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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2103337

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2103337

vendredi 10 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2103337
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantABECASSIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 4 octobre 2021, la préfète de la Somme demande au tribunal d'annuler la décision du 23 avril 2021 par laquelle le maire de la commune d'Ault a délivré, à M. B D, un certificat d'urbanisme opérationnel positif pour la construction d'un immeuble d'un seul niveau posé sur un radier d'une surface totale de cinquante-huit mètres carrés sur la parcelle cadastrée section AL n° 186 située route d'Ault.

Elle soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 121-8 et L. 121-13 du code de l'urbanisme dès lors que le projet, situé dans le secteur du Bois de Cise, ne peut être considéré comme un village ni comme un secteur déjà urbanisé et qu'il est situé au sein d'un espace proche du rivage dans lequel le schéma de cohérence territoriale du Pays Interrégional de Bresle-Yères approuvé le 18 décembre 2020 n'autorise pas sa construction ;

- elle méconnait les dispositions de l'article UD 2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune d'Ault.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2022, la commune d'Ault, représenté par Me Abecassis conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l'État au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par la préfète de la Somme ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à M. D qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de M. Lapaquette, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 23 avril 2021, le maire de la commune d'Ault a délivré, à M. B D, un certificat d'urbanisme opérationnel positif pour la construction d'un immeuble d'un seul niveau posé sur un radier d'une surface totale de cinquante-huit mètres carrés sur les parcelles cadastrées section AL n°s 163, 164 et 186 située route d'Ault le territoire de la commune. La préfète de la Somme, à laquelle cet acte a été transmis au titre du contrôle de légalité, en a sollicité le retrait par un recours gracieux du 8 juin 2021. Cette demande a été rejetée par un courrier du maire de la commune du 6 août suivant. Par le présent déféré, la préfète de la Somme demande l'annulation de la décision du 23 avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs ".

3. D'une part, il résulte de ces dispositions que les constructions peuvent être autorisées dans les communes littorales en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais que, en revanche, aucune construction ne peut être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.

4. D'autre part, il résulte également de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative chargée de se prononcer sur une demande d'autorisation d'occupation ou d'utilisation du sol de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la conformité du projet avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral, notamment celles de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme qui prévoient que l'extension de l'urbanisation ne peut se réaliser qu'en continuité avec les agglomérations et villages existants. A ce titre, l'autorité administrative s'assure de la conformité d'une autorisation d'urbanisme avec l'article L. 121-8 de ce code compte tenu des dispositions du schéma de cohérence territoriale applicable, déterminant les critères d'identification des villages, agglomérations et autres secteurs déjà urbanisés et définissant leur localisation, dès lors qu'elles sont suffisamment précises et compatibles avec les dispositions législatives particulières au littoral.

5. Aux termes de la prescription n° 13 relative à la définition des agglomérations du document d'orientations et d'objectifs (DOO) du schéma de cohérence territoriale (SCoT) du Pays interrégional de Bresles Yères (PIBY) : " l'agglomération se caractérise par un ensemble urbain de taille significative se composant : - de quartiers centraux très dense dans lesquels se concentrent une variété des fonctions urbaines (équipements, commerces, services et activités) ; / - de quartiers périphériques se caractérisant par une continuité urbaine avec les quartiers centraux. En ce sens les quartiers résidentiels dans la continuité des quartiers centraux sont retenus ; / - des zones d'activités ou zones d'équipements situés dans la continuité de l'espaces aggloméré. / L'agglomération doit aussi avoir un rôle structurant pour le territoire en assurant des fonctions de centralités pour les populations alentours. ". Aux termes de la prescription n° 14 relative à la définition des villages : " le village se caractérise par un ensemble urbain de taille significative se composant : - d'un noyau historique type cœur de bourg où l'on trouve la présence d'un lieu de vie ; / - d'une présence optionnelle d'équipements nécessaires à la vie quotidienne des habitants ; / d'une continuité résidentielle réalisée sous forme de lotissements ou au " coup par coup " le long des routes existantes ; - de zones d'activités ou de zones d'équipements situés dans la continuité de l'espace aggloméré. / Le village forme une micro-polarité à l'échelle communale ". Aux termes de la prescription n° 15 relative à la définition des secteurs déjà urbanisés : " Le secteur déjà urbanisé se caractérise par un ensemble urbain de taille plus modeste mais respectant les critères suivants : - il doit être situé hors des espaces proches du rivage ou se situé à minima à cheval sur ces derniers ; / - il doit se composer d'au moins 30 bâtis principaux ; / - il doit respecter une densité bâtie d'au moins 5 logements par hectare ; / il doit être desservi par les réseaux et disposer d'une capacité suffisante pour la création de nouveaux logements par le comblement des dents creuses ; / - il doit être structuré et ne pas être la résultante d'une urbanisation linéaire au " coup par coup " ; - il ne doit pas compromettre l'activité agricole ".

