jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2103413 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET LACHAUD MANDEVILLE COUTADEUR & ASSOCIES |
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2021, sous le n° 2103413, Mme L D épouse M, représentée par Me Sens-Salis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2021 par lequel le préfet de la région Hauts-de-France, d'une part, a abrogé l'arrêté préfectoral du 20 mai 2021 l'autorisant à entrer en qualité d'associée exploitante dans l'EARL Ferme du Gué à Mâchecourt et à exploiter des parcelles d'une surface totale de 56 ha 5 a 61 ca situées sur le territoire des communes d'Ebouleau, Goudelancourt-lès-Pierrepont, Mâchecourt, Bucy-lès-Pierrepont, Montigny-le-Franc et Mauregny-en-Haye et d'autre part, a refusé de lui délivrer l'autorisation d'entrer en qualité d'associée d'exploitante dans l'EARL Fermé du Gué, devenue, SCEA Mâchecourt ;
2°) de mettre à la charge de M. N B la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que:
- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de l'arrêté attaqué ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions du III de l'article L. 312-1 du code rural et de la pêche maritime, du I de l'article L. 331-2 et de l'article L. 331-3-1 du même code, dès lors que la demande d'autorisation d'exploiter présentée par l'EARL Théophile B ne pouvait être comparée à la sienne et classée à un rang de priorité supérieur, faute de constituer une demande concurrente, de relever du régime de l'autorisation d'exploiter et de ce que l'EARL précitée n'a ni d'existence juridique ni la qualité de preneur en place ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation quant à la détermination de l'ordre des priorités prévu par l'article 3 du SDREA en Picardie, dès lors que les terres exploitées par M. N B dans le cadre de l'entreprise de travaux agricoles " B Travaux agricoles " n'ont pas été prises en considération dans la détermination du rang de priorité de l'EARL Théophile B, et que la situation de cette dernière ne relevait pas d'une installation au sens du 2ème rang de priorité du SDREA.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2021, le préfet de la région Hauts-de-France, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 10 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 janvier 2023.
II- Par une requête, enregistrée le 19 octobre 2022, sous le n° 2203381, Mme L D épouse M et la SCEA de Mâchecourt, représentées par Me Sens-Salis, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 septembre 2022 par laquelle le préfet de région Hauts-de-France l'a mise en demeure de cesser l'exploitation des parcelles agricoles d'une surface de 56 ha 5 a 61 ca situées sur le territoire des communes d'Ebouleau, Goudelancourt-lès-Pierrepont, Mâchecourt, Bucy-lès-Pierrepont, Montigny-le-Franc et Mauregny-en-Haye ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que:
- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 331-6, L. 331-7 et L. 331-9 du code rural et de la pêche maritime, dès lors que l'arrêté portant refus d'exploiter les parcelles, objet de la mise en demeure en litige, n'est pas devenu définitif en raison de l'introduction par ses soins d'une requête contre cet acte ;
- la décision attaquée est illégale dès lors que sa demande d'autorisation d'exploiter et celle présentée par l'EARL Théophile B ne pouvaient être comparées, faute d'être soumises à autorisation préalable ;
- l'illégalité de sa situation actuelle résulte d'une faute commise par l'administration lors de l'instruction de sa demande d'initiale d'autorisation d'exploiter.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2023, le préfet de la région Hauts-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 10 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 février 2023.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- l'arrêté du 29 juin 2016 portant schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) en Picardie ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pellerin, rapporteure,
- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,
- et les observations de Me Monnier, représentant Mme M.
