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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2103685

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2103685

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2103685
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantASTERIO

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés sous le no 2103685 les 8 novembre 2021, 11 juillet et 30 septembre 2022, dont le dernier n'a pas été communiqué, M. B A, représenté par Me Vrillac, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler son compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2020 établi par le président de la communauté de communes des Deux Vallées le 7 septembre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2021 par lequel le président de la communauté de communes des deux vallées a fixé le montant de son indemnité d'exercice de missions des préfectures et de son indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires, à compter du 1er septembre 2021 ;

3°) de condamner la communauté de communes des Deux Vallées à lui verser une somme de 604,05 euros, à parfaire, en réparation du préjudice matériel qu'il a subi à raison de l'illégalité de l'arrêté du 14 septembre 2021 ;

4°) de mettre à la charge de la communauté de communes des Deux Vallées une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- son compte rendu d'entretien professionnel a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la convocation qui lui a été adressée en vue de cet entretien n'était pas accompagnée de sa fiche de poste, en méconnaissance de l'article 6 du décret du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux, et que son supérieur hiérarchique ne disposait pas de ce document lors de l'entretien ;

- son compte rendu d'entretien professionnel a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la fiche d'entretien pré-remplie ne lui a pas été communiquée ;

- son compte rendu d'entretien professionnel est fondé sur des faits qui ne sont pas établis ;

- son compte rendu d'entretien professionnel est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa manière de servir ;

- son compte rendu d'entretien professionnel a été réalisé de manière partiale et est entaché de détournement de pouvoir dès lors qu'il a été pris en raison de griefs à son encontre du directeur général des services de la communauté de communes des Deux Vallées ;

- l'arrêté du 14 septembre 2021 est illégal à raison de l'illégalité de son compte rendu d'entretien professionnel ;

- l'illégalité de l'arrêté du 14 septembre 2021 lui a causé un préjudice matériel à hauteur de 201, 35 euros par mois depuis son entrée en vigueur.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 mai et 12 septembre 2022, la communauté de communes des Deux Vallées, représentée par Me Bracq, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. A une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de liaison préalable du contentieux ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II. Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés sous le no 2201313 les 15 avril 2022, 10 février et 23 mars 2023, dont le dernier n'a pas été communiqué, M. B A, représenté par Me Vrillac, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 17 février 2022 par laquelle le président de la communauté de communes des Deux Vallées a refusé de réviser son compte rendu de son entretien professionnel au titre de l'année 2020 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2021 par lequel le président de la communauté de communes des deux vallées a fixé le montant de son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et de son complément indemnitaire annuel, à compter du 1er octobre 2021 ;

3°) de condamner la communauté de communes des Deux Vallées à lui verser une somme de 1 610,80 euros, en réparation du préjudice matériel qu'il a subi à raison de l'illégalité de l'arrêté du 13 octobre 2021 ;

4°) de mettre à la charge de la communauté de communes des Deux Vallées une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- son compte rendu d'entretien professionnel a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la convocation qui lui a été adressée en vue de cet entretien n'était pas accompagnée de sa fiche de poste, en méconnaissance de l'article 6 du décret du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux, et que son supérieur hiérarchique ne disposait pas de ce document lors de l'entretien ;

- son compte rendu d'entretien professionnel a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la fiche d'entretien pré-remplie ne lui a pas été communiquée ;

- son compte rendu d'entretien professionnel est fondé sur des faits qui ne sont pas établis ;

- son compte rendu d'entretien professionnel est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa manière de servir ;

- son compte rendu d'entretien professionnel a été réalisé de manière partiale et est entaché de détournement de pouvoir dès lors qu'il a été pris en raison de griefs à son encontre du directeur général des services de la communauté de communes des Deux Vallées ;

- la décision du 17 février 2022 est illégale à raison de l'illégalité de son compte rendu d'entretien professionnel ;

- l'arrêté du 13 octobre 2021 est illégal à raison de l'illégalité de son compte rendu d'entretien professionnel ;

- l'illégalité des arrêtés des 14 septembre 2021 et 13 octobre 2021 lui a causé un préjudice matériel à hauteur de 201,35 euros par mois du 1er septembre 2021 au 1er mai 2022.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 décembre 2022 et 23 février 2023, la communauté de communes des Deux Vallées, représentée par Me Bracq, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. A une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de liaison préalable du contentieux ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

