vendredi 12 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2103180 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | HMS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 20 septembre 2021 et 12 octobre 2023, Mme C, représentée par Me Bellanger, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 2 juillet 2021 par laquelle le jury académique a estimé qu'elle n'était pas apte à se voir délivrer le certificat d'aptitude de professeur des écoles et qu'une année supplémentaire de stage ne lui permettrait pas d'acquérir les compétences suffisantes à la délivrance de ce certificat ;
2°) d'annuler la décision du 20 juillet 2021 par laquelle le recteur de l'académie d'Amiens l'a licenciée ;
3°) d'enjoindre au recteur de l'académie d'Amiens de statuer de nouveau sur sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son stage a été illégalement renouvelé par arrêté du 15 février 2021, de telle sorte que les rapports établis à compter de cette date, et notamment celui de l'inspecteur de l'éducation nationale en date du 31 mai 2021, sont irréguliers ;
- son licenciement est intervenu sans examen complet et sérieux de sa situation, dès lors, d'une part, que seul le rapport établi à la suite de l'inspection pédagogique inopinée dont elle a fait l'objet le 31 mai 2021 a été pris en compte, et, d'autre part, que la période de février 2020 à septembre 2020 durant laquelle des rapports d'inspection ont été établis, n'a pas été prise en compte, ce qui a vicié l'appréciation du jury sur son aptitude professionnelle ;
- le rapport de l'inspection dont elle a fait l'objet le 31 mai 2021 est illégal dès lors que cette inspection n'a pas été réalisée par un inspecteur relevant de la circonscription de son affectation, que l'inspection s'est déroulée dans des conditions ne permettant pas d'apprécier son aptitude à exercer ses fonctions et que l'appréciation portée par l'inspecteur est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle n'a pas été mise en mesure de préparer ses observations devant le jury, dès lors qu'elle n'a eu communication du rapport de l'inspection du 31 mai 2021 que tardivement et que le rapport de l'inspection dont elle a fait l'objet le 17 novembre 2020 ne lui a jamais été transmis malgré ses demandes ;
- elle a été privée de la garantie tenant à la possibilité, prévue à l'article 6 de l'arrêté du 22 août 2014, de présenter ses observations devant le jury ;
- la composition du jury est irrégulière et méconnait le principe d'égalité des candidats ainsi que le principe d'impartialité ;
- sa scolarité ne s'est pas déroulée dans les conditions prévues par l'arrêté du 28 juillet 1999 et par l'arrêté du 15 juin 2012 ;
- les décisions contestées sont entachées d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2023, le recteur de l'académie d'Amiens conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 2 juillet 2021 du jury d'académie sont irrecevables ;
- les autres moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Par un courrier du 6 février 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la situation de compétence liée du recteur de l'académie d'Amiens compte tenu de l'avis défavorable émis par le jury académique à la titularisation de Mme C.
Des observations en réponse au moyen d'ordre public ont été présentées le 9 février 2024 pour Mme C, et ont été communiquées.
Par ordonnance du 13 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 novembre 2023 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n°90-680 du 1 août 1990 relatif au statut particulier des professeurs des écoles ;
- l'arrêté du 15 juin 2012 fixant le cahier des charges de la formation des professeurs, documentalistes et conseillers principaux d'éducation ;
- l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation des professeurs des écoles stagiaires ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Parisi, conseillère,
- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,
- et les observations de Me Cortès pour Mme C et de M. A pour le recteur de l'académie d'Amiens.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C a été nommée en qualité de professeure des écoles stagiaires pour l'année scolaire 2018/2019 à l'école élémentaire . Son stage a été prolongé au-delà du 1er septembre 2019, en raison de l'interruption de ses fonctions entre le 3 septembre 2018 et 25 mars 2019 consécutive aux congés pour maladie, pour maternité puis au congé parental dont elle a bénéficié successivement. Elle a ensuite bénéficié, à compter du 19 février 2020, d'un renouvellement de stage pour une seconde année accomplie à partir du 1er septembre 2020 au sein de l'école élémentaire de la commune de . Sa situation n'ayant pas été examinée par le jury académique réuni au mois de décembre 2020, son stage a été renouvelé, jusqu'au 31 août 2021, par un nouvel arrêté du 15 février 2021. Par une délibération du 2 juillet 2021, le jury académique d'évaluation et de titularisation des professeurs des écoles de l'académie d'Amiens a émis un avis défavorable à la titularisation de Mme C à l'issue de cette dernière année de stage. Par un arrêté du 20 juillet 2021, le recteur de l'académie d'Amiens a prononcé son licenciement. Par sa requête, Mme C demande l'annulation de la délibération du 2 juillet 2021 et de l'arrêté du 20 juillet suivant.
