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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2103399

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2103399

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2103399
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP HAMEAU - GUERARD - BONTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 12 octobre 2021 et 16 août 2022, le GAEC reconnu B Père et Fils, représenté par Me Guérard, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé le 26 juillet 2021 à l'encontre de l'arrêté de la préfète de l'Oise en date du 27 mai 2021 portant retrait de son agrément et d'annuler également la décision du 27 mai 2021 ;

2°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'administration de maintenir son agrément pour une durée d'un an, renouvelable une fois, à l'effet de permettre à la Cour de cassation de statuer sur le litige existant entre les associés du GAEC ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de la préfète de l'Oise du 27 mai 2021 :

- elle est entachée de vices de procédure dès lors que la formation spécialisée prévue à l'article R. 313-7-1 du code rural et de la pêche maritime n'a pas été saisie pour avis et que les observations orales présentées par M. C B préalablement à son édiction n'ont pas été prises en compte, en méconnaissance de l'article R. 323-21 du code rural et de la pêche maritime ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 323-12 du code rural et de la pêche maritime, dès lors que les griefs reprochés au GAEC n'établissent pas un fonctionnement non conforme de ce dernier et que les conditions du retrait de l'agrément n'étaient ainsi pas réunies.

En ce qui concerne la décision du ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire du 30 septembre 2021 :

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le ministre n'établit avoir recueilli les avis prévus à l'article R. 323-22 du code rural et de la pêche maritime.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions présentées à fin d'injonction sont irrecevables, dès lors qu'elles sont présentées à titre subsidiaire en dehors des cas prévus par les dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative ;

- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par un courrier du tribunal du 26 janvier 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision de la préfète de l'Oise en date du 27 mai 2021 dès lors que la décision implicite du ministre de l'agriculture du 30 septembre 2021, née du silence gardé par l'administration contre le recours administratif préalable obligatoire formé par la société requérante, s'est entièrement substituée à cette décision initiale, qui n'existait donc plus à la date d'introduction de la requête.

Par un mémoire, enregistré le 29 janvier 2024, le GAEC B père et fils a produit des observations sur ce moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fumagalli, conseiller,

- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B et C B ont constitué en 1999 un GAEC dont le siège social se situe dans l'Oise. Par une décision du 27 mai 2021, la préfète de l'Oise a retiré l'agrément dont bénéficiait ce GAEC et lui a retiré le bénéfice de la transparence prévue aux articles R. 323-52 et suivants du code rural et de la pêche maritime à compter du 14 mai 2021 pour la campagne 2021. La GAEC a formé le 26 juillet 2021 un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le ministre sur ce recours. La société requérante demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions dirigées contre la décision de la préfète de l'Oise du 27 mai 2021 :

2. Aux termes de l'article R. 323-22 du code rural et de la pêche maritime : " Les recours contentieux contre les décisions individuelles relatives aux groupements agricoles d'exploitation en commun sont précédés, à peine d'irrecevabilité, d'un recours administratif préalable obligatoire auprès du ministre chargé de l'agriculture. () ".

3. Les décisions prises sur recours administratif préalable obligatoire se substituent aux décisions initiales et sont seules susceptibles de faire l'objet d'un recours contentieux. Il ressort des pièces du dossier que le groupement requérant a formé un recours administratif préalable obligatoire, reçu le 30 juillet 2021, qui a donné lieu à une décision implicite de rejet par le ministre de l'agriculture et qui s'est substituée à la décision de la préfète de l'Oise en date du 27 mai 2021 et qui est seule susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision initiale sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions dirigées contre la décision implicite du ministre rejetant le recours administratif préalable obligatoire :

Sur la légalité externe :

4. En premier lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 323-21 du code rural et de la pêche maritime : " Après avoir mis la société à même de présenter des observations écrites et, si elle le désire, des observations orales et lui avoir, s'il y a lieu, donné un délai pour régulariser sa situation, le préfet peut, par une décision motivée, prononcer le retrait de l'agrément accordé à un groupement, le cas échéant, après avis de la formation spécialisée mentionnée à l'article R. 313-7-1. "

5. Ainsi qu'il a été dit au point 3, les décisions prises sur recours administratif préalable obligatoire se substituent aux décisions initiales et sont seules susceptibles de faire l'objet d'un recours contentieux. Cette substitution ne fait toutefois pas obstacle à ce que soient invoqués à leur encontre des moyens tirés de la méconnaissance de règles de procédure applicables aux décisions initiales qui, ne constituant pas uniquement des vices propres à ces décisions, sont susceptibles d'affecter la régularité des décisions soumises au juge.

6. Il est constant que, par une lettre du 13 avril 2021, la préfète de l'Oise a informé le GAEC B Père et Fils qu'elle envisageait de prendre à son encontre une décision de retrait d'agrément, en application des dispositions de l'article R. 323-21 du code rural et de la pêche maritime, en l'informant de la possibilité de présenter des observations écrites et, le cas échéant, orales dans un délai de quinze jours. D'une part, si le groupement soutient qu'il a présenté des observations orales qui n'ont pas été prises en compte par l'administration, ces allégations sont dépourvue de précisions, la société requérante n'indiquant pas les éléments évoqués à cette occasion. La seule circonstance que ces observations ne soient pas visées par la décision de la préfète ne démontre pas à elle seule l'absence de prise en compte de ces éléments. D'autre part, il ne résulte pas des dispositions de l'article cité au point 4, ni de l'instruction technique DGPE/SDC/2017-944 du 29 novembre 2017 relative aux contrôles des groupements agricoles d'exploitation en commun (GAEC) au titre de l'article R. 323-18 du code rural et de la pêche maritime que le préfet était tenu de saisir la formation spécialisée mentionnée à l'article R. 313-7-1 du même code. Par ailleurs, il n'est pas établi, compte tenu des faits de l'espèce, que cet avis aurait été nécessaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 323-21 du code rural et de la pêche maritime doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article R. 323-22 du code rural et de la pêche maritime : " () Préalablement à la réponse au recours administratif qui lui a été adressé, le ministre chargé de l'agriculture recueille l'avis du préfet et de toute autre personne qualifiée s'il l'estime justifié. Il en informe alors les auteurs du recours, qui sont mis en mesure de consulter ces avis. ".

