vendredi 21 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2103653 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 4 novembre 2021 et
10 mars 2022, Mme A C, agissant ès qualité de représentante légale de son fils
M. D B, représentée par Me Chartrelle, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 septembre 2021 par laquelle la préfète de la Somme a retiré la carte nationale d'identité délivrée le 20 mars 2018 à son fils, D B ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui restituer cette carte nationale d'identité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et de celle de son fils ;
- cette décision méconnaît l'autorité de la chose jugée dès lors que le tribunal correctionnel d'Amiens a relaxé, le 12 novembre 2019, Mme C et M. B pour les faits de fraude qui leur étaient reprochés ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète ne pouvait se fonder sur le jugement du tribunal judiciaire d'Amiens du 10 septembre 2021 annulant la reconnaissance de paternité de M. B qui n'était pas définitif, pour établir que
M. B n'était pas le père du fils de Mme C ;
- cette décision est entachée d'erreur d'appréciation quant aux caractères frauduleux de sa domiciliation et de la reconnaissance de paternité de M. B, père de son fils ;
- la préfète a méconnu les articles L. 242-1 et L. 243-3 du code des relations entre le public et l'administration en retirant la carte nationale d'identité de son fils plus de quatre mois après sa remise le 4 avril 2018.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 novembre 2021 et le 7 avril 2022, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 17 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 juin 2022 à 12 heures.
Mme C a produit un mémoire le 13 avril 2023.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Richard, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 15 octobre 2018, le préfet de la Somme a ordonné à Mme A C de restituer la carte nationale d'identité délivrée le 20 mars 2018 à son fils, M. D B, et a prononcé le retrait de ce titre. Cette décision a été annulée par le tribunal aux termes d'un jugement du 11 juin 2021. Par une décision du 23 septembre 2021 dont
Mme C demande l'annulation, la préfète de la Somme a de nouveau prononcé le retrait de ce titre.
2. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation personnelle de Mme C ou de son fils n'aient été dument prises en compte. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de ces dernières doit être écarté.
3. En deuxième lieu, en principe, l'autorité de la chose jugée au pénal ne s'impose à l'administration comme au juge administratif qu'en ce qui concerne les constatations de fait que les juges répressifs ont retenues et qui sont le support nécessaire du dispositif d'un jugement devenu définitif, tandis que la même autorité ne saurait s'attacher aux motifs d'un jugement de relaxe tirés de ce que les faits reprochés ne sont pas établis ou de ce qu'un doute subsiste sur leur réalité. Il appartient, dans ce cas, à l'autorité administrative d'apprécier si les mêmes faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application d'une sanction administrative. Il n'en va autrement que lorsque la légalité de la décision administrative est subordonnée à la condition que les faits qui servent de fondement à cette décision constituent une infraction pénale, l'autorité de la chose jugée s'étendant alors exceptionnellement à la qualification juridique donnée aux faits par le juge pénal.
4. Si le retrait d'une carte nationale d'identité peut être effectué sur le fondement du caractère frauduleux d'une reconnaissance de paternité, il n'est pas subordonné à la condition que les faits qui servent de fondement à cette décision constituent une infraction pénale. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît l'autorité de la chose jugée du jugement du 12 novembre 2019 par lequel le tribunal correctionnel d'Amiens l'a relaxée ainsi que le ressortissant français qui avait reconnu son fils pour les faits de fraude qui leur étaient reprochés.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que la préfète se soit fondée, pour prendre la décision attaquée, sur le jugement du tribunal judiciaire d'Amiens du 10 septembre 2021 annulant la reconnaissance de paternité du fils de Mme C par un ressortissant français. Par suite, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète ne pouvait se fonder sur ce jugement qui n'était pas définitif.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande. /() ".
7. La délivrance d'une carte nationalité d'identité présente un caractère purement recognitif et ne crée, par elle-même, aucun droit à la nationalité française en faveur du titulaire de ces documents. Pour l'application des dispositions précitées au point précédent, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de carte nationale d'identité sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement de carte d'identité ou une demande de restitution de ce même document.
8. Il ressort des pièces du dossier que lors de son audition par les services de police le 18 décembre 2018, Mme C, qui a ultérieurement déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de sa vie privée et familiale, a déclaré qu'un ressortissant français avait reconnu son fils afin de l'aider. Cette circonstance a par ailleurs été confirmée par les déclarations de ce ressortissant devant le tribunal judiciaire lors de l'instruction qui a conduit à l'annulation de sa reconnaissance de paternité le 10 septembre 2021. Dans ces conditions, la préfète a pu considérer que cette reconnaissance de paternité était frauduleuse et que cette circonstance faisait naitre un doute suffisant sur la nationalité du fils de Mme C de nature à justifier le retrait de la carte nationale d'identité de ce dernier.
9. Aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation aux dispositions du présent titre, un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré ". Aux termes de l'article L. 243-3 du même code : " L'administration ne peut retirer un acte réglementaire ou un acte non réglementaire non créateur de droits que s'il est illégal et si le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant son édiction ".
10. Il résulte de ce qui a été dit aux points 7 et 8 que Mme C n'est pas fondée à soutenir que la préfète a méconnu les dispositions citées au point précédent en retirant la carte nationale d'identité de son fils plus de quatre mois après sa remise le 4 avril 2018.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Chartrelle et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Somme.
Délibéré après l'audience du 19 avril 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Richard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2023.
Le rapporteur,
signé
J. Richard
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 2103653
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026