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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2102762

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2102762

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2102762
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 août 2021, M. B A, représenté par

Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 juin 2021 par laquelle la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- il n'est pas justifié de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur lequel est fondé la décision attaquée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne peut bénéficier en Algérie d'une prise en charge médicale d'une part et qu'elle ne permet pas de maintenir le lien thérapeutique existant en France d'autre part.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 août 2022, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 5 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er mars 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Menet, premier conseiller,

- et les observations de Me Delort, substituant Me Tourbier, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, né le 3 décembre 1962, a fait l'objet d'un arrêté du 26 octobre 2018 par lequel le préfet de la Somme lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé l'Algérie comme pays de destination. Par jugement du 21 février 2019, le tribunal administratif d'Amiens a annulé l'arrêté préfectoral et enjoint au préfet de la Somme de délivrer à l'intéressé un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ". Par arrêt du 31 juillet 2019, la cour administrative d'appel de Douai a annulé le jugement du tribunal administratif d'Amiens.

2. L'intéressé a sollicité le 11 février 2021 son admission exceptionnelle au séjour en raison de problèmes de santé. Par une décision du 28 juin 2021 dont l'intéressé demande l'annulation, la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer le titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. / () ".

4. Il résulte des stipulations précitées du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui en fait la demande au titre de ces stipulations, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Il ressort de l'avis émis le 24 juin 2021 par le collège de médecins de l'OFII, produit en défense, que si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé, et peut voyager sans risque vers son pays. Il ressort des pièces du dossier que M. A souffre d'un adénocarcinome gastrique pour lequel son état de santé est équilibré par l'administration associée de " Durofesic patch et oxynorm et que () ces médicaments ne sont pas substituables ni modifiables " selon un certificat médical du 23 décembre 2020 du pôle oncopole du centre hospitalier universitaire Amiens-Picardie.

7. Si le préfet de la Somme fait valoir, en produisant un extrait de la base de données MedCOI (Medical Country of Origin Information) établie au 31 décembre 2019 que l'Oxynorm est disponible en Algérie, il ressort des attestations du 10 septembre 2020 du médecin chef du service de prévention de la direction de la santé de la population algérien et du syndicat national des pharmaciens de la wilaya de Relizane en Algérie du 6 janvier 2021 que les deux médicaments précités ne peuvent être administrés à M. A compte tenu de leur indisponibilité en Algérie.

8. Ainsi dès lors que ces médicaments qui ne peuvent être modifiés ni substitués pour équilibrer l'état de santé de M. A ne peuvent lui être fournis en Algérie, l'intéressé est fondé à soutenir que la décision en litige méconnaît les stipulations précitées.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision attaquée du 28 juin 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'un certificat de résidence " vie privée et familiale " soit délivré à

M. A. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Somme de délivrer ce titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

11. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que

Me Tourbier, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Tourbier d'une somme de 1 000 euros.

D É C I D E :

Article 1 er : La décision de la préfète de la Somme du 28 juin 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Somme, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, de délivrer à M. A un certificat de résidence " vie privée et familiale ".

Article 3 : L'État versera à Me Tourbier une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Somme

et à Me Tourbier.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition le 13 avril 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. Menet

Le président,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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