Sur la délibération du 2 juillet 2021 :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation des professeurs des écoles stagiaires, alors applicable : " Le jury se prononce sur le fondement du référentiel de compétences prévu par l'arrêté du 1er juillet 2013 susvisé, après avoir pris connaissance des avis suivants : / I - Pour les professeurs des écoles stagiaires qui effectuent leur stage dans les écoles et établissements visés à l'article 2 du décret du 1er août 1990 susvisé : / 1° L'avis de l'inspecteur de l'éducation nationale désigné par le recteur, établi sur la base d'une grille d'évaluation et après consultation du rapport du tuteur désigné par le recteur, pour accompagner le fonctionnaire stagiaire pendant sa période de mise en situation professionnelle. L'avis peut également résulter d'une inspection ; / 2° L'avis du directeur de l'école supérieure du professorat et de l'éducation responsable de la formation du stagiaire ". Aux termes de l'article 7 de cet arrêté : " Le professeur stagiaire a accès, à sa demande, à la grille d'évaluation, aux avis et rapports mentionnés à l'article 5. ".
3. D'une part, si Mme C soutient que son stage a été illégalement renouvelé par un arrêté du 15 février 2021, il ressort toutefois des pièces du dossier que cet arrêté est devenu définitif à défaut de toute contestation dans le délai de recours contentieux. Par suite, et alors que cet arrêté ne forme pas, avec la délibération par laquelle le jury académique a émis un avis défavorable à la titularisation de la requérante, une opération administrative unique, l'illégalité de l'arrêté du 15 février 2021 devenu définitif ne peut être invoquée à l'appui du recours dirigé contre la délibération du jury. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que les rapports établis à compter du renouvellement de son stage le 15 février 2021 sont irréguliers et ne pouvaient fonder l'appréciation du jury académique.
4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le dossier soumis au jury académique était composé de l'avis et du rapport de l'inspecteur de l'éducation nationale rédigé après l'inspection réalisée le 31 mai 2021, des rapports des deux tuteurs de l'éducation nationale ayant suivi Mme C tout le long de sa période de stage, et de l'avis de la directrice de l'école supérieure du professorat. Ainsi, et alors que le dossier soumis au jury académique contenait le rapport de l'inspection réalisée le 31 mai 2021 réalisée dans le cadre du renouvellement de son stage à compter du 15 février 2021, Mme C ne peut utilement soutenir que le dossier soumis au jury académique devait comporter le rapport de l'inspection effectuée le 17 novembre 2020. En outre, la seule circonstance que l'inspecteur d'académie ait indiqué à Mme C, dans un courrier du 29 juin 2021, que seul le rapport de l'inspecteur de l'éducation nationale allait être pris en compte dans la décision du jury de titularisation, ne permet pas de considérer que le jury n'aurait pas pris connaissance du dossier complet de l'intéressée conformément aux dispositions précitées de l'article 5 de l'arrêté ministériel du 22 août 2014. Enfin, si Mme C fait valoir que les rapports d'inspection établis au cours de la période de février 2020 à septembre 2020, durant laquelle elle était placée en prolongation de stage, n'ont pas été pris en compte par le jury académique, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que le jury n'aurait pas été en mesure de rendre un avis éclairé sur ses capacités professionnelles alors, d'une part, que l'appréciation de la manière de servir d'un professeur stagiaire doit être faite en fin de stage, d'autre part, que Mme C n'établit pas, à défaut de toute production en ce sens, avoir fait l'objet d'un rapport d'inspection en mai 2020 comme elle l'affirme dans ses écritures, et, enfin qu'elle a été entendue au cours d'un entretien par le jury académique le 2 juillet 2021 à l'occasion duquel elle a pu faire état de ses observations. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que sa situation n'a pas fait l'objet d'une examen réel et complet par le jury, ni que l'appréciation du jury a été viciée. Ce moyen doit donc être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation des professeurs des écoles stagiaires : " Après délibération, le jury établit la liste des fonctionnaires stagiaires qu'il estime aptes à être titularisés. En outre, l'avis défavorable à la titularisation concernant un stagiaire qui effectue une première année de stage doit être complété par un avis sur l'intérêt, au regard de l'aptitude professionnelle, d'autoriser le stagiaire à effectuer une seconde et dernière année de stage. / Les stagiaires qui n'ont pas été jugés aptes à être titularisés à l'issue de la première année de stage et qui accomplissent une seconde année de stage bénéficient obligatoirement d'une inspection. "
