre le tableau de service sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier de Soissons de reporter sur le solde horaire de Mme C les heures de travail effectuées en novembre et en décembre 2020 mais non comptabilisées dans son tableau de service dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le centre hospitalier de Soissons versera à Mme B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C et les conclusions du centre hospitalier de Soissons sont rejetés.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au centre hospitalier de Soissons.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Richard, premier conseiller,

M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La présidente,

Signé

C. Galle

Le rapporteur,

Signé

E. Fumagalli Le greffier,

Signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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