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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2102912

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2102912

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2102912
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP DONNETTE-LOMBARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 août 2021 et le 12 mai 2024, la société anonyme coopérative (SAC) HLM le Toit Familial, représentée par Me Lepage, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Francilly-Selency a refusé de lui délivrer un permis d'aménager en vue de construire 22 lots issus de la division des parcelles cadastrées section ZE n°s 97p, 133p et 131p situées au lieu-dit " La Haute Borne " sur le territoire de cette commune, ensemble la décision du 15 juin 2021 par laquelle le préfet de l'Aisne a rejeté son recours gracieux introduit à l'encontre de cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Francilly-Selency de lui délivrer le permis d'aménager sollicité, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, le tout dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Francilly-Selency et de l'Etat la somme de 5 000 euros chacun au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'avis défavorable émis par le préfet de l'Aisne est entaché d'erreurs de fait, de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dans ses motifs de forme et d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme en ce que le préfet a estimé que le terrain d'assiette du projet est situé en dehors des parties urbanisées de la commune ;

- c'est à tort que le préfet de l'Aisne a considéré que le projet doit s'inscrire dans le cadre d'une réflexion globale menée à l'échelle de la commune alors que son projet répond à un projet urbain d'intérêt public à la demande de la commune ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'insuffisance de motivation ;

- cet arrêté est entaché d'incompétence négative de son auteur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 décembre 2021, la commune de Francilly-Selency, représentée par Me Lombard, s'en remet à la sagesse du tribunal et au rejet des conclusions de la SAC HLM le Toit Familial présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la SAC HLM le Toit Familial ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mai 2024 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Parisi, conseillère,

- les conclusions de Mme Beaucourt, rapporteure publique,

- et les observations de Me Sageloli représentant la SAC HLM le Toit Familial.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 8 mars 2021, le maire de la commune de Francilly-Selency a, au nom de la commune, rejeté la demande de permis d'aménager présentée par la SAC HLM le Toit Familial en vue de construire 22 lots issus de la division des parcelles cadastrées section ZE n°s 97p, 133p et 131p situées au lieu-dit " La Haute Borne " sur le territoire de cette commune. Par une décision du 15 juin 2021, le préfet de l'Aisne a rejeté le recours gracieux formé le 5 mai 2021 par la SAC HLM le Toit Familial à l'encontre de cet arrêté. Par la présente requête, la SAC HLM le Toit Familial demande au tribunal d'annuler cet arrêté et cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 174-1 du code de l'urbanisme : " Les plans d'occupation des sols qui n'ont pas été mis en forme de plan local d'urbanisme, en application du titre V du présent livre, au plus tard le 31 décembre 2015 sont caducs à compter de cette date, sous réserve des dispositions des articles L. 174-2 à L. 174-5. / () / A compter du 1er janvier 2016, le règlement national d'urbanisme mentionné aux articles L. 111-1 et L. 422-6 s'applique sur le territoire communal dont le plan d'occupation des sols est caduc ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis () d'aménager () est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu (). () Lorsque le transfert de compétence à la commune est intervenu, il est définitif ; / () ". Et aux termes de l'article L. 422-5 du même code : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu ; () ". Si, lorsque la délivrance d'une autorisation administrative est subordonnée à l'accord préalable d'une autre autorité, le refus d'un tel accord, qui s'impose à l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, ne constitue pas une décision susceptible de recours, des moyens tirés de sa régularité et de son bien-fondé peuvent, quel que soit le sens de la décision prise par l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, être invoqués devant le juge saisi de cette décision.

