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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2103740

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2103740

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2103740
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 12 novembre 2021, la présidente de la 2e section du tribunal administratif de Paris a, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis la requête de Mme A B au tribunal administratif d'Amiens.

Par ladite requête enregistrée le 9 novembre 2021, Mme B, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 octobre 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'a pas pris en compte sa vulnérabilité ;

- ce manquement est constitutif d'une atteinte manifeste au droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 février 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Menet, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante burkinabée, née le 13 octobre 1974, demande au tribunal l'annulation de la décision du 4 octobre 2021 du directeur général de l'OFII portant refus des conditions matérielles d'accueil, prise sur recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre d'une décision du 21 mai 2021 portant refus total du bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que l'intéressée n'avait pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de 90 jours suivant son entrée en France.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ".

3. Il ressort des pièces du dossier et en particulier de la capture d'écran du fichier DN@ (dispositif national d'accueil) produite en défense que, contrairement à ce que soutient Mme B, l'OFII a évalué sa vulnérabilité lors d'un entretien intervenu antérieurement à la décision attaquée. Sa vulnérabilité a été évaluée à 0 sur une échelle de 3, après qu'elle eut notamment indiqué que ni elle ni aucun membre de sa famille n'avait fait état d'un problème de santé. L'intéressée n'avait par ailleurs fourni aucune pièce médicale. Au cours de la présente procédure, Mme B a produit des pièces médicales indiquant qu'elle souffre de tumeurs bénignes utérines suscitant des algies pelviennes. Toutefois, Mme B n'explique en aucune manière en quoi cette pathologie, qu'elle n'avait pas fait connaître à l'administration, la place dans une situation de vulnérabilité, pas plus qu'elle n'explique pourquoi elle n'a pas présenté de demande d'asile dans les 90 jours suivant son entrée sur le territoire. Ainsi, l'OFII n'ayant pas fait une inexacte appréciation de la vulnérabilité de l'intéressée, ce moyen doit être rejeté. Par conséquent, l'OFII ne saurait être regardé comme ayant commis une atteinte au droit d'asile de Mme B.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

4. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure d'exécution de la part de l'administration. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1 er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Tourbier.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Menet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition le 16 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. Menet

Le président,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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