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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2102997

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2102997

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2102997
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS ASSOCIES CORNET - VINCENT - SEGUREL

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 1er septembre,

19 novembre 2021 et 3 mars 2022, Mme A B, représentée par Me Chafir, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 1er juillet 2021 par lequel le directeur de l'Université de technologie de Compiègne a mis à sa charge une somme de 4 925, 50 euros au titre des loyers de son logement de fonction des mois de novembre 2019 à mai 2020 et de la décharger du paiement de cette somme ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner l'Université de technologie de Compiègne à lui verser une somme de 4 925, 50 euros au titre du préjudice financier et une somme de 2 000 euros au titre du préjudice moral ;

3°) de mettre à la charge de l'Université de technologie de Compiègne une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre, qui ne peut résulter du courrier de l'avocat de l'Université de technologie de Compiègne, ne repose sur aucune décision de l'Université de technologie de Compiègne ;

- le titre de perception est entaché d'une insuffisance de motivation, dès lors qu'il ne comporte pas les mentions exigées par l'article 24 du décret n° 2102-1246 du 7 novembre 2012, ni celles prévues par les prescriptions générales sur la mise en œuvre des titres I et III du même décret, ni celles de la circulaire du 21 mars 2011 des ministères chargés de l'intérieur et du budget relative à la forme et au contenu des pièces de recettes des collectivités territoriales et de leurs établissements publics ;

- la créance n'est pas fondée, dès lors, d'une part, qu'elle résulte d'une modification unilatérale de son contrat de travail, qui portait sur un élément déterminant de son accord et, d'autre part, que l'octroi d'un logement par nécessité absolue de service était justifié ;

- à titre subsidiaire, la prise en charge des loyers ne peut lui être imputée, dès lors qu'elle résulte d'agissements fautifs de l'université consistant, d'une part, à avoir illégalement décidé de lui attribuer un logement de service et, d'autre part, à avoir illégalement décidé de maintenir cet avantage par sa délibération du 13 décembre 2019 ;

- les préjudices qu'elle subit du fait de ces agissements fautifs s'élèvent à 4 925, 50 euros au titre du préjudice financier, ainsi qu'à 2 000 euros au titre du préjudice moral.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 octobre, 13 décembre 2021 et 2 juin 2022, l'Université de technologie de Compiègne, représentée par Me Pichon, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de Mme B, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables, dès lors que, d'une part, elles ne présentent pas de lien suffisant avec les conclusions principales, et d'autre part, le contentieux n'a pas été lié ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 12 décembre 2022, par ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, administratrice territoriale, a été détachée par arrêté de la ministre de l'enseignement supérieur du 30 mai 2017 sur le poste de directrice générale des services de l'Université de technologie de Compiègne, à compter du 1er juin 2017. Aux termes d'une lettre du 28 février 2017, le directeur de l'Université de technologie de Compiègne indiquait que l'établissement prendrait financièrement en charge un logement. Par décision du 27 août 2019 du directeur de l'Université de technologie de Compiègne, une concession de logement pour nécessité absolue de service a été attribuée à Mme B. A compter la fin du mois d'octobre 2019, l'agent comptable de l'Université de technologie de Compiègne a suspendu le paiement des loyers du logement de la requérante. Par décision du 13 décembre 2019, le conseil d'administration de l'établissement a requis l'agent comptable, afin de payer les loyers de Mme B, qui a libéré son logement en juin 2020. La requérante demande l'annulation du titre exécutoire du

1er juillet 2021, d'un montant de 4 925, 50 euros, par laquelle l'Université de technologie de Compiègne lui demande de régulariser le paiement des loyers des mois de novembre 2019 à mai 2020, ainsi qu'à titre subsidiaire, la condamnation de l'établissement à l'indemniser des préjudices financier et moral qu'elle estime avoir subis.