6. S'il résulte de ces dispositions que Mme C devait obligatoirement bénéficier d'une inspection par un inspecteur de l'éducation nationale, dès lors qu'elle a accompli une seconde année de stage, aucune disposition de l'arrêté du 22 août 2014 n'impose toutefois que cette inspection soit réalisée par un inspecteur relevant de la circonscription dans laquelle l'intéressée était affectée, ni même que cette dernière soit informée à l'avance de la tenue de cette inspection, dont l'objectif est d'apprécier son aptitude à exercer ses fonctions. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'inspection à laquelle elle a été soumise le 31 mai 2021 s'est déroulée dans des conditions ne permettant pas d'apprécier son aptitude à exercer ses fonctions. Ce moyen doit donc être écarté.
7. En troisième lieu, l'appréciation de l'inspecteur de l'éducation nationale constitue un acte préparatoire insusceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, Mme C ne peut utilement contester l'appréciation portée par l'inspecteur sur ses capacités professionnelles lors de son inspection.
8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C a consulté le dossier mis à disposition du jury académique le 24 juin 2021, soit huit jours avant son entretien avec le jury qui s'est déroulé le 2 juillet 2021, et qu'elle a donc disposé d'un délai suffisant pour préparer utilement sa défense avant d'être entendue par le jury. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit au point 4 du présent jugement que le dossier soumis au jury et que Mme C a consulté était complet, conformément aux dispositions précitées de l'article 5 de l'arrêté ministériel du 22 août 2014, sans que l'intéressée ne puisse utilement se prévaloir de l'absence de communication du rapport d'inspection effectué le 17 novembre 2020, ni même du rapport de la conseillère pédagogique départementale spécialisée en maternelle consécutif à sa visite du 10 mai 2021 dès lors qu'aucune disposition de cet arrêté du 22 août 2014 ne prévoit une telle communication. Par suite, le moyen tiré de ce qu'elle a été privée des garanties attachées aux droits de la défense à l'occasion de son audition devant le jury doit être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation des professeurs des écoles stagiaires : " Il est constitué un jury académique de cinq à huit membres nommés par le recteur./ Le recteur ou son représentant préside le jury. / A la demande de son président, le jury peut se constituer en groupes d'examinateurs en fonction des effectifs. / () / Chaque jury académique institué pour une session demeure compétent jusqu'à la date à laquelle est nommé le jury de la session suivante. / ().". Et aux termes de l'article 6 de cet arrêté : " Le jury entend au cours d'un entretien chaque fonctionnaire stagiaire pour lequel il envisage de ne pas proposer la titularisation. "
10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 31 mai 2021, le recteur de l'académie d'Amiens a constitué un jury académique d'évaluation et de titularisation des professeurs des écoles stagiaires, composé de huit membres. Si Mme C n'a été auditionnée, lors de son entretien du 2 juillet 2021, que par deux membres du jury, cette circonstance n'est pas de nature à entacher d'irrégularité la délibération du même jour dès lors que l'arrêté susmentionné du 31 mai 2021 prévoit en son article 3 la possibilité de " se constituer en sous-commissions pour entendre au cours d'un entretien les stagiaires pour lesquels il envisage de ne pas proposer la titularisation ", conformément à l'article 4 de l'arrêté du 22 août 2014. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce qu'elle a été privée de la garantie tenant à la possibilité, prévue à l'article 6 de l'arrêté du 22 août 2014, de présenter ses observations devant le jury et de la composition irrégulière du jury doivent être écartés.