III. Par une requête, enregistré sous le n° 2301875 le 6 juin 2023, M. B A, représenté par Me Vrillac, demande au tribunal :

1°) de condamner la communauté de communes des Deux Vallées à lui verser une somme de 1 610, 80 euros, en réparation du préjudice matériel qu'il a subi à raison de l'illégalité des arrêtés des 14 septembre 2021 et 13 octobre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes des Deux Vallées une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Il soutient que :

- les arrêtés des 14 septembre 2021 et 13 octobre 2021 sont illégaux ;

- l'illégalité de ces arrêtés lui a causé un préjudice matériel à hauteur de 201, 35 euros par mois du 1er septembre 2021 au 1er mai 2022 ;

- la décision implicite du 9 avril 2023 rejetant sa demande indemnitaire préalable est par suite illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2023, la communauté de communes des Deux Vallées, représentée par Me Bracq, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. A une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, rapporteur,

- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,

- et les observations de Me Teston, substituant Me Bracq, représentant la communauté de communes des Deux Vallées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, animateur territorial principal de première classe, a été employé par la communauté de communes des Deux Vallées à compter du 1er décembre 2006 et a été nommé chef du service de la culture. Le 7 septembre 2021, le président de la communauté de communes des Deux Vallées a établi le compte rendu de son entretien professionnel au titre de l'année 2020. Par ailleurs, par un arrêté du 14 septembre 2021, le président de la communauté de communes des Deux Vallées a fixé le montant de l'indemnité d'exercice de missions des préfectures et de l'indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires de M. A, à compter du 1er septembre 2021. M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de ce compte rendu et de cet arrêté aux termes de sa requête no 2103685.

2. M. A a saisi d'une demande de proposition de révision de son compte rendu d'entretien professionnel, la commission administrative paritaire qui a émis un avis favorable à cette révision le 7 décembre 2021. Le président de la communauté de communes des Deux Vallées a refusé de procéder à la révision par une décision du 17 février 2022. Par ailleurs, par un arrêté du 13 octobre 2021, le président de la communauté de communes des Deux Vallées a fixé le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et du complément indemnitaire annuel de M. A, à compter du 1er octobre 2021. M. A demande l'annulation de la décision du 17 février 2022 et de l'arrêté du 13 octobre 2021 aux termes de sa requête no 2201313.

3. Enfin, par un courrier du 8 février 2023, M. A a demandé à la communauté de communes des Deux Vallées de l'indemniser des préjudices qu'il a subis en raison de l'illégalité des arrêtés des 14 septembre et 13 octobre 2021. Cette demande a été implicitement rejetée par le président de la communauté de communes des Deux Vallées. Aux termes de sa requête no 2301875, M. A demande au tribunal de condamner la communauté de communes des Deux Vallées à l'indemniser de ces préjudices.

4. Les requêtes susvisées nos 2103685, 2201313 et 2301875 présentées par M. A concernent la situation du même fonctionnaire et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur la légalité du compte rendu d'entretien professionnel de M. A au titre de l'année 2020 et de la décision du 17 février 2022 refusant de le réviser :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 6 du décret du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux prévoit : " Les modalités d'organisation de l'entretien professionnel sont les suivantes : / 1° Le fonctionnaire est convoqué huit jours au moins avant la date de l'entretien par le supérieur hiérarchique direct ; / 2° La convocation est accompagnée de la fiche de poste de l'intéressé et d'un exemplaire de la fiche d'entretien professionnel servant de base au compte rendu ; () ".

6. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

7. A supposer que la convocation adressée à M. A le 13 juillet 2021 à son entretien professionnel au titre de l'année 2020 n'ait été accompagnée que d'un modèle de fiche de poste correspondant au type d'emploi qu'il occupe qui n'aurait pas été personnalisé, cette circonstance n'a pas eu d'incidence sur le sens de la décision contestée et n'a pas privé M. A d'une garantie, alors que l'intéressé occupait ses fonctions depuis l'année 2006, que le compte rendu d'évaluation comporte une partie décrivant les différentes missions confiées à l'intéressé et qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les caractéristiques et objectifs du poste aient substantiellement évolué. Par suite, le moyen tiré de ce vice de procédure doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il ne résulte pas des dispositions citées au point 5 qu'une fiche d'entretien professionnel servant de base au compte rendu doive être envoyée pré-remplie avant la tenue de cet entretien. Par suite, le moyen tiré de ce vice de procédure est inopérant.

