vendredi 29 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2103718 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | PORCHER |
Vu les procédures suivantes :
I. Sous le n° 2103718, par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 12 novembre 2021, 22 août 2022 et 19 janvier 2023, M. B C, représenté par Me Guiorguieff, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 août 2021 par lequel le président de la communauté de communes Somme Sud-Ouest a prononcé à son encontre une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois mois ;
2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Somme Sud-Ouest une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;
- les faits qui lui sont reprochés sont matériellement inexacts, dès lors qu'il n'est pas l'auteur d'agissements de nature à caractériser l'existence d'un harcèlement moral à l'égard de Mme D et de Mme A ;
- la sanction qui lui a été infligée est disproportionnée au regard des faits qui lui sont reprochés et de ses états de service.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 mai, 12 mai 2022 et 7 décembre 2022, la communauté de communes Somme Sud-Ouest, représentée par Me Porcher, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. C une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- la décision attaquée est susceptible d'être justifiée par d'autres faits fautifs commis par M. C.
Par ordonnance du 20 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au
20 janvier 2023 à 12 heures.
II. Sous le n° 2300238, par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 23 janvier et 9 novembre 2023, M. B C, représenté par Me Guiorguieff, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2022 par lequel le président de la communauté de communes Somme Sud-Ouest a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
2°) de condamner la communauté de communes Somme Sud-Ouest à lui verser une somme de 20 000 euros au titre de la réparation du préjudice subi à raison du harcèlement dont il soutient avoir été victime ;
3°) de condamner la communauté de communes Somme Sud-Ouest à lui verser une somme de 15 000 euros au titre de la réparation du préjudice subi à raison de l'illégalité de la sanction disciplinaire qui lui a été infligée le 22 novembre 2021 ;
4°) de condamner la communauté de communes Somme Sud-Ouest à lui verser une somme de 29 480 euros au titre de la réparation du préjudice subi du fait de l'absence de versement partiel de son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise ;
5°) d'enjoindre à la communauté de communes Somme Sud-Ouest de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
6°) de mettre à la charge de la communauté de communes Somme Sud-Ouest une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'une erreur de fait, dès lors qu'il est agent au sein de la collectivité depuis le 1er septembre 2018, de telle sorte qu'il l'était à la date des faits qui l'ont conduit à solliciter la protection fonctionnelle ;
- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur de fait, dès lors qu'il ne pouvait légalement se fonder sur la circonstance qu'il aurait déposé plainte, ce qu'il n'a au demeurant pas fait ;
- il est entaché d'incompétence négative, dès lors que son auteur s'est estimé lié par la décision de sanction ;
- il méconnaît l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dès lors qu'il a fait l'objet d'une sanction déguisée de nature à faire présumer une situation de harcèlement moral ;
- par suite, il est entaché d'un vice de procédure, dès lors que cette sanction n'a pas été précédée de la saisine du conseil de discipline ;
- cette sanction déguisée porte atteinte à son honneur et à sa santé, de telle sorte qu'elle lui cause un préjudice moral ;
- il est fondé à demander le paiement d'une indemnité équivalente au montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) qui aurait du lui être versée en l'absence de sanction.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2023, la communauté de communes Somme Sud-Ouest, représentée par Me Porcher, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. C une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- la décision attaquée est susceptible d'être justifiée par la circonstance que M. C n'est pas victime de faits constituant un harcèlement moral.
Par un courrier du 14 novembre 2023, les parties ont été informées qu'en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions indemnitaires sont irrecevables en raison de leur tardiveté, dès lors que le délai de recours contentieux contre la décision implicite de rejet du 23 octobre 2022 de la demande indemnitaire préalable expirait le 26 décembre 2022 en application de l'article L. 112-2 du code de justice administrative.