11. En sixième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article 4 de l'arrêté du 22 août 2014 que le jury académique institué pour une session n'est compétent que jusqu'à ce qu'un jury de la session suivante soit nommé. En l'espèce, dès lors que le stage de Mme C a été renouvelé jusqu'au 31 août 2021, cette dernière relevait donc bien du jury de la session 2021 régulièrement nommé le 31 mai 2021 par le recteur de l'académie d'Amiens. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la composition du jury qui l'a évaluée méconnait le principe d'égalité entre les candidats en ce qu'il est différent du jury de la session 2020 s'étant réuni en décembre 2020. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
12. En septième lieu, si l'inspecteur ayant procédé, le 31 mai 2021, à l'inspection de Mme C à la suite de laquelle il a rédigé à l'attention du jury académique un rapport et un avis défavorable à la titularisation de l'intéressée, faisait partie des membres du jury académique nommés par arrêté du recteur du 31 mai 2021, cette seule circonstance n'est pas de nature à démontrer que la requérante n'aurait pas été évaluée en toute impartialité alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'inspecteur a fait preuve de partialité dans son appréciation des mérites professionnels et surtout qu'il ne faisait pas partie de la sous-commission ayant reçu Mme C en entretien. Par suite, le moyen tiré de ce que la composition du jury méconnait le principe d'impartialité doit être écarté.
13. En huitième lieu, aux termes de l'article 10 du décret n°90-680 du 1 août 1990 relatif au statut particulier des professeurs des écoles, dans sa rédaction applicable au litige : " Les professeurs stagiaires accomplissent un stage d'un an. Au cours de leur stage, les professeurs stagiaires bénéficient d'une formation organisée, dans le cadre des orientations définies par l'Etat, par un établissement d'enseignement supérieur, visant l'acquisition des compétences nécessaires à l'exercice du métier. Cette formation alterne des périodes de mise en situation professionnelle dans une école et des périodes de formation au sein de l'établissement d'enseignement supérieur. Elle est accompagnée d'un tutorat et peut être adaptée pour tenir compte du parcours antérieur des professeurs stagiaires. / Les modalités du stage et les conditions de son évaluation par un jury sont arrêtées conjointement par le ministre chargé de l'éducation et par le ministre chargé de la fonction publique. () ". Et aux termes de l'annexe de l'arrêté du 15 juin 2012 fixant le cahier des charges de la formation des professeurs, documentalistes et conseillers principaux d'éducation : " () A l'issue du concours, les fonctionnaires stagiaires sont placés en situation d'exercice du métier et affectés dans une école ou un établissement scolaire. La formation lors de l'année de stage se compose, d'une part, d'un dispositif d'accueil, d'aide à la prise de fonction, puis d'accompagnement et de tutorat tout au long de l'année et, d'autre part, de cycles ou de sessions de formation pédagogique et didactique. Le volume de formation et d'accompagnement dispensé est équivalent, au plus, à un tiers de l'obligation réglementaire de service du corps auquel appartient le stagiaire ".
14. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que Mme C soutient, elle a bénéficié tout au long de son stage d'heures de formation au sein de l'institut national supérieur du professorat et de l'éducation de l'académie d'Amiens, en parallèle de l'exercice de ses fonctions au sein des établissements dans lesquels elle a été affectée et qu'elle a bénéficié d'un accompagnement par deux enseignants désignés en qualité de tuteurs. Si Mme C soutient qu'elle n'a eu aucun retour écrit de ses tuteurs et que ces derniers ne lui ont jamais remis les outils nécessaires à son suivi, il ressort toutefois des pièces du dossier que ceux-ci ont été présents tout au long de son stage durant lequel ils lui ont prodigué de nombreux conseils, et ont demandé, en janvier 2021, la mise en place d'un suivi personnalisé dans le cadre d'un dispositif personnalisé d'accompagnement et de soutien en réponse aux difficultés dont Mme C faisait preuve. En se bornant à contester les conditions dans lesquelles le suivi personnalisé a été mis en œuvre, Mme C ne conteste pas utilement avoir été mise en mesure, par ces différents dispositifs, d'appréhender les difficultés qu'elle rencontrait dans sa pratique pédagogique et sa gestion de classe, dont ses tuteurs lui avaient régulièrement fait part et de s'efforcer d'y remédier. Enfin, Mme C ne peut utilement se prévaloir de l'arrêté du 28 juillet 1999 fixant les modalités de déroulement de la deuxième année de stage des professeurs des écoles stagiaires autorisés à renouveler leur stage, dont les dispositions ont été abrogées par un arrêté du 12 mai 2010. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme C n'a pas bénéficié de conditions de stage régulières doit être écarté.
15. En dernier lieu, les jurys académiques, appelés notamment à se prononcer en vue de la titularisation des professeurs stagiaires nommés dans certains corps, statuent à l'issue d'une période de formation et de stage. S'agissant non d'un concours ou d'un examen mais d'une procédure tendant à l'appréciation de la manière de servir qui doit être faite en fin de stage, cette appréciation est contrôlée par le juge de l'excès de pouvoir et peut être censurée en cas d'erreur manifeste.
16. En l'espèce, pour émettre un avis défavorable à la titularisation de Mme C à l'issue des deux années de stage, le jury académique a notamment relevé que l'intéressée a rencontré des difficultés professionnelles dont elle n'a pas pris la mesure et qu'elle conteste, et qu'elle n'était pas en mesure d'expliciter ses démarches pédagogiques et didactiques. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport de l'inspecteur de l'éducation nationale du 31 mai 2021, de l'avis de la directrice de l'INSPE et des avis de ses deux tuteurs que Mme C n'a pas acquis les compétences liées à la maitrise des contenus disciplinaires et à leur didactique ni toutes les compétences éducatives et pédagogiques nécessaires à l'exercice des fonctions de professeur des écoles, et ce bien qu'elle ait exercé ses fonctions dans une classe de grande-section de seulement treize élèves, qu'elle ait bénéficié d'une prolongation puis d'un renouvellement de stage et qu'elle ait été accompagnée et conseillée durant toute la durée de son stage par ses tuteurs puis, à la fin de son stage, par la mise en place d'un suivi spécialisé. Il ressort des différents rapports et avis qu'il est notamment reproché à Mme C, malgré le suivi et les conseils dont elle a bénéficié, de ne pas maîtriser les contenus disciplinaires et les concepts clés utiles à son enseignement, de ne pas mettre en œuvre les transpositions didactiques appropriées, de ne pas fixer les objectifs à atteindre et les moyens d'y parvenir ni de donner du sens aux apprentissages, et de ne pas mettre en œuvre des transpositions didactiques appropriées. Si quelques avis soulignent des progrès réalisés par Mme C, notamment dans sa façon de s'adresser à ses élèves, ils relèvent également la difficulté de l'intéressée à mettre en œuvre les conseils et recommandations qui lui sont prodigués, que Mme C avait elle-même soulignée lors de la mise en place du dispositif d'accompagnement spécialisé dont elle a fait l'objet à compter de mars 2021.