Considérant ce qui suit :
1. Par acte notarié du 28 mars 2014, M. et Mme O ont constitué l'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) de la Ferme du Gué, qui exploite des parcelles agricoles d'une surface totale de 56 hectares 5 ares 61 centiares situées sur le territoire des communes d'Ebouleau, Goudelancourt-lès-Pierrepont, Mâchecourt, Bucy-lès-Pierrepont, Montigny-le-Franc et Mauregny-en-Haye, dans le département de l'Aisne. Mme L D épouse M a souhaité rejoindre cette exploitation agricole, en qualité d'associée exploitante dans la perspective du départ à la retraite de M. et Mme O. Par arrêté du 9 juillet 2019, le préfet de la région Hauts-de-France a délivré à Mme M l'autorisation sollicitée. Par jugement n° 1903320 en date du 24 décembre 2020, le tribunal administratif d'Amiens a annulé cet arrêté au motif qu'il avait été pris à l'issue d'une procédure irrégulière. Dans le cadre de l'exécution de ce jugement et après avoir procédé à une nouvelle instruction de la demande d'autorisation d'exploiter de l'intéressée, le préfet de la région Hauts-de-France, par arrêté du 20 mai 2021, a délivré une autorisation d'une portée identique à celle accordée par l'arrêté du 9 juillet 2019 précité. M. N B, qui avait présenté pour l'EARL B Théophile une demande portant sur les mêmes parcelles que celle de Mme M, a formé un recours gracieux le 19 juillet 2021 contre cet arrêté. Par arrêté du 14 septembre 2021, le préfet de région a abrogé l'arrêté du 20 mai 2021 précité et a refusé d'autoriser Mme M à entrer en qualité d'associée exploitante au sein de la SCEA de Mâchecourt, anciennement dénommée EARL de la Ferme du Gué, ainsi qu'à exploiter les parcelles mises en valeur par cette dernière d'une surface de totale de 56 hectares 5 ares 61 centiares situées sur le territoire des communes précitées. Par la requête, enregistrée sous le n° 2103413, Mme M demande au tribunal d'annuler cet arrêté. Par un arrêt du 26 avril 2022, la cour administrative d'appel de Douai a rejeté l'appel interjeté par Mme M contre le jugement du tribunal administratif d'Amiens du 24 décembre 2020. Par décision du 29 septembre 2022, le préfet de la région Hauts-de-France a mis en demeure Mme M et la SCEA de Mâchecourt de cesser l'exploitation des parcelles agricoles d'une surface de 56 ha 5 a 61 ca situées sur le territoire des communes précitées. Par la requête, enregistrée sous le n° 2203381, Mme M et la SCEA de Mâchecourt demandent au tribunal d'annuler cette décision.
2. Les requêtes n° s 2103413 et 2203381 concernent la situation de Mme M, présentent à juger des questions connexes, et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la légalité de l'arrêté du 14 septembre 2021 portant abrogation de l'arrêté du 20 mai 2021 et refus d'exploiter :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 38 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de région peut donner délégation de signature notamment en matière d'ordonnancement secondaire : () 3° Pour les matières relevant de leurs attributions, aux chefs ou responsables des services déconcentrés des administrations civiles de l'Etat dans la région. / Ces chefs ou responsables de service peuvent recevoir délégation afin de signer les lettres d'observation valant recours gracieux adressées aux collectivités territoriales ou à leurs établissements publics. /Ces chefs ou responsables de service peuvent donner délégation pour signer les actes relatifs aux affaires pour lesquelles ils ont eux-mêmes reçu délégation aux agents placés sous leur autorité ".
4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué du 14 septembre 2021 a été signé par Mme I G, cheffe du service régional et de la performance économique et environnementale des entreprises. Par arrêté préfectoral du 19 juillet 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région Hauts-de-France le 20 juillet suivant, M. A C, directeur régional de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt, a reçu délégation de signature consentie par le préfet de la région Hauts-de-France à l'effet de signer, notamment, tous actes, décisions et réponses relatifs au contrôle des structures des exploitations agricoles. Il était par ailleurs loisible à M. C de déléguer sa signature en vertu de l'article 38 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements. M. C a ainsi consenti à Mme G une délégation de signature par un arrêté du 21 juillet 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de région du même jour, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. C, de M. H J et de M. E F, directeurs régionaux adjoints, les actes relevant des domaines qui la concernent, au nombre desquels figure notamment le contrôle des structures agricoles. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 331-1 du code rural et de la pêche maritime : " Le contrôle des structures des exploitations agricoles s'applique à la mise en valeur des terres agricoles ou des ateliers de production hors sol au sein d'une exploitation agricole, quels que soient la forme ou le mode d'organisation juridique de celle-ci et le titre en vertu duquel la mise en valeur est assurée. () ". Aux termes de l'article L. 331-3-1 du même code : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : / 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 ; () ". Aux termes de l'article L. 312-1 du code rural et de la pêche maritime dans sa rédaction en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " () III. Le schéma directeur régional des exploitations agricoles établit, pour répondre à l'ensemble des objectifs et orientations mentionnés au I du présent article, l'ordre des priorités entre les différents types d'opérations concernées par une demande d'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2, en prenant en compte l'intérêt économique et environnemental de l'opération. () ". Aux termes de l'article L. 331-2 du même code : " I. Sont soumises à autorisation préalable les opérations suivantes : () ".
6. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué et n'est pas contesté que le 30 avril 2019, l'EARL B Théophile a présenté une demande d'autorisation préalable d'exploiter les mêmes parcelles que celles faisant l'objet de la demande de la requérante. Ainsi, cette demande est concurrente à celle de cette dernière. A cet égard, Mme M ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'existence juridique de l'EARL B Théophile dès lors qu'aucune disposition législative ou règlementaire ne fait de cette circonstance une condition de validité d'une demande concurrente. En outre, la circonstance que la demande de l'EARL B Théophile n'était pas soumise à autorisation préalable au titre de la réglementation relative au contrôle des structures est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué eu égard à l'obligation pour le préfet, de prendre en considération cette demande, concurrente de celle déposée par la requérante, pour déterminer le rang de priorité respectif de chacune de ces demandes. Enfin, il ressort des dispositions de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime citées au point précédent qu'une autorisation d'exploiter peut être refusée notamment lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles. L'EARL Théophile B avait, ainsi qu'il a été dit, présenté une demande concurrente pour l'exploitation des terres en litige et était donc candidat à la reprise. Par suite, Mme M ne peut utilement soutenir que la demande d'autorisation d'exploiter présentée par l'EARL B Théophile ne constituait pas une demande concurrente d'exploiter au motif que M. B n'avait pas la qualité de preneur en place. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le préfet de la région Hauts-de-France a pris en considération la demande d'exploiter présentée l'EARL B Théophile au titre d'une demande concurrente de celle présentée par Mme M. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du III de l'article L. 312-1 du code rural et de la pêche maritime ainsi que de celles du I de l'article L. 331-2 et celles de l'article L. 331-3-1 du même code doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 331-1-1 du code rural et de la pêche maritime : " Pour l'application du présent chapitre : / 1° Est qualifié d'exploitation agricole l'ensemble des unités de production mises en valeur, directement ou indirectement, par la même personne, quels qu'en soient le statut, la forme ou le mode d'organisation juridique, dont les activités sont mentionnées à l'article L. 311-1 ; () ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Sont réputées agricoles toutes les activités correspondant à la maîtrise et à l'exploitation d'un cycle biologique de caractère végétal ou animal et constituant une ou plusieurs étapes nécessaires au déroulement de ce cycle ainsi que les activités exercées par un exploitant agricole qui sont dans le prolongement de l'acte de production ou qui ont pour support l'exploitation. Les activités de cultures marines et d'exploitation de marais salants sont réputées agricoles, nonobstant le statut social dont relèvent ceux qui les pratiquent. Il en est de même des activités de préparation et d'entraînement des équidés domestiques en vue de leur exploitation, à l'exclusion des activités de spectacle. Il en est de même de la production et, le cas échéant, de la commercialisation, par un ou plusieurs exploitants agricoles, de biogaz, d'électricité et de chaleur par la méthanisation, lorsque cette production est issue pour au moins 50 % de matières provenant d'exploitations agricoles. Les revenus tirés de la commercialisation sont considérés comme des revenus agricoles, au prorata de la participation de l'exploitant agricole dans la structure exploitant et commercialisant l'énergie produite. Les modalités d'application du présent article sont déterminées par décret. /Les activités agricoles ainsi définies ont un caractère civil. () ". Aux termes de l'article 3 l'arrêté du 29 juin 2016 portant schéma directeur régional des exploitations agricoles : " Les autorisations d'exploiter sont délivrées selon un ordre de priorité établi en prenant en compte : la nature de l'opération, au regard des objectifs de contrôle des structures et des orientations définies par le présent schéma ; l'intérêt économique et environnemental de l'opération, selon les critères tels que définis à l'article 5 / () / Les priorités s'entendent des cas ou opérations qui n'induisent pas de démembrement d'une exploitation qui compromettrait la viabilité économique d'une exploitation agricole soit en la ramenant en dessous du seuil de surface fixé à l'article 4, soit en la privant d'une partie essentielle à son fonctionnement () 2° Installation ou confortement d'une exploitation pour atteindre ou maintenir le seuil de contrôle (inclus) après reprise, le cas échéant. () / 7° Autre situation ". Aux termes de l'article 4 du même arrêté : " fixation des seuils de contrôle : / seuils de surface : le seuil retenu correspond à 94% de la SAU moyenne régionale toutes productions confondues. Il est de 90 ha après opération () ".