Par un mémoire, enregistré le 16 novembre 2023, M. C a présenté ses observations sur ce moyen.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 2011-558 du 20 mai 2011 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Gars, rapporteur,
- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,
- les observations de Me Guiorguieff, assistant M. C, ainsi que celles de
Me Porcher, représentant la communauté de communes Somme Sud-Ouest.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, animateur territorial principal de 2ème classe, a été affecté à compter du 1er septembre 2018 au sein de la communauté de communes Somme Sud-Ouest au poste de directeur du centre social de Beaucamps-le-Vieux. Par un arrêté du 27 août 2021, dont l'intéressé demande l'annulation aux termes d'une requête enregistrée sous le n°2103718, le président de la communauté de communes Somme Sud-Ouest a prononcé à son encontre une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois mois. Puis, M. C a présenté, le 23 août 2022, une demande tendant à bénéficier de la protection fonctionnelle et à se faire indemniser du préjudice subi à raison du harcèlement qu'il estime avoir subi, ainsi que du préjudice qu'il estime avoir subi à raison de l'illégalité de la sanction disciplinaire précitée. Par un arrêté du 23 novembre 2022, dont l'intéressé demande l'annulation aux termes d'une requête enregistrée sous le n°2300238 qu'il y a lieu de joindre à la précédente pour qu'il y soit statué par un même jugement, le président de la communauté de communes Somme Sud-Ouest lui a refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle. Par cette seconde requête, l'intéressé demande également l'indemnisation des préjudices causés par ces les deux décisions attaquées, ainsi que celui qu'il estime avoir subi du fait de la réduction de son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 27 août 2021 prononçant une sanction d'exclusion temporaire à l'encontre de M. C :
2. Aux termes de l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale () ". Aux termes de l'article L. 533-1 du même code : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : () / 3° Troisième groupe ; () / b) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans () ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
3. En premier lieu et d'une part, s'il ressort des pièces du dossier que les relations professionnelles entre M. C et deux agents de la collectivité se sont notablement dégradées à partir de 2019, notamment à raison du comportement distant de l'intéressé et de difficultés relationnelles, et si les témoignages de ces deux agents font état de l'impact de ces difficultés sur leur état de santé, ces deux seuls témoignages, qui sont les seuls éléments dont se prévaut l'autorité disciplinaire, n'établissent pour autant pas, notamment à raison du caractère particulièrement général et nécessairement subjectif des faits qu'ils relatent, que M. C aurait été l'auteur d'agissements constitutifs de harcèlement moral à l'égard de leurs auteurs.
4. D'autre part, la circonstance que M. C aurait adopté un comportement incorrect avec les usagers du centre social au sein duquel il exerce ses fonctions n'est également étayée que par les témoignages des deux agents évoqués ci-dessus, lesquels ne suffisent pas plus et pour les mêmes raisons à établir les faits reprochés à M. C sur ce point. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué repose sur des faits dont l'exactitude matérielle n'est pas rapportée.
5. En second lieu, si l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision, cette faculté n'est en tout état de cause ouverte que si elle n'a pas pour effet de priver le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
6. Si la communauté de communes Somme Sud-Ouest soutient que la sanction disciplinaire infligée à M. C aurait pu être justifiée par d'autres faits, notamment l'envoi d'un courrier électronique malveillant à son ex-compagne par le biais de sa messagerie professionnelle ou la mauvaise exécution des tâches qui lui étaient dévolues, ces griefs sont distincts de ceux qui, résultant notamment du rapport de saisine du conseil de discipline devant lequel ils n'ont dès lors pas été en eux-mêmes débattus, ont justifié les poursuites disciplinaires. Il s'ensuit que la substitution de ces motifs à ceux initialement indiqués aux termes de l'arrêté attaqué aurait pour effet de priver M. C d'une garantie procédurale et que la demande présentée en ce sens par la communauté de communes Somme Sud-Ouest doit être écartée.
7. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander, pour le motif énoncé au point 5 et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens qu'il invoque à l'appui de ses conclusions, l'annulation de l'arrêté du 27 août 2021.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 23 novembre 2022 refusant à M. C le bénéfice de la protection fonctionnelle et les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint de lui accorder un tel bénéfice :
En qui concerne les moyens invoqués par M. C à l'appui de ses conclusions aux fins d'annulation :
8. Aux termes de l'article L. 134-1 du code général de la fonction publique : " L'agent public ou, le cas échéant, l'ancien agent public bénéficie, à raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire, dans les conditions prévues au présent chapitre ". Selon l'article L. 134-5 du même code : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée () ".