17. Si, pour contester ces avis, Mme C se prévaut de plusieurs témoignages de collègues, parents-d'élèves et des cheffes des établissements dans lesquels elle a exercé ses fonctions, attestant notamment de son implication au sein des établissements dans lesquels elle a été affectée et de ses bonnes relations avec les parents d'élèves, ces appréciations ne suffisent toutefois pas à remettre en cause les observations et réserves précédemment exposées, en ce qui concerne notamment les difficultés rencontrées par Mme C pour intégrer dans ses méthodes d'enseignement l'ensemble des recommandations qui lui ont été prodiguées ainsi qu'en ce qui concerne ses importantes lacunes à maîtriser les contenus disciplinaires et leur didactique, nécessaires à la tenue des séances d'enseignement. De même, si Mme C pointe certaines incohérences entre les différents avis rendus, notamment relatifs à sa participation au travail d'équipe ou à l'utilisation d'un langage clair et adapté à son interlocuteur, l'unanimité relevée dans les appréciations sus-relatées portées par les divers professionnels de l'enseignement l'ayant évaluée ne fait que confirmer les difficultés rencontrées dans le développement de ses aptitudes professionnelles. Enfin, si elle se prévaut de la présence dans sa classe d'élèves handicapés et de la situation des établissements dans lesquels elle a été affectée, classés " REP ", ces seules circonstances ne sont pas de nature à elles seules à caractériser des conditions anormales de stage au regard des fonctions que les professeurs des écoles ont vocation à exercer.
18. Dans ces conditions, le jury académique n'a pas, compte tenu de la nature et de l'importance des lacunes constatées, entaché son avis d'une erreur manifeste d'appréciation ni d'erreurs de fait.
Sur l'arrêté du 20 juillet 2021 :
19. D'une part, aux termes de l'article 12 du décret du 1er août 1990 : " A l'issue du stage, les professeurs des écoles stagiaires sont titularisés par le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie du département dans le ressort duquel le stage est accompli, sur proposition du jury prévu à l'article 10. La titularisation confère le certificat d'aptitude au professorat des écoles. ". Et aux termes de l'article 13 du même décret : " Les stagiaires qui n'ont pas été titularisés peuvent être autorisés à accomplir une nouvelle année de stage. Ceux qui ne sont pas autorisés à renouveler le stage ou qui, à l'issue de la seconde année de stage, n'ont pas été titularisés, sont soit licenciés, soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine s'ils avaient la qualité de fonctionnaire. ". D'autre part, aux termes de l'article 8 de l'arrêté du 22 août 2014 : " Après délibération, le jury établit la liste des fonctionnaires stagiaires qu'il estime aptes à être titularisés. En outre, l'avis défavorable à la titularisation concernant un stagiaire qui effectue une première année de stage doit être complété par un avis sur l'intérêt, au regard de l'aptitude professionnelle, d'autoriser le stagiaire à effectuer une seconde et dernière année de stage. () ". Et aux termes de l'article 9 du même arrêté : " Le recteur prononce la titularisation des stagiaires estimés aptes par le jury ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le recteur, à qui il n'appartient pas de porter une appréciation complémentaire à celle du jury académique sur les mérites de l'intéressé et les conditions dans lesquelles son stage s'est déroulé, est tenu de prononcer le licenciement d'un professeur des écoles stagiaire ne figurant pas, à l'issue de sa seconde année de stage, sur la liste des stagiaires déclarés aptes à être titularisés établie par le jury académique, et n'ayant pas eu auparavant la qualité de fonctionnaire.
20. Par sa délibération du 2 juillet 2021, le jury académique a refusé de déclarer Mme C apte à être titularisée à l'issue de son stage. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité de cette délibération n'est pas établie. Par conséquent, alors que Mme C n'avait pas auparavant la qualité de fonctionnaire, le recteur avait compétence liée pour prononcer son licenciement. Il s'ensuit que l'ensemble des moyens dirigés contre l'arrêté du 20 juillet 2021 doivent, par voie de conséquence de cette situation de compétence liée, être écartés comme inopérants.
21. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le recteur en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de la requête ainsi que de celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié Mme B C et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée, pour information, au recteur de l'académie d'Amiens.
Délibéré après l'audience du 13 février 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme D et Mme Parisi, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
J. PARISI
Le président,
Signé
C. BINAND
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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