6. Il résulte de ces dispositions des prescriptions n°s 13, 14 et 15 du DOO du SCoT du PIBY approuvé le 18 décembre 2020, que celles-ci définissent les critères d'identification des villages, agglomérations et autres secteurs déjà urbanisés, de manière suffisamment précises et compatibles avec les dispositions particulières de la loi littoral.

7. Il ressort des pièces du dossier et notamment des photographies et vues aériennes, que le secteur du Bois de Cise est très éloigné du bourg d'Ault dont il est séparé par de vastes espaces naturels et agricoles et dont l'urbanisation, constituée de constructions très espacées au sein d'une zone densément boisée, présente, eu égard à cette configuration et à l'implantation de ces constructions, un caractère diffus. Au regard de ces éléments, la commune d'Ault n'est pas fondée à faire valoir que le secteur du Bois de Cise constitue, eu égard au nombre de constructions existantes et à la présence de plusieurs équipements collectifs tels que des lieux d'hébergement et sportif, un village au sens des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Au regard de ces mêmes éléments, l'urbanisation au sein de ce secteur ne peut pas non plus être considérée comme étant en continuité d'une agglomération ou un village au sens des prescriptions du SCoT ni être regardée comme un secteur déjà urbanisé dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que les constructions au sein de ce secteur ne résultent pas d'une structuration urbaine mais constituent la résultante d'une urbanisation linéaire au " coup par coup ". En outre, et quand bien même le Bois de Cise serait identifié comme un secteur déjà urbanisé, aucune construction ne peut être autorisée, sur le fondement des dispositions du paragraphe 2 de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme citées au point 2, dès lors qu'il est constant que ce secteur se situe au sein d'un espace proche du rivage.

8. Il résulte de ce qui précède que la préfète de la Somme est fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

9. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

10. Pour établir que la décision attaquée était légale, la commune d'Ault invoque, dans son mémoire en défense communiqué aux parties, un autre motif, tiré de ce que le projet de construction, situé au sein d'un secteur proche du rivage, peut être autorisé dès lors qu'il présente un caractère limité.

11. Aux termes de l'article L.121-13 du même code : " L'extension limitée de l'urbanisation des espaces proches du rivage ou des rives des plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement est justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme, selon des critères liés à la configuration des lieux ou à l'accueil d'activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau. / Toutefois, ces critères ne sont pas applicables lorsque l'urbanisation est conforme aux dispositions d'un schéma de cohérence territoriale ou d'un schéma d'aménagement régional ou compatible avec celles d'un schéma de mise en valeur de la mer./(). ".

12. Il résulte de ces dispositions qu'une opération conduisant à étendre l'urbanisation d'un espace proche du rivage ne peut être légalement autorisée que si elle est, d'une part, de caractère limité, et, d'autre part, justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme selon les critères qu'elles énumèrent. Cependant, lorsqu'un schéma de cohérence territoriale ou un des autres schémas mentionnés par les dispositions du II de l'article L. 146-4 du code de l'urbanisme comporte des dispositions suffisamment précises et compatibles avec ces dispositions législatives qui précisent les conditions de l'extension de l'urbanisation dans l'espace proche du rivage dans lequel l'opération est envisagée, le caractère limité de l'urbanisation qui résulte de cette opération s'apprécie en tenant compte de ces dispositions du schéma concerné.

