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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2103173

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2103173

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2103173
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 septembre 2021 et le 17 août 2023, M. B D et Mme E D demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2021 par lequel la maire de la commune d'Amiens s'est opposée à leur déclaration préalable tendant à la construction d'un carport sur la parcelle cadastrée CV (ANO(n° 578, située 9(/ANO) rue Voyelle sur le territoire de cette commune, ensemble la décision implicite rejetant leur recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Amiens de leur délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- le projet litigieux pouvait être autorisé au bénéfice d'adaptations mineures ;

- la maire de la commune d'Amiens ne pouvait leur opposer l'atteinte au caractère des lieux avoisinants dès lors que la construction projetée s'intègre harmonieusement au paysage naturel et aux bâtis environnants et que leurs voisins ont donné leur accord ;

- la construction doit s'implanter à l'endroit où un garage était antérieurement implanté ;

- la construction d'un bâtiment a été autorisée en limite séparative sur une parcelle située à 300 mètres de leur propriété.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 13 juillet 2023 et le 30 octobre 2023, la commune d'Amiens conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- M. et Mme D sont dépourvus de qualité à agir, à défaut de justifier de leur qualité de propriétaires de l'immeuble situé 9 rue Voyelle ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 octobre 2023 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Parisi, conseillère,

- les conclusions de Mme Beaucourt, rapporteure publique,

- et les observations de M. et Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D et Mme E D ont déposé, le 11 décembre 2020, une déclaration préalable tendant à la construction d'un carport sur la parcelle leur appartenant, cadastrée CV rue Voyelle, sur le territoire de la commune d'Amiens. Par un arrêté du 8 avril 2021, la maire de cette commune s'est opposée à cette déclaration. Par un courrier du 30 mai 2021, dont la maire de la commune a accusé réception le 2 juin suivant, M. et Mme D ont introduit un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté. Par la requête précitée, ils demandent l'annulation de l'arrêté du 8 avril 2021, ensemble la décision implicite rejetant leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Une décision rejetant une demande d'autorisation d'urbanisme pour plusieurs motifs ne peut être annulée par le juge de l'excès de pouvoir à raison de son illégalité interne, réserve faite du détournement de pouvoir, que si chacun des motifs qui pourraient suffire à la justifier sont entachés d'illégalité. En outre, en application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le tribunal administratif saisi doit, lorsqu'il annule une telle décision de refus, se prononcer sur l'ensemble des moyens de la demande qu'il estime susceptibles de fonder cette annulation, qu'ils portent d'ailleurs sur la légalité externe ou sur la légalité interne de la décision. En revanche, lorsqu'il juge que l'un ou certains seulement des motifs de la décision de refus en litige sont de nature à la justifier légalement, le tribunal administratif peut rejeter la demande tendant à son annulation sans être tenu de se prononcer sur les moyens de cette demande qui ne se rapportent pas à la légalité de ces motifs de refus.

3. D'une part, aux termes de l'article UC.7 du règlement écrit du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune d'Amiens relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives, dans ses dispositions applicables au secteur UCn : " Les constructions doivent s'implanter en retrait des limites d'une distance au moins égale à la moitié de la hauteur de la façade de la construction, faisant vis-à-vis à la limite séparative, avec un minimum de 3 m. ".

4. D'autre part, aux termes de l'articles L. 152-3 du code de l'urbanisme : " Les règles et servitudes définies par un plan local d'urbanisme : / 1° Peuvent faire l'objet d'adaptations mineures rendues nécessaires par la nature du sol, la configuration des parcelles ou le caractère des constructions avoisinantes ; / 2° Ne peuvent faire l'objet d'aucune autre dérogation que celles prévues par les dispositions de la présente sous-section ". Et aux termes de l'article 5 des dispositions générales du règlement écrit du PLU : " Des adaptations mineures à l'application des dispositions du règlement peuvent être accordées par l'autorité compétente pour statuer lorsqu'elles sont rendues nécessaires par la nature du sol, la configuration des parcelles ou le caractère des constructions avoisinantes. ".

5. Il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de permis de construire, de déterminer si le projet qui lui est soumis ne méconnaît pas les dispositions du plan local d'urbanisme applicables, y compris telles qu'elles résultent le cas échéant d'adaptations mineures lorsque la nature particulière du sol, la configuration des parcelles d'assiette du projet ou le caractère des constructions avoisinantes l'exige. Le pétitionnaire peut, à l'appui de sa contestation, devant le juge de l'excès de pouvoir, du refus opposé à sa demande se prévaloir de la conformité de son projet aux règles d'urbanisme applicables, le cas échéant assorties d'adaptations mineures dans les conditions précisées ci-dessus, alors même qu'il n'a pas fait état, dans sa demande à l'autorité administrative, de l'exigence de telles adaptations.

6. Il ressort des pièces du dossier que la construction projetée s'implante en limite séparative latérale, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article UC.7 du règlement écrit du PLU de la commune d'Amiens applicables au secteur UCn, dont relève le terrain d'assiette du projet litigieux. Dans ces conditions, la maire de la commune d'Amiens pouvait légalement s'opposer au projet pour ce motif.

7. M. et Mme D soutiennent que leur projet pouvait cependant faire l'objet d'une adaptation mineure en autorisant l'implantation de la construction litigieuse en limite séparative latérale ou en retrait de 1 mètre par rapport à cette limite. Toutefois, s'ils se prévalent, au demeurant sans l'établir par les seules photos qu'ils produisent, de la présence de tuyaux d'assainissement et raccordement au gaz enfouis dans le sol, d'installations électriques et de gaz, de la nature particulière du sol de leur terrain situé à proximité des hortillonnages, ainsi que de l'implantation de la construction principale à usage d'habitation, ces seules circonstances ne suffisent pas à établir la nécessité, pour leur construction, d'une adaptation au regard de la règle posée par l'article UC.7 du règlement écrit du PLU communal. En tout état de cause, l'adaptation sollicitée ne peut être regardée, par son ampleur, comme ayant un caractère mineur au sens des dispositions précitées de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme. Par suite, la maire de la commune d'Amiens n'a pas, en ne faisant pas usage de la faculté d'autoriser des adaptations mineures qu'elle tient des dispositions de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme, entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que la maire de la commune d'Amiens était fondée à s'opposer à la déclaration préalable sollicitée pour le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UC.7 du règlement écrit du PLU de la commune, applicables au secteur UCn. Il résulte de l'instruction que la maire d'Amiens aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur ce seul motif de nature à fonder légalement l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, sans qu'il ne soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués par M. et Mme D, ni sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. et Mme D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Mme E D et à la commune d'Amiens.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme Parisi, conseillère,

- M. A, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

J. PARISI

Le président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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