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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2103198

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2103198

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2103198
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantANDRIEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2021, M. B C, représenté par Me Andrieu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2021 par lequel le maire de Mouy l'a mis en demeure, au nom de l'État, d'interrompre les travaux de construction de deux maisons mitoyennes entrepris sur une unité foncière cadastrée section AC rue de Heilles sur le territoire de la commune ;

2°) d'enjoindre à la commune de Mouy de procéder à la modification du zonage de son terrain retenu dans son plan local d'urbanisme ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Mouy la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- cet arrêté est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de communication du procès-verbal d'infraction dressé le 17 décembre 2020 de sorte qu'il n'a pu être vérifié, d'une part, la compétence de son auteur et d'autre part, la circonstance que ce procès-verbal constate effectivement des infractions autorisant le maire à prescrire une interruption de travaux ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme dès lors qu'il n'a pas interrompu pendant un délai supérieur à une année les travaux de construction autorisés par le permis de construire du 10 mars 2015 ;

- le maire s'est, à tort, fondé sur la circonstance du classement de sa parcelle en zone N par le plan local d'urbanisme (PLU) communal actuellement en vigueur pour prendre l'arrêté attaqué ; en outre, cet arrêté est illégal du fait de l'illégalité dont le PLU de la commune de Mouy est entaché à raison de l'erreur manifeste d'appréciation commise dans le classement en zone N de son unité foncière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2022 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Parisi, conseillère,

- et les conclusions de Mme Beaucourt, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 10 mars 2015, le maire de la commune de Mouy a délivré à M. B C un arrêté de permis de construire deux maisons mitoyennes sur une unité foncière cadastrée section AC rue de Heilles sur le territoire communal. Par un arrêté du 20 juillet 2021, dont M. C sollicite l'annulation, le maire de Mouy a mis ce dernier en demeure, au nom de l'État, d'interrompre les travaux de construction relatifs à l'arrêté du 10 mars 2015.

2. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision par laquelle le maire ordonne l'interruption des travaux au motif qu'ils ne sont pas menés en conformité avec une autorisation de construire ou qu'ils ont été réalisés sans autorisation est au nombre des mesures de police qui doivent être motivées en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

3. Pour prendre l'arrêté attaqué sur le fondement de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, le maire de la commune de Mouy, indiquant les infractions relevées et dont il a été dressé procès-verbal le 7 décembre 2020, précise que la continuité des travaux, réalisés en exécution d'un permis de construire périmé en conséquence de leur interruption pour une durée de plus d'un an en application de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme, est incompatible avec le classement en zone N de l'unité foncière telle que défini au plan local d'urbanisme (PLU) communal en méconnaissance de l'article L. 421-6 du même code. Ainsi, cet arrêté comporte l'énoncé suffisant des motifs de droit et des considérations de fait sur lesquels le maire de Mouy s'est fondé. Par suite, et alors que la motivation de l'arrêté est distincte du bien-fondé de ses motifs, un tel moyen ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, l'article 11 du code de procédure pénale dispose que : " Sauf dans le cas où la loi en dispose autrement et sans préjudice des droits de la défense, la procédure au cours de l'enquête et de l'instruction est secrète. / Toute personne qui concourt à cette procédure est tenue au secret professionnel dans les conditions et sous les peines prévues à l'article 434-7-2 du code pénal () ". Le procès-verbal de constatation d'une infraction aux règles d'urbanisme, qui est un préalable à l'intervention de l'arrêté du maire, a le caractère d'un acte de procédure pénale dont la régularité ne peut être appréciée que par les juridictions judiciaires dans le cadre de la procédure pénale.

5. Il résulte des dispositions et principes énoncés au point précédent que le procès-verbal d'infraction dressé en application des articles L. 480-1 et suivants du code de l'urbanisme est protégé par le secret de l'enquête et de l'instruction garantis par les personnes concourant à la procédure pénale et tenues au secret professionnel, de sorte que la communication de cet acte ne peut s'opérer qu'au bénéfice du contrevenant ou de son avocat par l'intermédiaire de l'autorité judiciaire dans les conditions prévues par le 2° de l'article R. 155 du code de procédure pénale. Par suite, M. C ne peut utilement soutenir que l'arrêté interruptif de travaux est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière, faute d'avoir eu communication du procès-verbal d'infraction dressé le 17 décembre 2020. En tout état de cause, le requérant, qui se borne à soutenir avoir exercé des " demandes réitérées " en ce sens, n'établit pas avoir sollicité, dans les conditions ci-dessus décrites, la communication de cet acte de procédure pénale.