8. Par arrêté du 20 mai 2021, le préfet de la région Hauts-de-France a autorisé Mme M à entrer en qualité d'associée exploitante au sein de la SCEA de Mâchecourt alors dénommée l'EARL Ferme du Gué après avoir constaté que la situation de l'intéressée et celle de l'EARL B Théophile relevait du même rang de priorité n°2 du SDREA en Picardie. Pour abroger cet arrêté et refuser de délivrer à Mme M l'autorisation d'entrer en qualité d'associée exploitante au sein de la SCEA de Mâchecourt et d'exploiter les parcelles en litige, le préfet de région Hauts-de-France s'est fondé sur la circonstance que le projet de l'intéressée n'était plus une installation d'exploitation mais un agrandissement d'exploitation, en raison de l'intégration de l'intéressée, en qualité d'associée exploitante, au sein de la SCEA M et de la SCEA Waleppe. Il a ainsi relevé que la requérante, qui exploite avant reprise une surface de 298 hectares 61 ares, exploitera seule après reprise une surface de 354 hectares 66 ares 61 centiares par UTANS. Il en a déduit que l'exploitation de Mme M relevait du rang de priorité n°7 et celle de l'EARL B Théophile du rang de priorité n°2. Ainsi que le soutient Mme M, M. B est associé et cogérant de la société à responsabilité limitée B Travaux Agricoles depuis le 17 mars 2020. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment des écritures en défense que l'activité exercée par cette dernière est une activité de soutien aux cultures exécutées pour le compte de tiers et ne constitue donc pas une activité agricole prévue par les dispositions de l'article L. 311-1 du code rural et de la pêche maritime. Dans ces conditions, le préfet de la région Hauts-de France n'a pas fait une inexacte application de l'article 3 du SDREA en Picardie.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme M contre l'arrêté du 14 septembre 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Sur la légalité de l'arrêté du 29 septembre 2022 portant mise en demeure :
10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 331-6 du code rural et de la pêche maritime : " Tout preneur doit faire connaître au bailleur, au moment de la conclusion du bail ou de la prise d'effet de la cession de bail selon les cas, la superficie et la nature des biens qu'il exploite ; mention expresse en est faite dans le bail. Si le preneur est tenu d'obtenir une autorisation d'exploiter en application de l'article L. 331-2, la validité du bail ou de sa cession est subordonnée à l'octroi de cette autorisation. Le refus définitif de l'autorisation ou le fait de ne pas avoir présenté la demande d'autorisation exigée en application de l'article L. 331-2 dans le délai imparti par l'autorité administrative en application du premier alinéa de l'article L. 331-7 emporte la nullité du bail que le préfet du département dans lequel se trouve le bien objet du bail, le bailleur ou la société d'aménagement foncier et d'établissement rural, lorsqu'elle exerce son droit de préemption, peut faire prononcer par le tribunal paritaire des baux ruraux ". Aux termes de l'article L. 331-7 du même code : " Lorsqu'elle constate qu'un fonds est exploité contrairement aux dispositions du présent chapitre, l'autorité administrative met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine et qui ne saurait être inférieur à un mois. / La mise en demeure mentionnée à l'alinéa précédent prescrit à l'intéressé () soit, si une décision de refus d'autorisation est intervenue, de cesser l'exploitation des terres concernées. () ". Aux termes de l'article L. 331-9 du même code : " Celui qui exploite un fonds en dépit d'un refus d'autorisation d'exploiter devenu définitif ne peut bénéficier d'aucune aide publique à caractère économique accordée en matière agricole ".
11. Il résulte de ce qui précède que si le caractère définitif du refus d'autorisation d'exploiter est une condition de nullité du bail relatif aux parcelles exploitées et du refus du bénéfice d'une aide publique, il ne constitue pas une condition préalable à la mise en demeure de l'intéressé de régulariser sa situation lorsque les parcelles ne sont pas exploitées conformément aux règles de contrôle des structures d'exploitation agricoles prévues par les dispositions des articles L. 331-1 à L. 331-11 du code rural et de la pêche maritime. Dans ces conditions, la circonstance que l'arrêté du 14 septembre 2021 par lequel le préfet de région Hauts-de-France a refusé d'autoriser Mme M à exploiter les parcelles agricoles visées au point 1 n'était pas devenu définitif à la date de la décision attaquée en raison de l'introduction de la requête n° 2103413 précitée est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.
12. En deuxième lieu, d'une part, Mme M et la SCEA de Mâchecourt soutiennent que la décision attaquée est illégale dès lors que sa demande d'autorisation d'exploiter et celle présentée par l'EARL Théophile B ne pouvaient être comparées, faute d'être soumises à autorisation préalable. Toutefois, la décision attaquée, qui se borne à mettre en demeure l'intéressée de cesser d'exploiter les parcelles en litige, n'a pas pour objet de répondre à la demande d'autorisation d'exploiter qu'elle a présentée. Le moyen doit donc être écarté comme inopérant.
13. En dernier lieu, si les requérantes font état de la faute commise par l'administration en raison de l'illégalité de l'arrêté du 9 juillet 2019 par lequel le préfet de la région Hauts-de-France l'a autorisée à exploiter les terres en litige, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.
14. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme M et la SCEA de Mâchecourt contre la décision du 29 septembre 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête n° 2103413 de Mme D épouse M est rejetée.
Article 2 : La requête n° 2203381 de Mme D épouse M et de la SCEA de Mâchecourt est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme L D épouse M, à la SCEA de Mâchecourt et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée au préfet de la région Hauts-de-France.
Délibéré après l'audience du 20 avril 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
Mme K, première-conseillère,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
C. K
La présidente,
Signé
C. Galle
Le greffier,
Signé
J.F. Langlois
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N° s 2103413 et 2203381
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026