8. En application des dispositions citées au point précédent, la saisine du préfet afin de recueillir son avis dans le cadre de l'instruction du recours administratif préalable obligatoire constitue une simple faculté pour le ministre de l'agriculture. La société requérante n'est donc pas fondée à soutenir qu'en l'espèce la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 323-22 du code rural et de la pêche maritime doit être écarté.

Sur la légalité interne :

9. Aux termes de l'article L. 323-7 du code rural et de la pêche maritime : " Peuvent être membres d'un groupement agricole d'exploitation en commun les personnes qui font à ce groupement un apport en numéraire, en nature ou en industrie afin de contribuer à la réalisation de son objet. / Les associés doivent participer effectivement au travail en commun. " Aux termes de l'article L. 323-11 du même code : " Les groupements agricoles d'exploitation en commun sont agrées par l'autorité administrative () ". Aux termes de l'article L. 323-12 du même code : " Les conditions () de retrait de l'agrément () notamment en cas de mouvements d'associés, de dispenses de travail ou de réalisation d'activités extérieures au groupement en méconnaissance des dispositions du présent chapitre, sont précisées par voie réglementaire. Les sociétés qui, à la suite d'une modification de leur objet ou de leurs statuts ou du fait des conditions de leur fonctionnement, ne peuvent être regardées comme des groupements agricoles d'exploitation en commun, au sens du présent chapitre et des textes pris pour son application, encourent le retrait de l'agrément qu'elles ont obtenu. () ".

10. Aux termes de l'article 1836 du code civil : " Les statuts ne peuvent être modifiés, à défaut de clause contraire, que par accord unanime des associés. () ". Aux termes de l'article 1844-6 du même code : " La prorogation de la société est décidée à l'unanimité des associés, ou, si les statuts le prévoient, à la majorité prévue pour la modification de ceux-ci. Un an au moins avant la date d'expiration de la société, les associés doivent être consultés à l'effet de décider si la société doit être prorogée. () "

11. Aux termes de l'article R. 323-21 du code rural et de la pêche maritime : " Le préfet examine () d'office, la situation des groupements qui, en raison d'une modification de leurs statuts ou du fait des conditions de leur fonctionnement, ne paraissent plus pouvoir être regardés comme des groupements agricoles d'exploitation en commun agréés. () " Aux termes de l'article R. 323-18 du même code : " Les services déconcentrés de l'Etat chargés de l'agriculture s'assurent, par un contrôle régulier, que l'organisation et le fonctionnement de ces groupements sont conformes aux exigences réglementaires et aux statuts et documents communiqués dans le cadre de l'instruction et du maintien de son agrément. "

12. Il ressort des termes de la décision initiale, à laquelle s'est substituée la décision implicite du ministre de l'agriculture qui l'a confirmée pour les mêmes motifs ainsi qu'il ressort des écritures en défense, que la préfète de l'Oise, pour retirer l'agrément du GAEC, a retenu que le fonctionnement et l'organisation du GAEC B Père et Fils ne satisfont pas aux exigences réglementaires et aux statuts de la société.

13. Il ressort des pièces du dossier qu'en raison du conflit qui opposait M. C B à son père, M. A B, associé du groupement depuis sa création, ce dernier n'a plus participé à la gestion du GAEC. Si le groupement requérant allègue sur ce point que M. A B " remplit ses obligations d'associé exploitant ", il ne produit aucune pièce probante de nature à l'établir. Il est au contraire établi que le groupement n'a pas rempli le questionnaire sollicité par l'administration, faute d'avoir la signature de M. A B, que ce dernier n'a pas participé aux assemblées générales du 7 janvier 2020 et du 18 février 2021 et qu'il n'a pas signé les procès-verbaux de ces assemblées, en méconnaissance des statuts du GAEC. Il n'a pas davantage signé le procès-verbal de l'assemblée générale du 29 avril 2014 modifiant les statuts du GAEC et prorogeant sa durée, ce qui méconnait tant les statuts de ce GAEC que les dispositions du code civil citées au point 10. Si le GAEC requérant se prévaut du contentieux opposant les membres de la famille devant la juridiction judiciaire, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors qu'il incombait à l'administration de vérifier les conditions objectives de fonctionnement du GAEC et leur conformité aux exigences réglementaires et aux statuts, en application de l'article R. 323-18 du code rural et de la pêche maritime cité au point 11. Il ressort ainsi des pièces du dossier que le fonctionnement du GAEC méconnaît les dispositions citées au point 9 à 11 ainsi que les statuts du groupement. Dans ces conditions, alors que la société ne pouvait plus être regardée, du fait de ses conditions de fonctionnement, comme un groupement d'exploitation agricole en commun, le ministre de l'agriculture a légalement pu, en application de l'article L. 323-12 du code rural et de la pêche maritime, confirmer la décision de retrait de l'agrément de ce GAEC. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 323-12 du code rural et de la pêche maritime doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que la requête du GAEC B père et fils doit être rejetée, y compris les conclusions présentées à fin d'injonction et sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du GAEC B père et fils est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au GAEC reconnu B Père et Fils et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Richard, premier conseiller,

M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

La présidente,

signé

C. Galle

Le rapporteur,

signé

E. Fumagalli Le greffier,

signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2103399

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