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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2102809

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2102809

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2102809
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantASSOCIATION D'AVOCATS CHAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 10 août 2021, 20 avril et 29 juin 2022, Mme B A, représentée par Me Aprile, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 16 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a confirmé la demande qu'il a adressée à la société France Galop de retirer l'autorisation dont elle disposait de faire courir les chevaux dont elle est propriétaire ;

2°) d'annuler la décision du 20 juillet 2021 par laquelle la société France Galop a procédé à ce retrait ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat et de la société France Galop une somme de

2 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la tribunal est compétent pour statuer sur sa requête qui est par ailleurs recevable ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les décisions attaquées ont été prises au terme d'une procédure méconnaissant le principe du contradictoire dès lors qu'elle n'a pas disposé d'un délai suffisant pour présenter ses observations ;

- les décisions attaquées méconnaissent le principe de la présomption d'innocence prévu notamment au 2ème paragraphe de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elles sont fondées uniquement sur la circonstance qu'elle a été mise en examen ;

- les décisions attaquées sont fondées sur des faits qui ne sont pas établis ;

- le retrait de l'autorisation dont elle disposait n'est ni nécessaire ni proportionné, dès lors notamment qu'une mesure de suspension était envisageable ;

- les décisions attaquées méconnaissent le principe d'égalité dès lors que d'autres propriétaires de chevaux mis en examen ont conservé leurs autorisations.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 mars, 2 juin et 12 août 2022, la société France Galop, représentée par Me Sigler, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme A une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le tribunal n'est pas territorialement compétent ;

- elle était en situation de compétence liée pour prendre la décision attaquée ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2022, le ministre de l'intérieur et des Outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 17 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 23 décembre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 97-456 du 5 mai 1997 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, rapporteur,

- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Aprile, représentant Mme A, ainsi que celles de

Me Sigler, représentant la société France Galop.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A s'est vu délivrer en 2019, par la société France Galop, une autorisation de faire courir les chevaux dont elle est propriétaire. Par courrier du 1er juillet 2021, le ministre de l'intérieur a demandé à la société France Galop de mettre en œuvre les dispositions du II de l'article 12 du décret du 5 mai 1997 relatif aux sociétés de courses de chevaux et au pari mutuel et d'engager ainsi une procédure contradictoire en vue de retirer cette autorisation. Le ministre de l'intérieur a, par décision du 16 juillet 2021, confirmé cette demande de retrait. Par une décision du 20 juillet 2021, la société France Galop a prononcé le retrait de cette autorisation. Mme A demande l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du

16 juillet 2021 ainsi que de celle de la société France Galop du 20 juillet 2021.

Sur l'exception d'incompétence opposée par la société France Galop :

2. Aux termes de l'article R. 312-8 du code de justice administrative : " Les litiges relatifs aux décisions individuelles prises à l'encontre de personnes par les autorités administratives dans l'exercice de leurs pouvoirs de police relèvent de la compétence du tribunal administratif du lieu de résidence des personnes faisant l'objet des décisions attaquées à la date desdites décisions. () ". Aux termes de l'article R. 221-3 du code de justice administrative : " Le siège et le ressort des tribunaux administratifs sont fixés comme suit : / Amiens : Aisne, Oise, Somme ; () ".

3. Dès lors qu'il est constant que Mme A est domiciliée dans l'Oise, la société France Galop n'est pas fondée à soutenir que le tribunal n'est pas territorialement compétent pour statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées qui constituent des mesures de police.

Sur la légalité des décisions attaquées :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. La décision du ministre de l'intérieur du 16 juillet 2021 vise l'article 12 du décret du 5 mai 1997 relatif aux sociétés de courses de chevaux et au pari mutuel et mentionne que

Mme A est suspectée de falsification de factures relatives à la vente d'équidés ainsi que de l'administration à des chevaux de procédés dopants ou masquants pour lesquels elle a été mise en examen. Elle comporte, en conséquence, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, le moyen tiré de son défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que dans le cadre de la procédure contradictoire prévue par les dispositions précitées de l'article 12 du décret du 5 mai 1997 relatif aux sociétés de courses de chevaux et au pari mutuel, Mme A a disposé de sept jours pour présenter des observations et qu'elle a exercé ce droit à deux reprises, les 10 et 12 juillet 2021. Dans ces conditions, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la décision du ministre de l'intérieur du 16 juillet 2021 a été prise au terme d'une procédure méconnaissant le principe du contradictoire dès lors qu'elle n'aurait pas disposé d'un délai suffisant pour présenter ses observations.