3. Il est constant que le plan d'occupation des sols (POS) couvrant le territoire de la commune de Francilly-Selency était devenu caduc avant l'intervention de l'arrêté attaqué, de sorte que le maire a sollicité, comme le prescrivent les dispositions de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme qui viennent d'être rappelées, l'avis conforme du préfet de l'Aisne, qui a émis un avis défavorable au projet le 6 janvier 2021.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'urbanisme : " Le règlement national d'urbanisme s'applique sur l'ensemble du territoire. / Toutefois : / 1° Les dispositions des articles L. 111-3 à L. 111-5 ne sont pas applicables dans les territoires où un plan local d'urbanisme, un document d'urbanisme en tenant lieu ou une carte communale est applicable ; () ". Aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ". Ces dispositions interdisent en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout principe document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées en dehors des parties urbanisées de la commune, c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors du cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie urbanisée de la commune, il est tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetées.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des vues aériennes produites par le préfet en défense et du plan de situation joint au dossier de demande de permis d'aménager, que le terrain d'assiette du projet est situé à l'arrière de constructions situées à l'alignement du Tour de ville qui constitue, avec la Grande Rue, l'un des axes principaux de la commune le long duquel s'étire le tissu bâti. S'il ressort également de ces pièces qu'il s'insère en sa limite sud-est dans la continuité d'un lotissement de 17 lots dont la construction a été autorisée par un arrêté du 8 janvier 2013, alors que le POS couvrant le territoire de la commune était encore en vigueur, ce terrain est bordé au nord, à l'ouest et au sud-ouest sur des parcelles à usage d'exploitation agricole sur lesquelles il s'ouvre. Il se situe donc en bordure, en sa limite sud-est, des parties urbanisées de la commune. Il ressort toutefois des pièces composant le dossier de demande de permis d'aménager que le projet consiste à créer 22 lots à bâtir sur une surface de plus de 1,8 hectare, ce qui aura pour conséquence d'accroître significativement le nombre et la densité des constructions situées à Francilly-Selency. Par ailleurs, il ressort en particulier du plan de masse hypothétique joint à la demande que ce projet prévoit la création sur deux rangées de constructions pour une surface de plancher totale de 4 945 m2, desservies par une voie interne au lotissement à créer. Dans ces conditions, compte tenu de l'ampleur et de la densité du projet, l'opération envisagée par la société requérante aura pour effet d'étendre les parties urbanisées de la commune en bordure desquelles le terrain d'emprise du projet se situe.

6. Enfin, la circonstance que le terrain d'emprise du projet litigieux était classé par le POS couvrant le territoire de la commune, devenu caduc à la date de l'arrêté litigieux, en zone 2NA c'est-à-dire " une zone naturelle non équipée à vocation d'habitat destinée à une urbanisation future après modification du POS ", et que le projet réponde à un besoin exprimé par le maire de la commune en terme de construction de logements est sans incidence sur la légalité des décisions en litige.

7. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme que le préfet de l'Aisne a estimé que le terrain d'assiette du projet objet de la demande de permis d'aménager était situé en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune et a considéré, en conséquence, que le projet envisagé n'était pas réalisable sur ce terrain. Un tel moyen doit donc être écarté.

8. En second lieu, il résulte de l'instruction que, s'il n'avait retenu que ce motif, le préfet de l'Aisne aurait émis le même avis. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait, de droit et d'erreur manifeste d'appréciation entachant les motifs de forme de l'avis conforme litigieux et le moyen tiré de ce que c'est à tort que le préfet a considéré que le projet doit s'inscrire dans le cadre d'une réflexion globale menée à l'échelle de la commune doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que le maire de Francilly-Selency était en situation de compétence liée par le refus d'avis conforme du préfet de l'Aisne et tenu en conséquence de rejeter la demande de permis d'aménager présentée par la SAC HLM le Toit Familial. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et d'incompétence négative entachant l'arrêté attaqué doivent être écartés comme inopérants.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la SAC HLM le Toit Familial doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquences, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Francilly-Selency et de l'Etat, qui ne sont pas dans la présente instance partie perdante, la somme demandée par la société requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAC HLM le Toit Familial est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme coopérative HLM le Toit Familial, à la commune de Francilly-Selency et au préfet de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme Parisi et Mme A, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

J. PARISI

Le président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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