Sur les conclusions à fin d'annulation du titre :

2. En premier lieu, la requérante ne peut utilement soutenir que le titre litigieux ne repose sur aucune décision de l'autorité administrative, dès lors qu'il constitue, par lui-même, la décision dont elle entend demander l'annulation.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". En application de ces dispositions, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

4. Aux termes du titre litigieux, la somme de 4 925, 50 euros mise à la charge de la requérante, est justifiée par la régularisation des loyers exposés par l'Université de technologie de Compiègne au titre du logement mis à sa disposition entre les mois de novembre 2019 et mai 2020. Ainsi, sans qu'elle puisse utilement se prévaloir des prescriptions générales sur la mise en œuvre des titres I et III du décret précité, ni de la circulaire du 21 mars 2011 des ministères chargés de l'intérieur et du budget relative à la forme et au contenu des pièces de recettes des collectivités territoriales et de leurs établissements publics, et alors qu'elle avait en outre reçu, le 2 juin 2021, un courrier du mandataire de l'Université de technologie de Compiègne détaillant les motifs fondant la demande de remboursement, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le titre contesté indiquerait insuffisamment les bases de liquidation de la créance mise à sa charge.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 2124-65 du code général de la propriété des personnes publiques : " Une concession de logement peut être accordée par nécessité absolue de service lorsque l'agent ne peut accomplir normalement son service, notamment pour des raisons de sûreté, de sécurité ou de responsabilité, sans être logé sur son lieu de travail ou à proximité immédiate. / Des arrêtés conjoints du ministre chargé du domaine et des ministres intéressés fixent la liste des fonctions qui peuvent ouvrir droit à l'attribution d'une concession de logement par nécessité absolue de service ".

6. Il ressort tant de l'arrêté du 23 décembre 2015, en vigueur lors de la nomination de Mme B dans les fonctions de directrice générale des services de l'Université de technologie de Compiègne, que de l'arrêté du 28 juin 2019, en vigueur à la date de la décision du 27 août 2019, par laquelle elle s'est vue octroyer une concession de logement pour nécessité absolue de service, qu'au sein de cet établissement, seuls les agents assurant une fonction de gardiennage pouvaient légalement bénéficier d'un logement dans de telles conditions. Par suite, Mme B, qui n'exerçait pas de telles fonctions, ne pouvait légalement pas bénéficier d'un logement par nécessité absolue de service. Il s'ensuit que la requérante n'est pas fondée à soutenir que son employeur aurait irrégulièrement mis à sa charge les loyers du logement mis à sa disposition.

7. En quatrième lieu, Mme B ne peut utilement soutenir que la suspension de la prise en charge de son logement résulterait d'une modification irrégulière de son contrat ou d'un élément déterminant de son accord, dès lors qu'elle a été nommée dans les fonctions de directrice générale des services de l'Université de technologie de Compiègne dans le cadre d'un détachement et qu'elle était ainsi placée dans une situation légale et réglementaire, laquelle n'autorisait pas la prise en charge de ses frais de logement par son employeur. Au demeurant, la lettre du 28 février 2017, qui se borne à reprendre les termes de l'entretien mené entre le directeur de l'établissement et la requérante, n'est pas de nature à révéler l'existence d'un tel contrat. Enfin, si la requérante soutient que la modification des termes de son engagement aurait dû donner lieu à compensation et qu'elle a été imposée sur des avantages en nature au titre du logement mis à disposition, ces circonstances sont en elles-mêmes sans incidence sur le bien-fondé de la créance mise à sa charge par le titre contesté.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation du titre du 1er juillet 2021. Par suite, ses conclusions aux fins de décharge, fondées sur les mêmes moyens, doivent également être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

9. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ".

10. Si Mme B soutient subir un préjudice financier, ainsi qu'un préjudice moral, elle n'établit cependant pas avoir introduit de demande indemnitaire préalable auprès de l'Université de technologie de Compiègne à ces fins. Par suite, cette dernière est fondée à opposer une fin de non-recevoir sur ce fondement à ces conclusions, lesquelles doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre fin de non-recevoir.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme de 1 500 euros à verser à l'Université de technologie de Compiègne au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de l'Université de technologie de Compiègne, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera à l'Université de technologie de Compiègne une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'Université de technologie de Compiègne.

Délibéré après l'audience du 8 février 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2102997

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