jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2103053 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CALIX SOCIETE D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2021, M. A B, représenté par Me Simon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 juillet 2021 par laquelle la ministre du travail a, d'une part, retiré sa décision implicite du 19 mars 2021 par laquelle elle avait rejeté la demande de la mission locale rurale du Grand Plateau Picard d'autoriser son licenciement et, d'autre part, annulé la décision implicite du 22 septembre 2020 par laquelle l'inspecteur du travail a refusé d'autoriser son licenciement, et autorisé ce licenciement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée, en tant qu'elle annule la décision de l'inspecteur du travail au motif de l'absence d'une procédure contradictoire préalable à cette décision, est illégale dès lors que la décision de l'inspecteur du travail du 22 septembre 2020 a été précédée d'une enquête contradictoire ;
- la décision attaquée est illégale dès lors que la matérialité des faits qui fondent son licenciement n'est pas établie ;
- la décision attaquée est illégale dès lors que les faits qui fondent son licenciement ne constituent pas des fautes d'une gravité suffisante pour justifier ce dernier alors notamment que les courriels dont l'utilisation lui est reprochée étaient nécessaires à sa défense ;
- la décision attaquée est illégale dès lors que son licenciement présente un lien avec son mandat syndical alors qu'il a été l'objet de discrimination syndicale et de harcèlement précédemment.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2021, la mission locale rurale du Grand Plateau Picard, représentée par Me Noirot, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. B une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- la décision d'annuler la décision implicite de l'inspecteur du travail du 22 septembre 2020 aurait pu être fondée sur l'absence de motivation de cette dernière.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Richard, rapporteur,
- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Noirot, représentant la mission locale rurale du Grand Plateau Picard.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a été recruté le 16 octobre 1995 par l'association mission locale rurale du Grand Plateau Picard, sous couvert d'un contrat à durée indéterminée pour exercer des fonctions de conseiller en insertion socio-professionnelle. Il a été investi de mandats de délégué syndical du 29 mai 2007 au 21 janvier 2019, de délégué du personnel entre le 26 janvier 2016 et le 15 décembre 2018 puis de délégué syndical aux commissions paritaires nationales de la branche " missions locales " à compter du 10 février 2020.
2. Par un courrier reçu le 22 juillet 2020, la mission locale a sollicité de l'inspection du travail de l'unité départementale de l'Oise l'autorisation de licencier M. B pour faute. Par une décision implicite née le 22 septembre 2020, l'inspecteur du travail a rejeté cette demande. Saisi d'un recours hiérarchique à l'encontre de cette décision par un courrier de la mission locale du 17 novembre 2020, reçu le 19 novembre 2020, la ministre du travail a implicitement refusé d'y faire droit par une décision née le 19 mars 2021. Par une décision du 15 juillet 2021, la ministre a retiré sa décision implicite de rejet, annulé la décision implicite de rejet de l'inspecteur du travail et a autorisé la mission locale à procéder au licenciement de M. B. Celui-ci demande l'annulation de cette dernière décision.
3. En premier lieu, lorsqu'il est saisi, sur le fondement des dispositions de l'article R. 2422-1 du code du travail, d'un recours hiérarchique contre une décision d'un inspecteur du travail ayant statué sur une demande d'autorisation de licenciement, le ministre chargé du travail doit, soit confirmer cette décision, soit, si celle-ci est illégale, l'annuler, puis se prononcer de nouveau sur la demande d'autorisation de licenciement, compte tenu des circonstances de droit et de fait à la date à laquelle il prend sa propre décision.
4. Aux termes de l'article R. 2421-4 du code du travail : " L'inspecteur du travail procède à une enquête contradictoire au cours de laquelle le salarié peut, sur sa demande, se faire assister d'un représentant de son syndicat () ".
5. Le caractère contradictoire de l'enquête menée conformément aux dispositions de l'article R. 436-4 du code du travail impose à l'inspecteur du travail, saisi d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé fondée sur un motif disciplinaire, de mettre à même l'employeur et le salarié de prendre connaissance de l'ensemble des éléments déterminants qu'il a pu recueillir, y compris les témoignages, et qui sont de nature à établir ou non la matérialité des faits allégués à l'appui de la demande d'autorisation. Toutefois, lorsque la communication de ces éléments serait de nature à porter gravement préjudice aux personnes qui les ont communiqués, l'inspecteur du travail doit se limiter à informer le salarié protégé et l'employeur, de façon suffisamment circonstanciée, de leur teneur.