7. En troisième lieu, la décision par laquelle le ministre de l'intérieur confirme la demande de retrait d'autorisation de faire courir des chevaux ne constitue pas une sanction ayant le caractère d'une punition à l'égard du titulaire de cette autorisation, mais une mesure de police administrative. Il s'ensuit que les principes constitutionnels régissant la matière répressive, tels que la présomption d'innocence garantie par l'article 9 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, ne peuvent être utilement invoqués à l'encontre d'une telle décision, alors qu'au demeurant, la décision du 16 juillet 2021, n'est, contrairement à ce qui est soutenu, pas fondée sur la circonstance que Mme A ait été mise en examen mais sur les faits qui sont à l'origine de cette dernière.

8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite d'un contrôle antidopage positif réalisé le 31 août 2020 sur un cheval entrainé par M. C, conjoint de Mme A et alors entraineur de ses chevaux, une perquisition a été réalisée ayant abouti à la saisie de produits dopants et à la mise à jour d'un système organisé de dopage de chevaux. Ces opérations ont conduit à la mise en examen et au placement sous contrôle judiciaire de

M. C et de Mme A, cette dernière pour faux et usage de faux, escroquerie en bande organisée et administration à des chevaux de substances ou procédés dopants ou masquants. Dans ces conditions, et alors que M. C avait fait l'objet de suspensions préalables par la société France Galop, Mme A n'est fondée à soutenir ni que la décision du ministre de l'intérieur du 16 juillet 2021 est fondée sur des faits matériellement inexacts, ni que cette décision n'est ni nécessaire ni proportionnée, sans qu'y fassent obstacle les conséquences financières qu'elle a pour elle.

9. En cinquième lieu, en se bornant à alléguer que d'autres propriétaires de chevaux mis en examen ont conservé les autorisations dont ils bénéficiaient, Mme A n'établit pas que la décision du 16 juillet 2021 méconnaitrait le principe d'égalité.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 12 du décret du 5 mai 1997 relatif aux sociétés de courses de chevaux et au pari mutuel : " II.-Les sociétés mères : / () Délivrent les autorisations de faire courir, d'entraîner, de monter et de driver les chevaux de courses, selon les critères définis par leurs statuts et par le code des courses de chaque spécialité. Ces autorisations ne peuvent être accordées qu'après un avis favorable du ministre de l'intérieur émis au regard des risques de troubles à l'ordre public qu'elles sont susceptibles de créer. Elles peuvent être suspendues, pour une durée maximale de six mois ou être retirées par la société mère concernée à l'issue d'une procédure contradictoire engagée de sa propre initiative ou à la demande du ministre de l'intérieur. La société mère est tenue de suspendre ou de retirer l'autorisation si le ministre de l'intérieur maintient sa demande au vu des observations émises à l'occasion de la procédure contradictoire ; () ".

11. Il résulte de ces dispositions que la société France Galop était, comme elle le soutient, en situation de compétence liée pour prendre la décision du 20 juillet 2021 dès lors que le ministre de l'intérieur avait confirmé la demande d'abrogation de l'autorisation dont bénéficiait Mme A par sa décision du 16 juillet 2021 et que le présent jugement rejette les conclusions dirigées à l'encontre de cette décision. Dès lors, les moyens invoqués spécifiquement à l'encontre de cette décision sont inopérants.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 16 juillet 2021 ni par conséquence, celle du 20 juillet 2021 de la société France Galop.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat et de la société France Galop, qui ne sont pas les parties perdantes, la somme demandée par Mme A au titre des frais engagés par elle et non compris dans les dépens.

14. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la société France Galop et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera à la société France Galop la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la société France Galop et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

Le rapporteur,

signé

J. Richard

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2102809

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