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Il résulte de ces dispositions, que le bénéfice de la protection fonctionnelle constitue un droit pour les agents publics qui remplissent les conditions pour l'obtenir, de telle sorte qu'une décision de refus d'octroi d'une telle protection est au nombre des décisions qui doivent être motivées au sens des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration.
10. L'arrêté attaqué mentionne les textes dont il fait application, notamment l'article L. 134-1 du code général de la fonction publique rappelé ci-dessus, et précise qu'à raison de la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonction dont il a fait l'objet, M. C a commis des fautes personnelles s'opposant à ce que la protection fonctionnelle de sa collectivité lui soit accordée. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
11. En deuxième lieu, si l'arrêté mentionne que la collectivité compétente pour accorder la protection fonctionnelle est celle où l'agent exerçait ses missions au moment des faits, cette affirmation, par ailleurs exempte d'erreur de droit, ne constitue pas un motif de rejet de la demande de M. C, alors que l'auteur de l'arrêté attaqué n'a précisément pas décliné sa compétence pour un tel motif. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté relèverait à tort l'appartenance de l'agent à une autre collectivité tend à la contestation d'un motif qui n'a pas été opposé et est, à ce titre, inopérant.
12. En troisième lieu, il en va de même du moyen tiré de ce que l'autorité administrative ne pouvait légalement se fonder, en droit comme en fait, sur la circonstance que l'agent aurait déposé plainte à son encontre pour lui refuser le bénéfice de la protection fonctionnelle, dès lors que ce refus ne saurait être regardé comme lui ayant été opposé pour ce motif et, qu'en tout état de cause, l'autorité administrative aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur le motif évoqué ci-dessus au point 10 si tel avait été le cas.
13. En quatrième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que son auteur se soit cru tenu de refuser le bénéfice de la protection fonctionnelle demandée par M. C au seul motif de l'intervention de la sanction disciplinaire dont il a fait l'objet, mais a au contraire recherché si les faits commis par M. C constituaient des fautes personnelles pouvant remettre en cause son droit à bénéficier de la protection fonctionnelle. Par suite, le moyen tiré de ce que l'auteur de l'arrêté attaqué aurait refusé d'exercer son pouvoir d'appréciation sur la demande et les faits dont il était saisi doit être écarté.
14. Mais, en cinquième lieu, si, ainsi qu'il vient d'être dit, l'auteur de l'arrêté attaqué ne s'est pas senti lié par l'intervention de la sanction disciplinaire prononcée à l'encontre du requérant pour lui refuser le bénéfice de la protection fonctionnelle, il n'en demeure pas moins qu'il a considéré établi les faits relevés ci-dessus aux points 3 et 4 pour en déduire l'existence d'une faute personnelle justifiant que le bénéfice de la protection fonctionnelle soit refusé à
M. C. Il s'ensuit que, pour les mêmes raisons que celles qui sont indiquées ci-dessus, l'intéressé est fondé à soutenir que ce motif est entaché d'illégalité.
En ce qui concerne la demande de substitution de motif de la communauté de communes Somme Sud-Ouest :
15. Toutefois, ainsi qu'il a été dit ci-dessus au point 5, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision.
16. Au cas d'espèce, la communauté de communes Somme Sud-Ouest se prévaut de ce que la décision refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle à M. C est susceptible d'être justifiée par la circonstance que le harcèlement moral dont il se prévalait à son encontre à l'appui de sa demande n'était pas établi. Elle doit dès lors être nécessairement regardée comme demandant à ce que ce que ce motif soit substitué à celui initialement indiqué en application de ces principes rappelés au point précédent.
17. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".
18. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.
