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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2103820

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2103820

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2103820
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantASSOCIATION D'AVOCATS CHAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 18 novembre et 6 décembre 2021, M. A B, représenté par Me van der Have, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 novembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a confirmé la demande qu'il a adressée à la société France Galop de retirer les autorisations dont il disposait de faire courir et de monter des chevaux en qualité de gentleman-rider, de jockey professionnel, de propriétaire et d'entraineur public ;

2°) d'annuler la décision du 12 novembre 2021 par laquelle la société France Galop a procédé à ces retraits ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat et de la société France Galop une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les décisions attaquées sont entachées d'erreur de droit dès lors qu'elles sont fondées uniquement sur la circonstance qu'il a été mis en examen ;

- les décisions attaquées sont fondées sur des faits qui ne sont pas établis ;

- le retrait des autorisations dont il disposait n'est ni nécessaire ni proportionné au regard de l'atteinte à sa liberté individuelle et à sa liberté d'entreprendre qu'il porte.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2022, la société France Galop, représentée par Me Sigler, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle était en situation de compétence liée pour prendre la décision attaquée ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2022, le ministre de l'intérieur et des Outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 25 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 25 novembre 2022 à 12 heures.

Par un courrier du 12 avril 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de soulever d'office le moyen d'ordre public tiré de ce que la société France Galop était en situation de compétence liée pour prendre la décision du 12 novembre 2021 dès lors que le ministre de l'intérieur avait confirmé la demande d'abrogation des autorisations dont bénéficiait M. B par sa décision du même jour.

La société France Galop a répondu à ce moyen d'ordre public le 17 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 97-456 du 5 mai 1997 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, rapporteur,

- les conclusions de Mme Minet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Carron, représentant la société France Galop.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B s'est vu délivrer à compter de 2007, par la société France Galop, des autorisations de faire courir et de monter des chevaux en qualité de gentleman-rider, de jockey professionnel, de propriétaire et d'entraineur public. Par courrier du 15 septembre 2021, le ministre de l'intérieur a demandé à la société France Galop de mettre en œuvre les dispositions du II de l'article 12 du décret du 5 mai 1997 relatif aux sociétés de courses de chevaux et au pari mutuel et d'engager ainsi une procédure contradictoire en vue de retrait de ces autorisations. Après avoir pris connaissance des observations que M. B a présentées dans ce cadre, le ministre de l'intérieur a, par une décision du 12 novembre 2021, confirmé cette demande de retrait. Par une décision du 12 novembre 2021, les commissaires de la société France Galop ont prononcé le retrait de cette autorisation. M. B demande l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 12 novembre 2021, ainsi que de celle de la société France Galop du 12 novembre 2021.

Sur la légalité des décisions attaquées :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision du ministre de l'intérieur du 12 novembre 2021 vise l'article 12 du décret du 5 mai 1997 relatif aux sociétés de courses de chevaux et au pari mutuel et mentionne que les observations présentées par M. B n'ont pas permis d'établir que les agréments dont il disposait ne présentaient pas un risque pour l'ordre public en raison, notamment, des faits, mentionnés dans le courrier du 15 septembre 2021 qui a initié la procédure contradictoire préalable au retrait de ces autorisations, d'escroquerie en bande organisée et de dopage de chevaux pour lesquels il a été placé sous contrôle judiciaire. Cette décision comporte, en conséquence, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, le moyen tiré de son défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision du 12 novembre 2021 soit fondée sur la circonstance que M. B ait été mis en examen alors que le ministre a entendu se prévaloir des faits qui sont à l'origine de cette procédure judiciaire. Dès lors, le moyen tiré de cette erreur de droit doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a commis, en 2014, des faits de violence par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, de violence avec usage ou menace d'une arme et de menace de mort réitérée et qu'il a commis, en 2015, des faits de détention non autorisée de stupéfiants et de conduite de véhicule en ayant fait usage de stupéfiants. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. B a été mis en examen en 2021 du chef d'escroquerie commise en bande organisée pour avoir, en sa qualité d'entraîneur, administré de façon répétée sur une période de plusieurs mois des produits dopants à des chevaux de course, ces faits, qui ne sont pas sérieusement contestés par l'intéressé, ayant entraîné son placement sous contrôle judiciaire le 9 septembre 2021. Dans ces conditions, M. B n'est fondé à soutenir ni que la décision du ministre de l'intérieur du 12 novembre 2021 repose sur des faits matériellement inexacts, ni que cette décision n'est ni nécessaire ni proportionnée, sans qu'y fassent obstacle les conséquences financières qu'elle a pour lui et l'atteinte qu'elle porte à sa liberté individuelle et à sa liberté d'entreprendre.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 12 du décret du 5 mai 1997 relatif aux sociétés de courses de chevaux et au pari mutuel : " II.-Les sociétés mères : / () Délivrent les autorisations de faire courir, d'entraîner, de monter et de driver les chevaux de courses, selon les critères définis par leurs statuts et par le code des courses de chaque spécialité. Ces autorisations ne peuvent être accordées qu'après un avis favorable du ministre de l'intérieur émis au regard des risques de troubles à l'ordre public qu'elles sont susceptibles de créer. Elles peuvent être suspendues, pour une durée maximale de six mois ou être retirées par la société mère concernée à l'issue d'une procédure contradictoire engagée de sa propre initiative ou à la demande du ministre de l'intérieur. La société mère est tenue de suspendre ou de retirer l'autorisation si le ministre de l'intérieur maintient sa demande au vu des observations émises à l'occasion de la procédure contradictoire ; () ".

7. Il résulte de ces dispositions que la société France Galop était en situation de compétence liée pour prendre la décision du 12 novembre 2021 dès lors que le ministre de l'intérieur avait confirmé, par sa décision du même jour, la demande d'abrogation des autorisations dont bénéficiait M. B et que le présent jugement rejette les conclusions dirigées à l'encontre de la décision du ministre. Dès lors, les moyens invoqués spécifiquement à l'encontre de la décision de la société France Galop sont inopérants.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 12 novembre 2021, ni par conséquence celle du même jour de la société France Galop.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat et de la société France Galop, qui ne sont pas les parties perdantes, la somme demandée par M. B au titre des frais engagés par lui et non compris dans les dépens.

10. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la société France Galop et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la société France Galop la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la société France Galop et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

J. Richard

Le président,

signé

C. Binand

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2103820

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