9. En troisième lieu, d'une part, il est constant que les mesures destinées à lutter contre l'épidémie de covid-19 ont empêché la tenue de manifestations culturelles, moins nombreuses qu'à l'accoutumée, ce qu'a pu noter sans erreur de fait la communauté de communes des Deux Vallées dans le compte rendu d'entretien professionnel de M. A.

10. D'autre part, il ressort des appréciations concordantes faites par les deux directeurs généraux des services de la communauté de communes des Deux Vallées s'étant succédés au cours de l'année 2020, qui ne sont pas sérieusement contestées par M. A, que l'intéressé rendait peu compte de ses activités à sa hiérarchie. Par ailleurs, les attestations de ces deux directeurs généraux corroborées par celle de la directrice du service culturel d'une commune membre de l'établissement public intercommunal établissent également que M. A connaissait des difficultés relationnelles avec certains collègues et partenaires. Dès lors, la communauté de communes des Deux Vallées a pu relever dans le compte rendu d'entretien professionnel de M. A, sans erreur de fait, que l'intéressé faisait des retours insuffisants à sa hiérarchie sur son activité et connaissait des difficultés relationnelles avec son entourage professionnel.

11. Enfin, il ressort des attestations de ces deux directeurs généraux des services, de l'ancienne vice-présidente à la culture de la communauté de communes et d'une maire d'une commune membre de cette dernière, qui ne sont pas sérieusement remises en cause par les autres pièces du dossier, que M. A n'a pas donné suite, pendant la période concernée par le compte rendu d'entretien professionnel en litige, aux demandes des élus tendant à ce que des manifestations culturelles soient organisées au sein des petites communes de la communauté et à ce que la programmation propose des manifestations plus variées.

12. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que son compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2020 serait entaché d'erreurs de fait.

13. En quatrième lieu, eu égard aux circonstances décrites aux points 8 à 10 et aux autres pièces du dossier, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'appréciation portée sur sa manière de servir au sein son compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2020, est entachée d'erreur manifeste alors que cette appréciation comporte la reconnaissance de la " bonne maitrise et l'expertise " de l'intéressé et demeure par ailleurs mesurée.

14. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le compte rendu d'entretien professionnel de M. A ait été réalisé de manière partiale et soit entaché de détournement de pouvoir alors notamment que le nouveau directeur général des services a pris l'attache de son prédécesseur, qui partageait son appréciation sur la manière de servir de l'intéressé, pour le réaliser, et sans qu'ait incidence à cet égard la circonstance que le requérant et son évaluateur aient eu par le passé de vifs différends.

15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de son compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2020 et de la décision du 17 février 2022 par laquelle le président de la communauté de communes des deux vallées a refusé de le réviser.

Sur la légalité des arrêtés des 14 septembre 2021 et 13 octobre 2021 fixant le montant de certaines primes attribuées à M. A :

16. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que M. A n'est pas fondé à soutenir que les arrêtés des 14 septembre 2021 et 13 octobre 2021 sont illégaux à raison de l'illégalité de son compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2020. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation de ces deux arrêtés doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires présentées par M. A :

17. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que les conclusions indemnitaires présentées par M. A, fondées sur l'illégalité des arrêtés des 14 septembre 2021 et 13 octobre 2021, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir que la communauté de communes des Deux Vallées leur a opposées.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la communauté de communes des Deux Vallées, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, les sommes demandées par M. A au titre des frais engagés par lui et non compris dans les dépens. Par ailleurs, les présentes instances ne comportent pas de dépens. Les conclusions présentées à ce titre par M. A ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

19. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la communauté de communes des Deux Vallées et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes nos 2103685, 2201313 et 2301875 de M. A sont rejetées.

Article 2 : M. A versera la somme de 1 000 euros à la communauté de communes des Deux Vallées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la communauté de communes des Deux Vallées.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Galle, présidente,

- M. Fumagalli, conseiller,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. Richard

La présidente,

Signé

C. Galle

Le greffier,

Signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Nos 2103685, 2201313 et 2301875

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