19. En premier lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 20 mai 2011 portant statut particulier du cadre d'emplois des animateurs territoriaux : " I. Les membres du cadre d'emplois des animateurs territoriaux coordonnent et mettent en œuvre des activités d'animation. Ils peuvent encadrer des adjoints d'animation. / Ils interviennent dans le secteur périscolaire et dans les domaines de l'animation des quartiers, de la médiation sociale, de la cohésion sociale, du développement rural et de la politique du développement social urbain. Ils peuvent participer à la mise en place de mesures d'insertion. / Ils interviennent également au sein de structures d'accueil ou d'hébergement, ainsi que dans l'organisation d'activités de loisirs. / Dans le domaine de la médiation sociale, les animateurs territoriaux peuvent conduire ou coordonner les actions de prévention des conflits ou de rétablissement du dialogue entre les personnes et les institutions dans les espaces publics ou ouverts au public. / II. Les titulaires des grades d'animateur principal de 2e classe et d'animateur principal de 1re classe ont vocation à occuper des emplois qui, relevant des domaines d'activité mentionnés au I, correspondent à un niveau particulier d'expertise. Ils peuvent concevoir et coordonner des projets d'activités socio-éducatives, culturelles et de loisirs, encadrer une équipe d'animation, être adjoints au responsable de service, participer à la conception du projet d'animation de la collectivité locale et à la coordination d'une ou plusieurs structures d'animation. Ils peuvent être chargés de l'animation de réseaux dans les domaines sociaux, culturels ou d'activités de loisirs. Ils peuvent également conduire des actions de formation. Dans le domaine de la médiation sociale, ils contribuent au maintien de la cohésion sociale par le développement de partenariats avec les autres professionnels intervenant auprès des publics visés au I ci-dessus ".
20. D'une part, si M. C se prévaut tout d'abord que les changements d'affectation dont il a fait l'objet ont été réalisés dans le but de l'isoler et de le priver de tout fonction d'encadrement, de telle sorte qu'ils sont par ailleurs de nature à caractériser une sanction déguisée, il ressort, d'une part, des pièces du dossier, et plus particulièrement de la fiche de poste de l'intéressé, qui lui a par ailleurs été dument remise le 14 novembre 2022 contrairement à ce qu'il soutient, qu'il a fait l'objet d'un changement d'affectation sur un poste de chargé de mission au sein du service d'aide à la personne de la collectivité correspondant au grade de rédacteur, équivalent à son grade, de même qu'il exerce des missions d'encadrement des auxiliaires de vie, alors qu'en outre, et contrairement à ce que soutient M. C, les dispositions précitées régissant le statut particulier du cadre d'emplois des animateurs territoriaux, y compris lorsqu'il détiennent le grade d'animateur principal, prévoit la faculté de disposer d'un pouvoir d'encadrement sans qu'il ne s'agisse d'une obligation.
21. D'autre part, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les changements d'affectation dont M. C a fait l'objet résulteraient d'une intention de la collectivité de le sanctionner tandis que l'unique but de cette mesure visait à rétablir le bon fonctionnement du service d'origine de M. C eu égard aux difficultés relationnelles, d'ailleurs ci-dessus relevées au point 3, entre l'intéressé et les deux agents de ce service.
22. Dans ces conditions, alors qu'il n'est pas démontré que les tâches réalisées par l'intéressé à l'occasion de ces diverses affectations ne correspondaient pas à celles qui peuvent être attendues par un agent relevant de son statut et de son grade ni aux besoins du service, et qu'il ne se prévaut aux termes de ses écritures d'aucune autre circonstance, M. C n'est pas fondé à soutenir que les changements d'affectation dont il a fait l'objet constitueraient une sanction déguisée prise irrégulièrement en l'absence de procédure disciplinaire ou de nature à faire présumer une situation de harcèlement moral ou qu'il ne seraient pas, en tout état de cause, justifiés par l'intérêt du service, et ce, alors même qu'ils ont entrainé une diminution de son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise.
23. En second lieu, si M. C se prévaut également de l'illégalité de la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonction prononcée à son encontre, laquelle est d'ailleurs reconnue aux termes du présent jugement, il ressort toutefois des pièces du dossier que les difficultés relationnelles et l'état de souffrance au travail des deux agents placés sous son autorité, dont son comportement, même s'il s'est avéré que celui-ci ne pouvait être pour autant regardé comme constituant un harcèlement moral, était pour partie la cause, ne rendaient pas ces poursuites disciplinaires manifestement dénuées de tout fondement, alors même qu'elles se sont ultérieurement révélées infondées. Dans ces conditions, l'illégalité de la sanction prononcée à l'encontre de M. C n'est pas de nature à faire inversement présumer une situation de harcèlement moral à son encontre ou que cette sanction, même illégale, aurait, en tout état de cause, été infligée dans un autre but que celui de l'intérêt du service.
24. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été victime d'un harcèlement moral. Il s'ensuit que ce motif, sur lequel M. C a été mis à même de présenter ses observations et ne le prive cette fois d'aucune garantie procédurale, est de nature à justifier la décision lui refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle à sa date d'intervention, tandis que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était initialement fondée sur ces considérations. Il y a dès lors lieu de substituer ce motif à celui évoqué au point 14 sur lequel l'administration s'était initialement fondée.
25. Il résulte de ce qui a été dit aux points 8 à 24 du présent jugement que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 23 novembre 2022 doivent être rejetées. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la collectivité de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle doivent être également rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne les conclusions tendant à la réparation du préjudice subi à raison de l'illégalité de la sanction disciplinaire infligée le 22 novembre 2021 :
26. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ". Aux termes de l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. / La date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête. () ".
27. D'autre part, en vertu de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 de ce code aux termes desquelles : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception () ", ni celles de son article L. 112-6 qui dispose que : " les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis () ".
28. Enfin, les dispositions du 5° de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration prévoient que le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre les autorités administratives et leurs agents.
29. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent, les dispositions de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration n'étant pas applicables aux agents publics. Ce n'est qu'au cas où, dans le délai de deux mois ainsi décompté, l'auteur de la demande adressée à l'administration reçoit notification d'une décision expresse de rejet qu'il dispose alors, à compter de cette notification, d'un nouveau délai pour se pourvoir.
30. Il résulte de l'instruction que M. C a adressé à la communauté de communes de Somme Sud-Ouest une demande indemnitaire préalable le 23 août 2022 aux termes de laquelle il demandait l'indemnisation du préjudice qu'il estimait avoir subi notamment à raison de l'illégalité de la sanction disciplinaire qui lui a été infligée le 27 août 2021. Le silence gardé par la communauté de communes Somme Sud-Ouest sur cette réclamation a fait naitre une décision implicite de rejet le 23 octobre 2022. Par suite, et dès lors que l'arrêté du 23 novembre 2022 qui se borne à refuser la protection fonctionnelle réclamée par le requérant ne prononce pas le rejet exprès de ces demandes indemnitaires, le délai de recours contentieux de deux mois a couru à compter du 23 octobre 2022 et expirait par suite le samedi 24 décembre 2022 à minuit, soit reporté en l'espèce au premier jour ouvré suivant, le lundi 26 décembre 2022.
31. Si le requérant a présenté une nouvelle demande préalable le 27 janvier 2023, cette dernière, qui ne tendait par ailleurs pas sur ce point à l'indemnisation de préjudices nés ou aggravés ou révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision implicite ayant rejeté sa réclamation, n'a pas eu pour effet de rouvrir un nouveau délai de recours contentieux.
32. Il s'ensuit que les conclusions de la requête de M. C, laquelle a été enregistrée le 23 janvier 2023, tendant à l'indemnisation du préjudice que l'intéressé estime avoir subi à raison de l'illégalité de la sanction disciplinaire prononcée à son encontre, sont tardives et, comme telles, irrecevables.
En ce qui concerne les conclusions tendant à la réparation des préjudices liés au harcèlement dont M. C soutient avoir été victime et à la diminution de son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise :
33. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. C ne démontre ni avoir été victime d'un harcèlement moral, ni que la diminution du montant de son indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise, ou le changement de fonction qui y a donné lieu seraient entachés d'illégalité. Par suite, les conclusions indemnitaires qu'il présente sur ces différents fondements doivent être rejetées.
34. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du président de la communauté de commune Somme Sud-Ouest du
27 août 2021 et que le surplus de ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction ou d'indemnisation doit être rejeté.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
35. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions que les parties présentent de toute part sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du président de la communauté de commune Somme Sud-Ouest du 27 août 2021 est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. C sous le n° 2103718 et sa requête enregistrée sous le n° 2300238 sont rejetés.
Article 3 : Les conclusions présentées par la communauté de communes Somme Sud-Ouest sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la communauté de commune Somme Sud-Ouest.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.
Le rapporteur,
signé
V. Le Gars
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N° 21031718 et 2300238
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026