jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2103092 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | JURIS PHARMA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 septembre 2021, la SELARL Pharmacie des aigles et la SELARL Pharmacie de Paris, représentées par Me Thiebaut, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2021 par lequel le directeur général de l'agence régionale de santé Hauts-de-France a autorisé le transfert de l'officine détenue par
l'EURL Bertocchi au sein de la commune de Chantilly ;
2°) de mettre à la charge de l'agence régionale de santé Hauts-de-France la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- le signataire de l'arrêté attaqué était incompétent ;
- il n'est pas établi par l'arrêté attaqué que le dossier de demande était complet ;
- l'arrêté attaqué aurait dû définir les limites du quartier d'origine de l'officine dont le transfert a été autorisé ;
- la définition du quartier d'accueil de l'officine aurait dû inclure la partie située au-delà de la route départementale 909 jusqu'à la rivière de la Nonette ;
- le transfert autorisé compromet l'approvisionnement en médicaments du quartier d'origine de l'officine alors notamment que la nouvelle officine ne sera pas accessible au public par voie piétonnière ou par un mode de transport motorisé répondant aux conditions prévues par le décret du 30 juillet 2018 ;
- l'emplacement de la nouvelle officine ne répond pas aux exigences de l'article L. 5125-3 du code de la santé publique quant à ses modalités d'accès notamment piétonniers et par les transports en commun ou à la présence de places de stationnement et quant à l'accessibilité des locaux et la garantie d'un accès permanent du public en vue d'assurer un service de garde et d'urgence ;
- le quartier d'accueil du transfert était déjà correctement approvisionné.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2021, l'EURL Bertocchi, représentée par Me Everaere, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros chacune soit mise à la charge de la SELARL Pharmacie de l'aigle et la SELARL Pharmacie de Paris en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les sociétés requérantes sont dépourvues d'intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par la SELARL Pharmacie des aigles et la SELARL Pharmacie de Paris ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2021, l'agence régionale de santé Hauts-de-France conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les moyens soulevés par la SELARL Pharmacie des aigles et la SELARL Pharmacie de Paris ne sont pas fondés ;
- il peut également être tenu compte de la ligne de bus Boussac-Lefébure de la desserte urbaine cantilienne qui dessert depuis le quartier d'origine le quartier d'accueil de l'officine.
Par courrier du 27 avril 2023, il a été demandé aux parties d'indiquer, si l'effet rétroactif d'une annulation éventuelle de l'arrêté du 28 juin 2021 était de nature à emporter des conséquences manifestement excessives en raison tant des effets que cet acte a produit et des situations qui ont pu se constituer lorsqu'il était en vigueur que de l'intérêt général pouvant s'attacher à un maintien temporaire de ses effets et de présenter leurs observations sur les délais nécessaires à l'édiction d'un nouvel arrêté se prononçant sur la demande dont l'agence régionale de santé a été saisie.
Par un mémoire enregistré le 4 mai 2023, l'agence régionale de santé Hauts-de-France fait valoir que :
- une annulation de l'arrêté du 28 juin 2021 serait de nature à emporter des conséquences manifestement excessives au regard de l'approvisionnement en médicament des quartiers d'accueil et d'origine de l'officine et de la désorganisation du système de garde des pharmacies ;
- un délai de six mois serait nécessaire pour se prononcer de nouveau sur une demande de transfert.
Par un mémoire enregistré le 12 mai 2023, l'EURL Bertocchi, représentée par
Me Chaland-Giovannoni, fait valoir qu'une annulation de l'arrêté du 28 juin 2021 serait de nature à emporter des conséquences manifestement excessives alors qu'elle n'est pas en mesure de réinstaller son officine dans son local d'origine ce qui conduirait à sa fermeture immédiate avec des conséquences financières importantes, ce qui mettrait également en péril l'approvisionnement en médicament de son quartier d'accueil et désorganiserait le système de garde des pharmacies.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pierre,
- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,
- et les observations de Mme A, représentant l'agence régionale de santé Hauts-de-France.
Une note en délibéré présentée par l'agence régionale de santé Hauts-de-France a été enregistrée le 2 juin 2023.
Considérant ce qui suit :
1. L'EURL Bertocchi a demandé, le 5 mars 2021 à l'agence régionale de santé Hauts-de-France, l'autorisation de transférer l'officine qu'elle exploitait 3, avenue de Verdun à Chantilly au 11, avenue Victor Hugo de la même commune. Par un arrêté du 28 juin 2021, dont la SELARL Pharmacie des aigles et la SELARL Pharmacie de Paris demandent l'annulation, le directeur général de l'agence régionale de santé Hauts-de-France a autorisé ce transfert.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Il ressort des pièces du dossier que l'officine détenue par la SELARL Pharmacie de Paris est située rue de Gouvieux sur la limite définie par l'arrêté attaqué du quartier d'accueil de la pharmacie des lycées détenue par l'EURL Bertocchi, dans une zone qui n'était desservie par aucune officine. Ainsi, bien qu'elle soit située à environ un kilomètre de l'emplacement retenu par celle-ci, elle dispose d'un intérêt à agir à l'encontre de l'arrêté attaqué. En revanche, alors que l'officine détenue par la SELARL Pharmacie des aigles est située à plus de 1,5 kilomètre de l'emplacement retenu, sur le territoire d'une autre commune et en l'absence de tout autre élément permettant d'établir que le transfert contesté aurait une incidence sur son activité, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle disposerait d'un intérêt à agir contre l'arrêté attaqué.
3. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de l'absence d'intérêt à agir des sociétés requérantes doit être accueillie s'agissant de la
SELARL Pharmacie des aigles mais être écartée s'agissant de la SELARL Pharmacie de Paris.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 5125-3 du code de la santé publique : " Lorsqu'ils permettent une desserte en médicaments optimale au regard des besoins de la population résidente et du lieu d'implantation choisi par le pharmacien demandeur au sein d'un quartier défini à l'article L. 5125-3-1, d'une commune ou des communes mentionnées à l'article
L. 5125-6-1, sont autorisés par le directeur général de l'agence régionale de santé, respectivement dans les conditions suivantes : / 1° Les transferts et regroupements d'officines, sous réserve de ne pas compromettre l'approvisionnement nécessaire en médicaments de la population résidente du quartier, de la commune ou des communes d'origine. / L'approvisionnement en médicaments est compromis lorsqu'il n'existe pas d'officine au sein du quartier, de la commune ou de la commune limitrophe accessible au public par voie piétonnière ou par un mode de transport motorisé répondant aux conditions prévues par décret, et disposant d'emplacements de stationnement ; () ". Aux termes de l'article L. 5125-3-1 du même code : " Le directeur général de l'agence régionale de santé définit le quartier d'une commune en fonction de son unité géographique et de la présence d'une population résidente. L'unité géographique est déterminée par des limites naturelles ou communales ou par des infrastructures de transport. / Le directeur général de l'agence régionale de santé mentionne dans l'arrêté prévu au cinquième alinéa de l'article L. 5125-18 le nom des voies, des limites naturelles ou des infrastructures de transports qui circonscrivent le quartier. ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'elles imposent au directeur général de l'Agence régionale de santé de mentionner expressément dans l'arrêté, le nom des voies, limites naturelles ou infrastructure de transports qui circonscrivent l'unité géographique et la population résidente qui déterminent les limites du quartier d'accueil du projet de transfert et du quartier d'origine de l'officine pour assurer l'information claire et intelligible du public concerné, compte tenu de l'impératif de recherche d'une desserte en médicaments optimale au regard des besoins de la population résidente et du lieu d'implantation choisi par le pharmacien demandeur au sein d'un quartier sans compromettre l'approvisionnement nécessaire en médicaments de la population résidente du quartier d'origine.
6. Par suite, alors que l'arrêté attaqué ne précise pas quelles seraient les limites du quartier d'origine de l'officine en méconnaissance des dispositions précitées, les sociétés requérantes sont fondées à en demander l'annulation, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.
7. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 28 juin 2021 par lequel le directeur général de l'agence régionale de santé Hauts-de-France a autorisé le transfert de l'officine détenue par l'EURL Bertocchi au sein de la commune de Chantilly doit être annulé.
Sur les effets de l'annulation :
8. L'annulation d'un acte administratif implique en principe que cet acte est réputé n'être jamais intervenu. Toutefois, s'il apparaît que cet effet rétroactif de l'annulation est de nature à emporter des conséquences manifestement excessives en raison tant des effets que cet acte a produits et des situations qui ont pu se constituer lorsqu'il était en vigueur, que de l'intérêt général pouvant s'attacher à un maintien temporaire de ses effets, il appartient au juge administratif, après avoir recueilli sur ce point les observations des parties et examiné l'ensemble des moyens, d'ordre public ou invoqués devant lui, pouvant affecter la légalité de l'acte en cause, de prendre en considération, d'une part, les conséquences de la rétroactivité de l'annulation pour les divers intérêts publics ou privés en présence et, d'autre part, les inconvénients que présenterait, au regard du principe de légalité et du droit des justiciables à un recours effectif, une limitation dans le temps des effets de l'annulation. Il lui revient d'apprécier, en rapprochant ces éléments, s'ils peuvent justifier qu'il soit dérogé au principe de l'effet rétroactif des annulations contentieuses et, dans l'affirmative, de prévoir dans sa décision d'annulation, ou, lorsqu'il a décidé de surseoir à statuer sur cette question, dans sa décision relative aux effets de cette annulation, que, sous réserve des actions contentieuses engagées à la date de sa décision prononçant l'annulation contre les actes pris sur le fondement de l'acte en cause, tout ou partie des effets de cet acte antérieurs à son annulation devront être regardés comme définitifs ou même, le cas échéant, que l'annulation ne prendra effet qu'à une date ultérieure qu'il détermine.
9. Eu égard aux effets de l'annulation de la décision de transfert en litige sur l'offre de médicaments et la desserte de la population du quartier d'accueil alors qu'il ressort des pièces du dossier que l'EURL Bertocchi ne dispose plus de son ancien local, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de ne prononcer l'annulation de la décision contestée qu'à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la date du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SELARL Pharmacie de Paris, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'EURL Bertocchi demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'agence régionale de santé Hauts-de-France une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SELARL Pharmacie de Paris et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SELARL Pharmacie des aigles, la somme demandée par l'EURL Bertocchi sur le même fondement.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 28 juin 2021 par lequel le directeur général de l'agence régionale de santé Hauts-de-France a autorisé le transfert de l'officine détenue par l'EURL Bertocchi au sein de la commune de Chantilly est annulé à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la date du présent jugement.
Article 2 : L'agence régionale de santé Hauts-de-France versera la somme de 1 500 euros à la SELARL Pharmacie de Paris en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par l'EURL Bertocchi en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SELARL Pharmacie des aigles, à la SELARL Pharmacie de Paris, à l'EURL Bertocchi et à l'agence régionale de santé Hauts-de-France.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
M. Menet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.
La rapporteure,
Signé
A-L Pierre
Le président,
Signé
B. Boutou
La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026