13. Doivent être regardées comme une extension de l'urbanisation au sens de ces dispositions l'ouverture à la construction de zones non urbanisées ainsi que la densification significative de zones déjà urbanisées.

14. Il résulte de la prescription n° 11 du DOO du SCoT du PIBY approuvé le 18 décembre 2020 que l'urbanisation dans les espaces proches du rivage " sera nécessairement limitée (). / Cette notion d'extension limitée s'apprécie tant en termes de surfaces disponibles pour l'urbanisation que de densité des opérations compte tenu de la nature des terrains concernés, de l'implantation, de l'importance, de la densité et de la hauteur du quartier environnant, de la destination des constructions envisagées. () ".

15. Il résulte de l'instruction que le projet en litige, qui se situe au sein du Bois de Cise identifié par les dispositions du SCoT du PIBY, comme un espace proche du rivage, consiste en la construction d'un garage et d'un atelier d'un seul niveau posé sur un radier et s'étendra sur une faible surface de cinquante-huit mètres carré sur une parcelle classée en zone UD du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune d'Ault. Dans ces conditions, ce projet constitue une extension limitée de l'urbanisation. Il résulte également de l'instruction que la commune d'Ault aurait pris la même décision si elle avait entendu se fonder initialement sur ce motif qui est de nature à fonder légalement, à lui seul, cette décision. Il y a dès lors lieu de procéder à la substitution de motif demandée qui ne prive pas de garantie les parties. Par l'effet de cette substitution, la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme invoquée par la préfète de la Somme est sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse.

16. En second lieu, aux termes de l'article R. 151-29 du code de l'urbanisme : " Les locaux accessoires sont réputés avoir la même destination et sous-destination que le local principal. ".

17. L'article UD2 du règlement du PLU de la commune d'Ault dispose que : " Sont admises les occupations et utilisations du sol suivantes sous réserve de respecter les conditions ci-après : / - les destinations autorisées autres que le logement ne sont admises qu'en changement de destination de constructions existantes ; / - Les habitations à condition de respecter l'article UD9 ; / - Les extensions d'habitations existantes dans la limite de 20m² de surface de plancher ".

18. La préfète de la Somme fait valoir que le projet en litige méconnaît les dispositions de l'article UD2 du règlement du PLU de la commune d'Ault dès lors qu'il constitue une construction nouvelle qui n'est pas à destination d'habitation et qu'il ne peut pas non plus être considéré comme une extension de l'habitation existante en ce qu'il est physiquement distinct de celle-ci. La préfète de la Somme fait également valoir qu'il ne s'agit pas d'une annexe de l'habitation existante dès lors qu'il n'existe pas de lien fonctionnel et que ce projet se situe à une distance de trente mètres de cette habitation.

19. Toutefois, le projet porte sur la construction d'un garage destiné à accueillir deux véhicules et d'un atelier, sur une parcelle contiguë à la parcelle d'assiette de la construction à usage d'habitation existante et dont il constitue un accessoire. Dans ces conditions, et alors même qu'il se situe à trente mètres de cette dernière et dès lors que la préfète de la Somme n'établit ni même n'allègue qu'il méconnaîtrait les dispositions de l'article UD9 du règlement du PLU relatives aux règles d'emprise au sol, le projet en litige constitue une annexe de la construction à usage d'habitation existante, dont il est réputé avoir la même destination. Par suite, le moyen doit être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la préfète de la Somme doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Ault et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la préfète de la Somme est rejetée.

Article 2 : L'Etat versera à la commune d'Ault une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Somme, à la commune d'Ault et à M. B D.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme A et Mme C, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

D. ALe président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

5

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