6. Il ressort des pièces du dossier que l'inspecteur du travail a bien diligenté une enquête contradictoire, dans le cadre de laquelle il a reçu M. B le 14 septembre 2020. Par ailleurs, il n'est pas établi que ce dernier ait remis, à cette occasion, des éléments déterminants pour l'analyse de la demande d'autorisation de son licenciement qui n'auraient pas été communiqués à la mission locale. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que l'annulation de la décision implicite de l'inspecteur du travail, prise au seul motif de l'absence de mise en œuvre d'une procédure contradictoire devant ce dernier, est entachée d'illégalité.
7. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondée sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
8. Aux termes des articles R. 2421-5 et R. 2421-12 du code du travail insérés dans la sous-section relative aux demandes d'autorisation de licenciement, applicables, notamment, aux délégués syndicaux, aux délégués du personnel et aux membres et représentants syndicaux au comité d'entreprise : " La décision de l'inspecteur du travail est motivée () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
9. Il est constant que la mission locale a demandé les motifs du refus implicite de l'inspecteur du travail d'autoriser le licenciement de M. B le 17 novembre 2020 et qu'aucune réponse ne lui a été communiquée dans le mois suivant sa demande, en méconnaissance des dispositions citées au point précédent. Dans ces conditions, le ministre du travail est fondé à demander à ce que ce motif, de nature à fonder légalement la décision attaquée en tant qu'elle annule la décision de l'inspecteur du travail, soit substitué à celui sur le fondement duquel cette dernière est initialement intervenue dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif et que la substitution demandée ne prive pas M. B d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la ministre du travail a entaché d'illégalité sa décision du 15 juillet 2021 en annulant la décision de l'inspecteur du travail du 22 septembre 2020.
11. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le ministre, qui a précisé que " peu impor[tait] le caractère inopiné ou non pour accéder à la messagerie du directeur " n'a pas fondé sa décision sur la circonstance que M. B aurait intentionnellement piraté la messagerie de son supérieur hiérarchique, mais sur le fait que l'intéressé avait utilisé cette messagerie pour y faire des recherches, et diffusé à des tiers des correspondances issues de celle-ci. Il ressort des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas sérieusement contesté, que M. B a profité de l'accès qu'il a eu à la messagerie de son directeur pour effectuer, entre janvier et mars 2020, de nombreuses recherches dans les messages puis a utilisé, entre juin et juillet 2020, certains des messages qu'il s'est ainsi procuré, en les diffusant pour prendre contact avec des tiers, y compris extérieurs à cette mission, afin qu'ils témoignent dans le cadre d'un contentieux prud'homal qui l'opposait à son employeur. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est illégale au motif que la matérialité des faits qui fondent son licenciement n'est pas établie.
12. En troisième lieu, en vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives ou de fonctions de conseiller prud'homme, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.
13. Si M. B soutient qu'il a eu connaissance dans le cadre de ses fonctions des messages dont l'utilisation lui est reprochée, il résulte de ce qui a été dit au point 11 que l'intéressé y a eu accès à l'issue de recherches dans la messagerie professionnelle du directeur de la mission locale qu'il n'avait pas vocation à consulter. Par ailleurs et en tout état de cause, M. B n'établit pas que les messages qu'il a utilisés à la suite de la consultation de cette messagerie étaient nécessaires à l'exercice des droits de sa défense dans le contentieux qui l'opposait à son employeur. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est illégale au motif que les faits qui fondent son licenciement ne constitueraient pas des fautes d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement.
14. En dernier lieu, s'il ressort des pièces du dossier M. B et sa hiérarchie entretiennent des rapports difficiles et qu'un arrêt du 3 juin 2015 de la cour d'appel d'Amiens a reconnu que l'intéressé avait fait l'objet de discrimination en raison de son activité syndicale, ces seules circonstances, anciennes et sans lien avec les fautes qui fondent la demande d'autorisation de licenciement présentée le 20 juillet 2020 par la mission locale, ne sont pas de nature à établir que son licenciement est en lien avec son mandat syndical. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 15 juillet 2021.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais engagés par lui et non compris dans les dépens.
17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la mission locale rurale du Grand Plateau Picard sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la mission locale rurale du Grand Plateau Picard présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à la mission locale rurale du Grand Plateau Picard.
Copie en sera adressée à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités des Hauts-de-France.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Galle, présidente,
- M. Fumagalli, conseiller,
- M. Richard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.
Le rapporteur,
Signé
J. Richard
La présidente,
Signé
C. Galle
Le greffier,
Signé
J.-F. Langlois
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 2103053
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026