6. En troisième lieu, si M. C soutient que le procès-verbal d'infraction a été pris par une autorité incompétente pour ce faire, il n'appartient toutefois pas au juge administratif de se prononcer sur la régularité de l'établissement du procès-verbal d'infraction, mais seulement de s'assurer que ce dernier constate une infraction autorisant le maire à prescrire l'interruption des travaux. A cet égard, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué, lesquelles font foi jusqu'à preuve du contraire, que celui-ci a été édicté après qu'a été constaté par procès-verbal, à l'occasion de l'exercice du droit de visite en application des dispositions de l'article L. 461-1 et L. 461-4 du code de l'urbanisme, d'une part, que les travaux engagés par le requérant ont eu lieu " dans le cadre d'une autorisation d'urbanisme périmée, celle-ci n'étant plus en cours de validité suite à la non réalisation de travaux [ininterrompus] et conséquent[s] [pour une durée] supérieure à 1 an (Infraction à l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme) " et d'autre part, que " l'exécution de [ces] travaux sans autorisation de construire valide sont réalisés en méconnaissance des dispositions du Plan Local d'Urbanisme en vigueur, le terrain étant situé en zone N (naturelle) de ce dernier (Infraction à l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme) ". Par suite, le moyen tiré des vices dont est entaché ledit procès-verbal doit être écarté dans l'ensemble de ses branches.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'alinéa 3 de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme : " Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. Copie de cet arrêté est transmise sans délai au ministère public. Pour les infractions aux prescriptions établies en application des articles L. 522-1 à L. 522-4 du code du patrimoine, le représentant de l'Etat dans la région ou le ministre chargé de la culture peut, dans les mêmes conditions, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux ou des fouilles ".

8. Si le maire, agissant au nom de l'Etat en sa qualité d'auxiliaire de l'autorité judiciaire, peut, en vertu des dispositions du troisième alinéa de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, interrompre les travaux pour lesquels a été relevée, par procès-verbal dressé en application de l'article L. 480-1 du même code, une infraction mentionnée à l'article L. 480-4 de ce code, résultant soit de l'exécution de travaux sans les autorisations prescrites par le livre IV du code de l'urbanisme, soit de la méconnaissance des autorisations délivrées, il ne peut légalement prendre un arrêté interruptif pour des travaux exécutés conformément aux autorisations d'urbanisme en vigueur à la date de sa décision et ce même s'il estime que les travaux en cause méconnaissent les règles d'urbanisme et notamment le document local d'urbanisme.

9. Par ailleurs, l'article R. 424-17 de ce code dispose que : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de trois ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. Il en est de même si, passé ce délai, les travaux sont interrompus pendant un délai supérieur à une année () ". Lorsqu'il constate la péremption d'un permis de construire et la réalisation de travaux postérieurement à celle-ci, le maire, qui est nécessairement conduit à porter une appréciation sur les faits, ne se trouve pas, pour prescrire l'interruption de ces travaux sur le fondement de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, en situation de compétence liée.

10. Il est constant que M. C a, par une déclaration d'ouverture de chantier déposée en mairie le 16 janvier 2017, entrepris divers travaux, notamment la percée du mur de clôture en façade sur rue, la création d'un chemin d'accès, le terrassement et le coulage des fondations ainsi que la réalisation d'un vide-sanitaire, en exécution du permis délivré le 10 mars 2015 en vue de la construction de deux maisons mitoyennes sur les parcelles cadastrées section AC . Si le requérant conteste la péremption de cette autorisation d'urbanisme, il ne démontre toutefois pas de façon suffisamment probante, par la production du témoignage d'un voisin rédigé postérieurement à l'édiction de l'arrêté attaqué et attestant de ce qu'il a observé " courant février 2019 " M. C " monter une rangée de parpaings " ainsi que d'un devis du 21 février 2019 dressé par l'entreprise dont l'intéressé est lui-même gérant relatif à " Chantier Mouy " pour la réalisation de travaux " [d']isolation de la fondation couche bitumeuse ", de " pose de la première [rangée] de parpaing[s] " et " [d']égalisation de la terre et damage ", que les travaux en cause n'ont pas été interrompus entre le 10 mars 2018 et le 18 septembre 2019, au moins, soit durant plus d'une année continue, comme le soutient de nouveau en défense la préfète de l'Oise. Il s'ensuit qu'en prenant l'arrêté attaqué au motif de la péremption du permis de construire délivré au requérant, le maire de la commune de Mouy n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme.

11. En cinquième lieu, dès lors qu'il résulte de l'instruction que le maire de Mouy aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur le seul motif tiré de la péremption de l'arrêté de permis de construire du 10 mars 2015 de nature à fonder légalement l'arrêté attaqué, il y a lieu d'écarter les moyens tirés d'une part, de ce que le maire s'est, à tort, fondé sur la circonstance du classement de sa parcelle en zone N par le plan local d'urbanisme communal actuellement en vigueur pour prendre l'arrêté attaqué et, d'autre part de l'exception d'illégalité de ce document d'urbanisme à raison de l'erreur manifeste d'appréciation commise dans le classement en zone N de l'unité foncière de M. C.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction de la requête ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée, pour information, à la commune de Mouy et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme Parisi, conseillère,

- M. A, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

J. PARISILe président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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